Sport français et alcool, une nouvelle révolution en marche ?

Sport français et alcool, une nouvelle révolution en marche ?©Media365

Nicolas Kohlhuber : publié le vendredi 19 juin 2020 à 13h24

Promulguée en 1991, la loi Evin est le texte de référence dans la lutte contre l'alcoolisme et le tabagisme. Des combats qui impactent le sport. Mais pour combien de temps ?

Quelques années avant l'arrêt Bosman, une loi a sérieusement modifié l'économie du football français : la loi Evin. Votée en 1990 et promulguée l'année d'après, elle cherchait à lutter contre le tabagisme et l'alcoolisme. Deux terrains sur lesquelles, la loi a affronté le monde du sport. Mais avec la crise actuelle, le gouvernement pourrait, au moins temporairement, diminuer son pressing. Un rapport du Sénat propose d'assouplir les textes en vigueur. Une mesure qui pourrait venir en aide à des clubs en difficultés financières après le confinement. Et marquer un tournant dans l'histoire récente du sport français. Depuis près de 30 ans maintenant, la vente d'alcool est interdite dans les stades. Sur les maillots ou le long de la pelouse, les publicités pour des marques d'alcool ou de tabac ne sont pas autorisées. A l'époque, le député Claude Evin avait proposé ces mesures pour limiter le tabagisme et l'alcoolisme. Elles s'inscrivaient dans une loi plus large qui interdisait la cigarette dans les lieux publics ou rendait obligatoire un message rappelant les dangers de l'alcool. Mais tout pourrait changer grâce à la sénatrice Catherine Morin-Desailly.

Autorisation d'alcool inférieur à 18°, gain économique supérieur à 30 millions d'euros

Le rapport publié ce mercredi par une commission qu'elle préside a évoqué les bénéfices d'un assouplissement de la loi Evin. Une des dix mesures pouvant limiter l'impact économique de plus de deux mois de fermeture imposée à 84% des structures sportives. Une réflexion qui n'est pas nouvelle d'ailleurs. En 2017, déjà, le Sénat avait évoqué l'avantage économique d'un assouplissement d'une loi qui régit le quotidien de chaque citoyen français. Les clubs professionnels pourraient gagner entre 30 et 50 millions d'euros grâce à cette mesure. Un coup de pouce bienvenu en ces temps de récession. La crise économique pourrait accélérer une démarche qui est soutenue par une centaine de députés depuis l'an passé. Leur objectif était de rendre possible la consommation d'alcool inférieur à 18° pour chaque match de la saison. Actuellement, elle n'est autorisée que pour dix dates. Et pour l'ensemble des matchs en loges. Un traitement inégalitaire qui pousse à la réflexion. Au niveau de la publicité, ce décret pourrait aussi limiter limiter les pertes. Le Covid-19 a impacté tous les secteurs d'activité. Et certaines entreprises ont déjà renoncé au sponsoring sportif. Le RC Strasbourg a déjà annoncé que CroisiEurope ne sera plus son sponsor maillot l'an prochain. Permettre aux clubs de discuter avec des marques d'alcool pourrait limiter la fuite des sponsors. Et peut-être provoquer une révolution dans le paysage du sport français. 2020-2021 pourrait être une saison test à tous les niveaux.

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