Son ambition, sa gestion, ses casseroles... Ahmad, le président de la CAF, se livre

Son ambition, sa gestion, ses casseroles... Ahmad, le président de la CAF, se livre©Media365

Patrick Juillard, publié le samedi 15 juin 2019 à 13h40

Dans un long entretien accordé à France Football, le président de la CAF, Ahmad, évoque tous les dossiers chauds du moment. Propos choisis en verbatim.

La CAN à 24 en Egypte, première de l'histoire
Cette nouvelle formule permet d'accueillir des pays émergents en football, qui travaillent bien. Ces nations-là doivent aussi avoir l'opportunité de s'exprimer à la CAN et d'affronter les grands pays qui donnent sa notoriété au football africain et permettent sa commercialisation. Cet amalgame est nécessaire. Autre avancée, nous avons écouté les clubs européens, qui souhaitaient que la CAN soit jouée en juin et non plus en janvier. Ainsi, les très nombreux Africains qui évoluent en Europe sont plus sereins, ils ne se mettent plus en danger vis-à- vis de leur club en se rendant à la CAN. Avec les Salah, Mané, Ziyech, Pépé et autre Mahrez qui brillent, nous pouvons prétendre à une meilleure exposition au plan mondial.

Le dossier de la CAN au Cameroun
Auparavant, les attributions de CAN étaient avant tout un argument électoral pour le président de la CAF. C'était un problème... Ça n'a pas été commode de faire accepter le retrait de la CAN 2019 au Cameroun. Nous avons dû affronter des ennemis en interne et d'autres à l'extérieur qui espèrent notre échec... Mais j'ai été écouté. Le Cameroun organisera donc la CAN en 2021. À 95 %, je suis certain que le pays en sera capable.

La finale de la Ligue des Champions, donnée à rejouer par la CAF
j'ai essayé de ramener tout le monde à la raison. En vain... J'ai même reçu des menaces du président de l'Espérance (Hamdi Meddeb). Il a lancé : "Vous voulez la révolution ?" Que pouvais-je faire ? Depuis l'an dernier, dans nos compétitions, le VAR fonctionne partout, sauf en Tunisie ! Je doute que ce soit une coïncidence. Nous ne pouvons plus accepter ces dérapages, cette confusion à cause du non-fonctionnement du VAR. Déjà, le match aller avait créé des problèmes et l'arbitre a été suspendu. Donc, la CAF est déterminée à prendre des mesures très sérieuses.

L'affaire Tactical Steel, les soupçons de corruption et de favoritisme ayant conduit la police française à l'interroger
Ce sont des mensonges ! En 2017, la CAF n'avait même pas un service dédié à l'approvisionnement de matériel ou aux appels d'offres, elle n'avait plus d'équipementier. Il a fallu en trouver un en urgence pour le CHAN. Avec Puma, vu le délai, il n'y avait pas la certitude d'être livré à temps. J'ai dit : "Ce n'est pas possible !" J'ai alors réalisé l'étendue de la corruption à la tête de notre service marketing en charge de ce dossier. D'ailleurs, son directeur a avoué. J'ai alors alerté Adidas Egypte mais le stock était insuffisant. J'ai donc demandé à mon "attaché" (Loïc Gérand, proche du directeur de Tactical Steel, ndlr) de contacter une personne de sa connaissance dans ce secteur. Lui pouvait nous fournir. C'était une opération d'urgence ! Je sais que, dans ce dossier, personne n'a osé faire une magouille.

Les accusations de harcèlement sexuel à son encontre
Pour un Malgache et un musulman, harceler une femme, c'est banni ! C'est une maladie des pays développés ou alors le fait d'un malade mental.
Personne ne peut croire à cet argument. Si j'aime une fille, je la courtise, c'est tout ! Si elle m'aime, je sors avec elle, si elle ne m'aime pas, tout s'arrête ! Je ne l'oblige pas. Des salariées de la CAF ont envoyé des lettres à la FIFA pour certifier qu'il n'y avait pas de harcèlement sexuel à notre siège. Elles ont aussi dit que l'ancien secrétaire général était allé les voir pour qu'elles fassent de fausses déclarations à mon encontre. Je ne m'attendais pas à prendre autant de coups quand je me suis présenté à la présidence. Ceux qui veulent me faire tomber disent : "Il lui reste une semaine, deux maximum..." Je suis toujours là ! Je vais continuer l'assainissement de la CAF pour que l'institution appartienne aux Africains, pas à quelques familles. J'irai jusqu'au bout.

Le soutien tiède la FIFA
La FIFA soutient toujours la vérité. A ses instances de prendre les décisions. Si je suis déclaré fautif, je partirai. Je mène ce combat avec mon équipe, je ne veux pas avoir de contact avec M. Infantino, pour ne pas l'impliquer. C'est mon affaire.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.