Auxerre : Le Bihan ou celui qui n'abdiquait jamais

Auxerre : Le Bihan ou celui qui n'abdiquait jamais©Media365
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Clément Pédron : publié le mardi 01 décembre 2020 à 13h10

Victime de hauts et de bas depuis le début de sa carrière, le Morbihannais Mickaël Le Bihan revit actuellement dans l'Yonne à Auxerre. Meilleur buteur de Ligue 2 avec 10 réalisations en 11 matchs, l'avant-centre enchaîne les belles performances avec un mental retrouvé.


Mickaël Le Bihan signe ses buts comme ceux de Memphis Depay, et, cette saison, le Morbihannais a bouché ses oreilles deux fois plus que le Batave. « Il y a deux raisons : la première c'est que mon fils adore la faire quand on joue ensemble à FIFA et il m'a demandé si je pouvais la reproduire sur le terrain, avouait l'attaquant à So Foot en octobre. Ça ne me dérange pas parce que c'est un joueur que j'aime beaucoup de toute façon. Et l'autre raison, c'est un clin d'œil à certaines personnes qui, la saison dernière, parlaient de moi négativement et qui n'avaient pas confiance en moi. Donc les deux doigts dans les oreilles, c'est une manière de leur dire aujourd'hui « Allez-y, continuez de parler, je m'en fous, je ne vous entends pas. » Mickaël Le Bihan a toujours vécu comme cela. Propulsé en tête d'affiche le jour, victime de coups du sort la nuit. Sauf qu'à 30 ans maintenant, le Breton semble enfin s'épanouir, débarrassé des soucis physiques et des brumes mentales. Natif de Plœmeur dans le Morbihan, il fréquente les équipes de jeunes du FC Lorient avant de s'engager officiellement avec Sedan, le point de départ de sa carrière professionnelle. Auteur de 10 buts et 3 passes décisives en 70 matchs, l'avant-centre prend la direction du Havre en 2013, pour 3 ans. Objectif : Franchir un cap supplémentaire.

Déterminé à remplacer Yohann Rivière qui a filé à Dijon, Mickaël Le Bihan prend ses marques en Normandie avec 8 buts en 31 apparitions. Mais c'est surtout lors de l'exercice suivant, toujours sous les couleurs du Havre, que le Français va vraiment s'imposer en Ligue 2 puisqu'il marque 18 buts 36 matchs. Fort de son statut de meilleur buteur du championnat, il signe avec l'OGC Nice en 2015 pour 1,5 million d'euros.

Quatre saisons noires

Installé sur la Côte d'Azur, Le Bihan joue les 3 premiers matchs de l'équipe (1 but et 1 passes décisive) avant d'être victime, fin septembre, d'une fracture de fatigue au tibia, d'une fracture « franche » et d'une lésion à l'abdomen qui l'éloignent des terrains jusqu'en février 2017. De retour lors d'un match contre Montpellier, le Morbihannais rentre à la place de Donis et réussit un retour incroyable en marquant un doublé qui permet à Nice de s'imposer et d'être co-leader du classement de Ligue 1. Quatre mois plus tard, à l'entraînement, le Breton se fracture le péroné gauche qui le prive, une nouvelle fois, de montrer son talent. Il manque 47 matchs avec le club azuréen et revient en mars 2018 où il joue les 7 derniers matchs. Sa dernière année dans le sud est l'image des précédentes (5 matchs, 1 but). Nice et Mickaël Le Bihan s'entendent pour abréger le calvaire et le Breton file en Bourgogne pour deux saisons après avoir joué seulement 27 matchs en quatre ans. « Quand j'ai signé à l'AJ Auxerre, le coach et son staff mais aussi le staff médical m'avaient prévenu que je n'allais pas briller tout de suite, raconte le buteur lors dans un entretien accordé à la Ligue. Ils m'ont dit que la saison allait être compliquée puisque j'allais devoir retrouver mes sensations, mon physique et mon football. Jean-Marc Furlan avait vraiment insisté sur le fait qu'il fallait que je travaille pendant toute la saison. »

Sur le fond, la saison du n°8 est correcte, il joue 18 matchs (5 buts, 2 passes décisives) mais sur la forme, le Morbihannais veut aller trop vite et s'impatiente. Ce qui finit par se matérialiser par des gestes d'humeur : « J'étais revenu de blessure, je n'avais plus de douleurs, je me disais que c'était reparti. Dans ma tête, j'étais persuadé que j'allais revenir à mon meilleur niveau, surtout que mon premier match contre Chambly se passe bien puisque je mets un but et que je délivre une passe décisive (13 septembre 2019, J7). Mais c'était oublier tous ces mois, et même toutes ces années, sans efforts et sans entraînements. Rapidement, j'ai eu un contrecoup.  je me retrouvais tout seul devant, je n'avais pas beaucoup de ballons... Et quand j'en avais un, j'étais isolé et je le perdais. Je sortais de certains matchs avec zéro tir... Cela m'agaçait. Je ne me trouvais pas bon et inutile pour l'équipe. De tout ça ont découlé des gestes d'humeur et des cartons rouges... »

La rédemption

« Après mon carton rouge contre Troyes, je suis rentré chez moi et je me suis dit : « Ce n'est pas moi, je suis un gentil garçon. Pourquoi j'ai réagi comme ça ? », reconnaît Le Bihan. J'ai commencé à me poser des questions mais derrière, je me reprends un carton rouge face à Sochaux. A partir de ce moment-là, j'ai décidé d'aller voir quelqu'un. J'ai consulté une préparatrice mentale qui travaille avec le club et j'ai commencé à faire des séances individuelles lors desquelles on échangeait. Le but était que je déverse toute ma haine, non pas sur le terrain, mais en dehors. » En parallèle, l'attaquant ressent de meilleures sensations et travaille individuellement pour parfaire son corps. Mais cette fois, le confinement vient stopper le bel élan du Français. Avec l'aval de Jean-Marc Furlan, il encaisse de grosses séances pendant cette période avec son voisin et coéquipier Quentin Bernard.

De retour sur les pelouses françaises lors de l'exercice 2020-2021, Mickaël Le Bihan est au meilleur de sa forme. Auteur de 10 buts en 11 matchs, il est actuellement en tête du classement des buteurs, un titre honorifique déjà connu lors de ses années havraises. Moins isolé sur le terrain, libéré dans l'esprit et enfin par son corps, Mickaël Le Bihan est cette fois, en pleine possession de ses moyens pour emmener l'AJ Auxerre (6eme), qui retrouve Le Havre ce mardi soir (19 h), dans sa quête pour la montée en Ligue 1.

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