" Redonner ses lettres de noblesse au football gabonais "

" Redonner ses lettres de noblesse au football gabonais "©Media365

Rédaction , publié le vendredi 29 mai 2020 à 10h50

Président de l'Oyem AC, Landry Nkeyi a été porté par ses pairs à la tête de l'Association des Clubs de Ligue 1 et 2 du Gabon. Susceptible de briguer un jour la présidence de la Fégafoot, ce dirigeant nous fait partager sa vision du football gabonais.

Président du conseil d'administration du club d'Oyem AC, Landry Nkeyi a été porté par ses pairs à la tête de l'Association des Clubs de Ligue 1 et 2 du Gabon. Ce natif de la province du Moyen Ogooué tente avec ses collègues d'accompagner et de soutenir au mieux les clubs dans les difficultés qui sont les leurs. Dynamique et plein d'idées, celui qui est par ailleurs ingénieur des Eaux et Forêts s'affirme comme un présidentiable en puissance, alors que l'actuel boss de la Fédération gabonaise de football, Pierre-Alain Mounguengui, en est à son second mandat.

Quel a été votre parcours dans le football ?
Après mes jeunes années de footballeur jusqu'à l'université, j'ai eu la chance de me voir confier la responsabilité de différentes formations de football. Le premier à m'avoir fait confiance est le défunt président de la sous ligue de l'Okano, Aristide Mebale qui m'a permis d'encadrer l'équipe de Mitzic. J'ai également exercé en qualité de co-président du Zénith club (équipe féminine d'Oyem). J'ai ensuite rejoint l'équipe d'USO en tant que vice-président grâce à la confiance et à la volonté d'Hubert Daladier Minang Fils. J'y ai côtoyé de grands noms du football gabonais tels que Guy Roger Nzeng, Saturnin Ngouani, Rémy Ebanega ou encore le Centrafricain Ndilgar. En 2014, je crée avec des amis dont Désiré Owono, le club Oyem AC que nous mènerons jusqu'en Ligue 1 en 2017. Jusqu'à ce jour, j'y occupe le poste de président du conseil d'administration.

Quelle est aujourd'hui votre feuille de route dans ce contexte exceptionnel lié au Covid-19 ?
A ce jour, il est difficile de se projeter sur l'avenir avec exactitude, pour la simple raison que nous sommes tributaires des mesures gouvernementales liées au Covid-19 et qui nous contraignent à un confinement total des activités dont on ne saurait déterminer la durée. Cependant, nous priorisons la santé des sportifs et de tous les acteurs pour préparer la reprise envisagée par les instances sportives.

Vous êtes bien placé pour savoir que la vie du football gabonais est émaillée de litiges entre clubs et joueurs. Comment améliorer le statut du joueur et fluidifier les relations entre les footballeurs et leurs employeurs ?
La FIFA pose un règlement, que l'on pourra qualifier de cadre, et qui contient déjà des règles substantielles pour harmoniser les relations entre joueurs et clubs. Il appartient aux associations locales d'adopter et d'adapter des textes conformes au règlement FIFA, mais aussi aux réalités économiques et juridiques locales, tout en protégeant les parties. Les raisons des tensions entre les clubs et les joueurs, au-delà de la question de versement de salaires, s'expliquent par le non-respect des engagements financiers de la tutelle envers les clubs, qui induit un manque de visibilité dans la gestion de ces derniers. Ajoutons à cela l'ignorance par les joueurs de leurs droits et devoirs. Aussi, il est par exemple inconcevable que l'on soit incapable, en 2020, de trouver un règlement du statut du joueur sur le site de la Fégafoot. C'est choquant ! Dès lors que les textes sont mis à la portée de chacun, il faut baliser un « parcours de résolution de litiges » entre les clubs et les joueurs qui parte de la résolution amiable jusqu'au cas échéant à la résolution judiciaire ; laquelle ne dépend pas de la Fégafoot. Dans ce cadre, une commission paritaire de règlement à l'amiable me parait indispensable.

« Un championnat décadent »

