L'étonnant recrutement de Wolverhampton, mené par Mendes

L'étonnant recrutement de Wolverhampton, mené par Mendes©Media365

Julien Pereira, publié le lundi 24 juillet 2017 à 15h50

Lille, Marseille, Monaco, Lyon. Ces quatre-là ont un point commun : ils sont les seuls clubs de Ligue 1 à avoir dépenser plus d'argent sur le marché des transferts que Wolverhampton, quinzième du dernier exercice de Championship, la deuxième division anglaise.

Le constat ne doit pas tomber dans le jeu de la comparaison, les écuries anglaises de l'échelon inférieur bénéficiant d'incomparables revenus liés aux droits télévisés et de l'éclatante santé d'un championnat regorgeant de riches investisseurs. Parmi ceux-ci, Fosun International, un surpuissant conglomérat privé chinois qui a racheté le club des West Midlands l'année dernière, en juillet 2016.

A dire vrai, en Ligue 1, seule l'ASM peut supporter le rapprochement. Au même titre que le FC Valence. Pourquoi ? Tout simplement parce que, comme le club Che ou celui du Rocher, les dirigeants de Wolverhampton ont noué des liens très étroits avec Jorge Mendes, l'agent qu'on ne présente plus. L'influence de l'homme d'affaires y est telle qu'il s'est vu confier toutes les clés du recrutement des Loups, même si la direction du club le nie et tente, tant bien que mal, de le masquer. Mais il suffit de jeter un œil sur la liste des joueurs pour lesquels l'entité anglaise a investi des sommes importantes depuis un an. Roderick Miranda, Hélder Costa, Ivan Cavaleiro et, le dernier date, Ruben Neves.

Jorge Mendes, agent triple ?

Tous ces joueurs, sans oublier Nuno, l'entraîneur que Mendes balade selon ses envies, sont liés à la Gestifute mais n'auraient probablement pas choisi cette destination s'ils n'avaient pas confié leur avenir à la société de gestion de carrière sportive dirigée par l'hégémonique lusitanien. Wolverhampton sort de deux saisons catastrophiques en Championship (14ème en 2015-2016, 15ème en 2016-2017) et évolue au Moulineux Stadium, l'une des enceintes les plus dégarnies de la deuxième division. Leurs carrières sportives passeraient-elles au second plan, derrière les retombées économiques bénéfiques au vaste écosystème bâti par l'agent ?

La gigantesque fuite des Football Leaks a mis en lumière une pratique obscure et honnie par les plus hautes instances du football, celle consistant, pour un agent, à enfiler plusieurs casquettes lors d'un transfert en défendant à la fois les intérêts du joueur et en endossant le rôle de conseiller pour les deux clubs concernés par le transfert de l'athlète en question, le tout permettant à l'homme d'affaires d'empocher une multitude de commissions. Face aux suspicions, Wolverhampton a bien tenté d'éteindre l'incendie. « Jorge Mendes n'est qu'un associé et un ami du propriétaire, voilà pourquoi nous bénéficions de ses avis et conseils », avaient assuré Laurie Dalrymple, directrice générale des Loups.

Ruben Neves et Diogo Jota, deux gigantesques espoirs attrapés par les Loups

En 2015, lorsque Xi Jinping, le président chinois, décide de faire du football une priorité nationale, appelant les investisseurs à s'engager sur le territoire et à l'étranger, Mendes en est vite informé. Son vieil ami, Peter Kenyon, ancien membre de la direction de Chelsea, a été mandaté par Fosun au moment où le conglomérat s'est penché sur Wolverhampton. Six mois après le rachat officiel, une gigantesque cérémonie était organisée à Shanghai avec de prestigieux invités, de José Mourinho à Vadim Vasiliyev, pour célébrer un nouveau partenariat entre la Gestifute et Foyo destiné à « stimuler le marché chinois ». Les deux entités nouent de juteux liens économiques. Foyo n'étant rien d'autre qu'une filiale de Fosun International, elle donnera de nombreux passe-droits au superpuissant agent.

Mendes garnit donc l'effectif des Wolves avec des profils toujours plus intéressants. Ruben Neves, arrivé il y a quelques jours, est considéré comme l'un des joueurs les plus prometteurs du football portugais. En 2015, il était devenu le plus jeune capitaine de l'histoire de la Ligue des Champions avec Porto, à 18 ans et 221 jours. Les Dragons souhaitaient en faire l'un des piliers d'une politique long-termiste basée sur sa formation, mais ont été contraints de le vendre au plus vite pour éponger des dettes colossales, supérieures à 120 millions d'euros. Jorge Mendes n'ayant pas pour habitude de compatir, le transfert du joueur a été bouclé en quelques jours seulement. Diogo Jota, auteur d'une saison encourageante en prêt à Porto mais indésirable à l'Atlético de Madrid, devrait subir le même sort. Et tant pis sa carrière n'est pas à la hauteur des espérances.

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