Ligue Europa : Bilbao, le Pays basque avant tout

Ligue Europa : Bilbao, le Pays basque avant tout©Media365

Geoffrey Steines, publié le jeudi 08 mars 2018 à 08h10

L'Athletic Bilbao ne fait rien comme les autres, et ça ne lui réussit pas si mal.

L’octuple champion d’Espagne n’a plus remporté de titre majeur depuis 1984, en dehors d’une Supercoupe d’Espagne en 2016. Ce n’est pas faute d’avoir disputé trois finales de Coupe du Roi, soulevée 23 fois dans son histoire, et une de Ligue Europa sur la dernière décennie, d’avoir terminé vice-champion d’Espagne en 1997-98 avec Luis Fernandez sur le banc. Mais le club basque conserve une réelle régularité dans un football toujours plus concurrentiel, surtout depuis que les frontières ont explosé sous l’effet de l’arrêt Bosman et imposé l’argent-roi comme ingrédient de base à la réussite. Une constance d’autant plus remarquable que les dirigeants n’ont jamais cédé à la tentation de renier ce qui fait la particularité de l’Athletic. Ils ont certes assoupli depuis 20 ans les règles d’éligibilité, mais l’idée directrice reste la même : seul un joueur ayant un parent ou un grand-parent né au Pays basque peut jouer pour le club, ou il doit au moins avoir été formé sur le territoire, ajustement adopté dans les années 90. A priori, ce positionnement anachronique, qui correspond à ce qu’il se pratiquait partout avant Bosman (seuls trois étrangers étaient autorisés par équipe), devrait condamner Bilbao aux seconds rôles en Espagne. Mais l’Athletic fait mieux que survivre dans ce monde où il impose ses propres codes. Membre de la triade des fondateurs de la Liga n’ayant jamais quitté l’élite du football espagnol, avec le FC Barcelone et le Real Madrid, il a fini dans le Top 10 du championnat lors de sept des huit dernières saisons. Il le doit à la qualité de sa formation et des entraîneurs qui se sont succédé sur son banc, comme Joaquin Caparros, Marcelo Bielsa ou dernièrement Ernesto Valverde. La seule saison de son histoire où il a réellement tremblé pour sa place, c’était en 2006-07, avec une victoire essentielle arrachée à la dernière journée contre Levante (2-0) pour terminer premier non-relégable (17eme).

Le symbole AdurizUn succès auquel avait participé Aritz Aduriz, revenu pour de bon au club en 2012 après divers exils et encore meilleur buteur cette saison (18 réalisations toutes compétitions confondues), à 37 ans. L’attaquant international espagnol a par exemple joué un rôle-clé dans la campagne de Ligue Europa (7 buts en 8 matchs) qui a mené l’Athletic jusqu’à un 8eme de finale de Ligue Europa contre l’OM, avec match aller à l’Orange Vélodrome ce jeudi (21h05). Aduriz symbolise la réussite du modèle bilbayen, l’attachement des joueurs à leurs racines et à leur club formateur, auquel ils reviennent souvent après avoir tenté leur chance « à l’étranger », ce qui se limite régulièrement au reste de l’Espagne. En adoptant la « grandparent rule » sur le même modèle que la FIFA, avec des subtilités d’interprétation, l’Athletic est devenu une sorte de sélection basque engagée dans les compétitions de clubs, comme si le Stade Rennais réunissait les meilleurs joueurs bretons et ferraillait en L1. Tous les joueurs de l’effectif actuel sont espagnols. Cinq joueurs étrangers y ont évolué dans toute l’histoire du club et le Roumain Cristian Ganea y a signé pour la saison prochaine, après avoir grandi au Pays basque, où ses parents vivent encore. Ils sont 18 dans le groupe pro à avoir été formés à Bilbao ou à y être passés dans leur jeunesse. Les autres viennent d’Alavés ou de la Real Sociedad, ce qui crée un point de crispation avec les voisins. En arrachant Inigo Martinez au club de Saint-Sébastien l’hiver dernier pour 30 millions d’euros, l’Athletic Bilbao a triplé son précédent record pour un transfert. Premier pas vers le foot-business ou simple épiphénomène ? Il suffit de se remémorer les résultats d’un sondage datant des années 90 pour se convaincre que la deuxième option est la bonne, quand 75% des supporters avaient assuré préférer une éventuelle relégation à un abandon de la politique identitaire. Parce que rien ne vaut de rester fidèle à un modèle unique en son genre.

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