Ligue 1 : Un arbitre tire la sonnette d'alarme

Ligue 1 : Un arbitre tire la sonnette d'alarme©Media365

Rémi Farge, publié le vendredi 02 mars 2018 à 11h40

La prise de parole d'un arbitre est rare. Très rare.

Et Sébastien Desiage, qui s'exprime longuement dans les colonnes de Libération ce vendredi, est le premier à le regretter. L'arbitre de 44 ans, qui officie en Ligue 1 depuis 2011, plaide pour une libération de la parole, alors qu'aujourd'hui l'aval de la Direction technique de l'arbitrage (DTA) est obligatoire pour aligner trois mots. Car les hommes en noir ont besoin de s'exprimer, d'argumenter, pour répondre aux critiques dont ils font l'objet, assure Sébastien Desiage : « Nous le vivons très mal. On en prend plein la tête semaine après semaine. C'était déjà compliqué la saison passée. Mais le niveau d'agressivité et de défiance est bien supérieur aujourd'hui. Un jeu de déstabilisation permanente des arbitres s'est mis en place ». L'intéressé n'échappe pas aux critiques. La saison dernière, Bastia avait porté plainte contre lui pour « faux », suite au carton rouge adressé à Florian Marange pour une faute inexistante sur Jérémy Ménez. Des erreurs, il n'y en a pas plus qu'avant, assure Sébastien Desiage, qui voit surtout une différence dans l'exposition du corps arbitral.« Les arbitres sont de vrais professionnels, aussi bons qu'avant. Mais ils évoluent désormais dans un football qui utilise tous les arguments de préparation d'un match (avant la rencontre) ou de justification d'un résultat (après). Il est de plus en plus utilisé comme une variable d'ajustement des résultats ou un écran de fumée qui masquera la crise interne. Quel club ou quel entraîneur accepterait que ses joueurs soient mis en cause avant un match, ou raillés après ? Pour les arbitres, c'est devenu la norme », regrette le Rhônalpin dans Libération. Dernier aspect évoqué par Sébastien Desiage : la fatigue physique et mentale « extrême » de sa profession. Les déplacements tous les week-ends et les nombreux stages à Clairefontaine n'arrangent rien. « La saison prend fin le 30 juin. Tous les arbitres élite sont en fin de contrat, et aucun arbitre ne saura avant le 15 avril s'il sera reconduit en Ligue 1 la saison prochaine ou s'il sera rétrogradé en Ligue 2 : cet équilibre précaire fragilise la fonction. On assiste à une forme d'ubérisation de la fonction », argument l'arbitre. S'il a choisi de parler, c'est aussi et surtout parce que Sébastien Desiage est président du Syndicat des arbitres de football d'élite (SAFE). Et il avait visiblement un message à faire passer.

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