Le championnat se veut professionnel mais il ne l'est pas dans les faits. Comment en améliorer la régularité et plus globalement la qualité ?
Premièrement, ce constat malheureux vient d'être sanctionné récemment par une requalification de notre championnat en championnat amateur. C'est un véritable bond en arrière qui entérine un championnat décadent, plutôt que de chercher des solutions pour l'améliorer. L'une des conséquences sera la perte des revenus en cas de transferts des joueurs, lequel constitue une source des plus appréciables dans la vie d'un club. S'ensuivra une perte de visibilité directe par rapport aux autres championnats professionnels : droit d'image, sponsoring. Enfin, une dépréciation du championnat et du joueur gabonais.
Cela étant dit, je reste convaincu qu'une amélioration du championnat est toujours possible. La professionnalisation, c'est d'abord un état d'esprit, une exigence que l'on doit imposer à tous, notamment à travers le respect des règlements des droits et devoirs de chacun. Cela doit être une exigence de tous les instants. En outre, le football moderne ne doit plus être l'apanage des élites institutionnelles, il doit être une construction concertée de l'ensemble des acteurs notamment les ligues, clubs, joueurs... Enfin, il faut mettre l'accélérateur sur la formation et la gestion des moyens humains et financiers. Pour cela, nous devons nous enrichir des expériences des autres à l'exemple du Horoya AC du président Antonio Souaré, du TP Mazembe du président Moïse Katumbi qui, j'en suis sûr, en grands connaisseurs et amoureux du football, se feront une joie de nous faire profiter de leurs expériences.

Les résultats des clubs gabonais en Coupes africaines sont généralement très décevants. Quelles seraient vos pistes pour les améliorer ?
A mon sens, il n'y a pas de recette miracle. Il faut d'abord sensibiliser les clubs et les joueurs sur les enjeux colossaux, en termes de rentes financières, et de visibilité pour les joueurs et les clubs, quant aux bonnes participations des équipes à ce niveau. Ensuite, il faut être exigeant sur la formation de nos joueurs mais aussi sur la qualité des recrutements notamment internationaux. Nous devons redonner au football gabonais ses lettres d'or, afin que les meilleurs joueurs étrangers viennent nous enrichir de leur expérience. Ainsi, la qualité du championnat gabonais s'imposera grâce à l'ambition et la détermination du collectif football Gabon.

On peut déplorer un manque de transparence dans le processus du choix de sélectionneur et un déficit de programmation à long terme sur l'équipe nationale, absente de la CAN 2019. Comment y remédier et de faire des Panthères une sélection au niveau des meilleures du continent, tant en termes de résultats et d'organisation ?
Il faut arrêter de compter sur la providence ! Le recrutement du sélectionneur devra désormais obéir à des critères précis en fonction des objectifs que la Fédération aura préalable définis et exposés. Cela a été le cas heureusement lors du dernier choix du sélectionneur (Patrice Neveu, ndlr) à travers les candidatures retenues par la Fédération. Dans la situation qui est la nôtre, je penche personnellement pour un « sélectionneur manager » qui aura pour mission d'une part l'équipe nationale « A », d'autre part la gestion et l'organisation de son environnement immédiat.

« Ndong, le seul pro issu de la génération championne d'Afrique U23 2011 »

Le Gabon avait gagné la CAN U23 en 2011 mais ce beau succès n'a pas fait de petits. Comment peut-on relancer les catégories des jeunes et plus généralement la détection des jeunes talents ?
Il n'y a pas de génération spontanée. Il n'y a eu aucun suivi après le succès de 2011 de nos jeunes Panthères. De tous les champions de cette génération, je crois savoir que Didier Ibrahim Ndong est le seul professionnel en activité. Quel gâchis !
Ailleurs - Cameroun, Sénégal, Mali... -, on maximise sur la jeunesse, sa détection, sa formation tout en établissant des partenariats avec les clubs européens. Le FC Metz, Saint-Etienne, Lyon au Sénégal, Montpellier au Cameroun et la liste est longue dans toute l'Europe. Mais qu'est ce qui rend cela possible ? C'est la qualité des projets, la vision et la détermination portées par les acteurs locaux de ces pays. Ce sont là des opportunités dont nous devons absolument nous saisir parce que ce ne sont pas les talents qui manquent au Gabon...

Quid du développement des autres formes de football (football féminin, beach soccer, etc) ?
S'agissant du football féminin, nous avons eu de grands talents à l'instar de Géraldine Okawe, Léocadie Ntsame, Bérangère Minang, Paule Edna Magama Mouketou, Fanny Ngue Bié ... sans oublier Charlène Nzoua Nze, seule professionnelle gabonaise, qui a évolué en France. En tant qu'observateur averti du football féminin, je déplore l'absence de championnat régulier et le manque de formation structurée pour nos filles, surtout au regard de l'essor grandissant du football féminin au niveau international. Les performances des Panthères féminines sont en phase avec l'organisation qui leur est réservée. Nous avons pourtant la capacité de constituer des viviers au sein des clubs car les talents ne manquent pas. Mais cela ne peut se faire sans le soutien appuyé aux clubs et les efforts conjugués de la Fégafoot, de la Linaf et des pouvoirs publics, parce qu'au-delà de l'aspect sportif, le championnat féminin doit être un vecteur de développement quant à la place, à l'intégration et à la fierté de la femme Gabonaise dans la société. Quant au beach soccer, c'est un sport nouveau pour les gabonais qu'il sera intéressant de développer pour le plaisir de tous ! Un autre défi en perspective !

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