L'ambition de Rennes dépasse cette saison, c'est de changer sa réputation

L'ambition de Rennes dépasse cette saison, c'est de changer sa réputation©Media365
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Geoffrey Steines, publié le jeudi 07 mars 2019 à 10h31

Réputé pour ses échecs retentissants plus que pour ses grands succès depuis près de 50 ans, le Stade Rennais vit une saison où il pourrait se débarrasser d'une réputation tenace. Un enjeu en soi pour un club qui attend désespérément de franchir un cap pour de bon.

Les supporters du Stade Rennais avaient tellement pris l'habitude de ne pas avoir droit au bonheur qu'ils ne sont toujours pas descendus de leur nuage. Deux semaines ont passé depuis l'exploit réalisé chez le Betis Séville (1-3), mais l'émotion reste intacte. Pour certains, ils ont même prolongé le plaisir pendant des jours dans les rues de la cité andalouse, pour surtout que l'euphorie ne retombe pas trop tôt. La venue jeudi d'Arsenal, visiteur le plus prestigieux du Roazhon Park depuis la Juventus Turin de Zinedine Zidane en Coupe Intertoto en 1999, pour un 8eme de finale de Ligue Europa (18h55), va entretenir cet état de grâce. Jamais dans son histoire le club breton n'avait franchi ne serait-ce qu'un tour d'une phase finale de compétition européenne avant cette année. Il en a passé deux d'un coup pour ce qui est désormais « le début d'une épopée », comme l'a reconnu mercredi Julien Stéphan lors de la traditionnelle conférence de presse d'avant-match.

Rennes habitué aux échecs cuisants et au ventre mou

Rennes veut en faire le point de départ d'une nouvelle ère, où il ne serait plus considéré simplement comme un « loser ». Cette réputation lui colle à la peau depuis des années, près d'un demi-siècle même, son dernier titre majeur remontant à la Coupe de France 1971. La légende a pris du corps depuis les années 2000, en particulier avec les trois défaites en cinq ans en finale de Coupe de France, dont deux contre le voisin Guingamp. Les exemples d'échecs retentissants ne manquent pas dans l'histoire récente du Stade Rennais, comme la perte de la 3eme place de L1 à la dernière minute de la dernière journée en 2006-07. Et les succès dans tout ça ? Rien de vraiment marquant au cours de saisons très monotones. En effet, il est abonné au ventre mou du championnat depuis son retour dans l'élite en 1994-95 (21 saisons sur 24 terminées entre la 6eme et la 15eme place).

Rennes bousculé par Létang

Mais Olivier Létang a mis un grand coup de pied dans la fourmilière à son arrivée à la présidence en novembre 2017. Directeur sportif adjoint puis principal du PSG version QSI pendant cinq ans, l'ancien milieu du Mans et de Reims a débarqué avec son expérience du haut niveau et son vécu quant à la construction d'un grand club. A l'échelle de Rennes, il a appliqué le même modèle de développement. Avec des ambitions très élevées, pour bousculer tout un club trop habitué à ronronner selon ses standards. « Cela valide les nombreux changements que nous avons effectués depuis 15 mois, confiait Létang au Parisien suite à la qualification pour les 8emes de finale de la Ligue Europa. Si l'on avait dit aux Rennais que nous allions nous qualifier pour un huitième de finale d'une compétition européenne, tout le monde aurait ri. Changer l'ADN du club et la culture d'une entreprise, c'est toujours ça qui est le plus long. Mais nous sommes en train de changer le niveau d'exigence. »

Rennes a fait le tour de France en une soirée

Dès le début de la saison, Létang avait d'ailleurs fait de la Ligue Europa un objectif à part entière, indiquant qu'il était « hors de question de ne pas jouer ces matchs ». Parce qu'il ne sait bien la caisse de résonance dont elle fait bénéficier, en particulier quand il ne reste plus qu'un seul club français en lice. Les images de la qualification arrachées à Séville ont fait le tour de l'Hexagone, celles de la joie des fans bretons ayant fait le déplacement aussi. « Ce match était une opportunité, pas une finalité. Le Stade Rennais a démontré qu'il n'est pas un club neutre quand on voit les 3500 supporteurs rennais qui ont donné une image formidable du club. Ceci me procure beaucoup de fierté et d'émotion. » Létang était bien plus froid quand il assurait vouloir que son club se qualifie chaque saison pour une compétition européenne, sans en passer par six années blanches, comme c'était le cas avant cette « épopée ».

Rennes - Arsenal, à chacun sa croix

Tout le paradoxe pour Rennes, c'est qu'il vit un exercice cahin-caha en championnat, avec une 10eme place anodine, même si le Top 5 n'est pas si loin. Mais le club vit, par le prisme de la Ligue Europa et de la Coupe de France, où il est qualifié pour une demi-finale à jouer à Lyon début avril, des émotions fortes auxquelles il aspirait depuis des années. « On est à un match d'une finale, à deux d'un titre, soulignait Létang la semaine dernière. On est positionnés pour avoir des perspectives exaltantes, même s'il faudra deux grands matches pour espérer aller en quarts de la Ligue Europa, ce qui serait un véritable exploit. » Un exploit à réaliser contre Arsenal, un autre grand « loser » du football européen, désespérément en quête d'un premier titre continental depuis des décennies. A chacun sa croix. Mais celle de Rennes parait peser bien moins lourd depuis la folle nuit sévillane.

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