A Londres, Emery n'a pas changé

A Londres, Emery n'a pas changé©Media365
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Julien Pereira, publié le jeudi 07 mars 2019 à 11h02

Il y a deux semaines, au stade Benito Villamarín, Julien Stéphan était peut-être devenu européen. Et s'il existe encore un doute - légitime -, son opposition à Unai Emery, qu'il affronte ce jeudi soir lors du huitième de finale aller de Ligue Europa entre Rennes et Arsenal, permettra de le jauger.

Car l'ancien coach du Paris Saint-Germain en est un, un vrai, et les trois C3 accrochées à son palmarès devraient suffire à en avoir la certitude. L'Espagnol est un entraîneur à l'envergure continentale à défaut de faire partie de la caste des entraîneurs marquants - Guardiola, Ancelotti, Mourinho - parce qu'il a une limite qu'il n'a, jusqu'à présent, jamais réussi à franchir, au PSG ou à Arsenal. Longtemps, ses débuts à Londres avaient laissé penser le contraire. De la troisième journée de Premier League à la dernière de la phase de groupes de la Ligue Europa, soit 22 matchs au total toutes compétitions confondues, le Basque est resté invaincu, cumulant, sur ce bilan, 17 succès. Après une fin d'ère Wenger maussade, l'enthousiasme avait regagné l'Emirates et la méthode d'Emery avait été épiée, jusque dans sa propre façon d'être, comme s'il allait devenir le nouveau coach à la mode. La tendance s'est effritée, aux abords de l'hiver et au bout d'une défaite (3-2) à Southampton, jusqu'à rappeler qu'Arsenal n'avait pas vraiment changé, et son nouveau manager non plus. Comme à Paris, l'Espagnol est un entraîneur de cycles.

Emery n'aime pas le changement quand tout va bien

C'est ainsi que les Gunners n'ont cessé, depuis la fin d'année dernière, d'enchaîner des performances décevantes dans une période de tumulte : une gifle à Liverpool (5-1) et des défaites répétitives contre West Ham, Manchester United ou le BATE Borisov. Son onze, disposé dans un système en 4-2-3-1 qu'il a utilisé le plus souvent partout où il est passé, à Valence, Séville ou Paris, s'est essoufflé, alors que l'équipe londonienne avait été, longtemps, la deuxième plus prolifique du Royaume. Car Emery n'est pas du genre à changer ce qui fonctionne, qu'il s'agisse du système, des hommes ou même de la méthode. Une forme de peur, peut-être, pour un homme qui se qualifiait de « couille-molle » lorsqu'il était joueur.

Là où Thomas Tuchel est capable de de déplacer ou remplacer une demi-douzaine d'un match à l'autre, le coach basque s'adapte seulement quand il sent le vent tourner. Pour relancer la machine, ces dernières semaines, il a plus régulièrement usé d'un schéma à cinq défenseurs, quitte à envoyer Pierre-Emerick Aubameyang sur un côté ou Alexandre Lacazette sur le banc. Les changements étaient inévitables mais ils ont amené d'autres problématiques, qu'il redoutait encore plus, puisque certains egos ne les ont pas appréciés. Il a fait face, malgré tout, assurant qu'il n'avait « aucun problème » avec Mesut Özil, qu'il avait sorti à la mi-temps d'un match à Brighton (1-1).

Emery et la limite qu'il avait déjà à Paris

Et lorsque Lacazette a exprimé son agacement au moment d'être remplacé au profit d'Aubameyang lors du derby face à Tottenham, le technicien de 47 ans a pris des pincettes en conférence de presse. « Ils doivent accepter ma décision parce que j'essaie de faire le meilleur choix possible, avait-il dit. Parfois, je ne suis pas content avec eux quand leurs performances ne sont pas bonnes quand ils jouent ensemble ». La gestion des egos est autant sa limite que le principal frein à d'éventuelles évolutions, en tout cas celles de son équipe.

Parfois, même, il préférera travailler sur lui-même. « Je suis arrivé et je me suis installé avec la continuité de ce que je faisais à Séville, avait-il confié à la fin de son mandat au PSG, à RMC Sport. Et après, je me suis adapté à l'équipe parce qu'elle ne s'est pas adaptée à mon niveau d'agressivité ni à l'intensité que je voulais ». Il est évidemment trop tôt pour assurer que son aventure londonienne a pris la même tournure. Surtout qu'Arsenal reste sur une série de trois victoires convaincantes et un nul à Wembley (1-1). Peut-être le début d'un nouveau cycle, victorieux, celui-ci. Et ce n'est pas une bonne nouvelle pour Rennes.

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