Everton : La résurrection de Digne

Everton : La résurrection de Digne©Media365
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Clément Pédron, publié le mercredi 23 septembre 2020 à 12h49

Trop souvent moqué pour son rendement offensif ou ses lacunes défensives, pas assez performant au sein des grosses écuries, Lucas Digne signe depuis deux ans, un retour brillant avec Everton.



Son visage poupon et sa voix juvénile ont laissé place à de gros tatouages arborés sur ses bras dans un corps sculpté et une aisance certaine et affirmée dans ses mots. De ceux qui l'ont connu à Lille où il s'est révélé en 2011 jusqu'à aujourd'hui sur les bords de la Mersey, à Everton, Lucas Digne (27 ans) n'est plus le même. Il a bien sûr grandi, mûri mais s'est surtout libéré d'un poids qu'incombait d'évoluer dans une grande formation européenne. Un costume peut être trop grand ou un mauvais timing ? Personne ne sait. En tout cas, le natif de Meaux s'est aussi débarrassé de cette image d'homme trop gentil, sans problème, presque à l'étroit entre les égos de certaines stars d'un vestiaire. Peu bavard ou disons, à l'heure où ils sont nombreux à parler pour ne rien dire, juste assez pour être entendu, le latéral gauche a grandement évolué depuis ses passages en France, en Italie, en Espagne et actuellement en Angleterre. Désormais, c'est lui, l'un des hommes forts et non une erreur de casting. Sa voix n'a plus besoin de celle d'un autre coéquipier comme mégaphone pour qu'elle soit écoutée et prise en compte. Exemple récent, c'est à lui qu'on demande un avis sur les recrues de l'été (Allan, Abdoulaye Doucouré, Niels Nkounkou et James Rodriguez). "Le club a montré du caractère lorsque nous avons acheté les nouvelles recrues et nous avons également été en mesure de montrer du caractère et de l'ambition sur le terrain, avec la qualité que nous avons, s'était réjoui Digne sur Everton TV. Ce sont des joueurs de classe mondiale".

Des passages mitigés dans les autres clubs

Pourtant, tout n'a pas été simple pour l'international français (31 sélections). Après son éclosion au LOSC, Lucas Digne signe au Paris Saint-Germain en juin 2013 pour 15 millions d'euros, en même temps que son entraîneur Laurent Blanc qui débarque en lieu et place de .... Carlo Ancelotti, son coach actuel à Everton. Mais son passage dans la capitale est difficile car le joueur fait face à la rude concurrence de Maxwell. Il ne sent pas non plus une grande confiance de la part de son entraîneur qui ne lui fait jouer les matchs importants qu'en cas de grande nécessité. Lucas Digne l'a dit, il ne s'est « jamais senti bien" au PSG. Résultat, il dispute 44 rencontres (en deux ans) avec le maillot parisien avant de partir, lors de sa troisième saison au club, à l'AS Rome en prêt en 2016. En Italie, le latéral participe à 42 matchs pour 3 buts et 3 passes décisives. Malgré tout, l'arrivée de Luciano Spalletti à la place de Rudi Garcia qui avait fait de lui un titulaire indiscutable, le condamne au banc avant que l'AS Rome ne lui laisse entendre qu'elle n'est pas disposée à dépenser entre 15 et 18 millions d'euros pour lever son option d'achat. Retour en France et Paris pour Digne qui prévient ses dirigeants. "Ils (Paris) m'ont contacté durant la saison car ils voulaient que je revienne cet été, raconte le joueur lors d'une interview à Goal en 2016. Je leur ai répondu que je ne voulais pas revenir de Rome et que je ne voulais plus jouer pour le club car je pense que le PSG n'est simplement pas la bonne équipe pour moi." Direction alors le grand FC Barcelone pour l'ancien Lillois en 2016. S'il s'est aguerri physiquement et techniquement lors de son arrivée en Catalogne (à 22 ans), son temps de jeu réduit avec les Blaugrana (46 matchs en 2 ans) et la concurrence, là encore, d'un latéral gauche indéboulonnable encore jusqu'à peu (Jordi Alba), l'incite à changer d'air.

La résurrection à Everton

À l'été 2018, au sortir d'une Coupe du monde en Russie qu'il regarde à la télévision, Lucas Digne choisit un club moins huppé sur le papier, sur les bords de la Mersey à Everton. Arrivé pour un peu plus de 20 millions d'euros, le latéral entre tout de suite dans le vif du sujet d'abord sous les ordres de Marco Silva puis de Carlo Ancelotti à partir de décembre 2019. Dès sa première saison avec les Toffees, le joueur se montre déjà décisif avec 4 buts et 4 passes décisives et est même élu meilleur joueur de son équipe par les supporters. L'an passé, le début de saison d'Everton n'est pas bon et a raison de l'entraîneur de l'époque qui est limogé (en décembre) après une sévère défaite (2-5) contre le rival Liverpool. Avec le technicien italien, Lucas Digne clôt une saison à huit passes décisives toutes compétitions confondues. Mais ce sont surtout ses statistiques qui révèlent l'impact exponentiel du Français au sein de son équipe. Digne est tout d'abord le défenseur qui a créé le plus d'occasions depuis son arrivée en Premier League et celui qui a fait le plus de dernières passes (149) avant un tir devant Trent Alexander-Arnold (Liverpool), Andrew Robertson (Liverpool) ou Ben Childwell (Aston Villa, désormais à Chelsea). C'est aussi le meilleur centreur (71 réussis) du championnat, le troisième meilleur passeur décisif (12). Et l'ancien Parisien est impliqué sur 16 buts en 72 matchs joués. "Je pense qu'au niveau physique, j'ai progressé, a reconnu le Français en conférence de presse lors du dernier rassemblement des Bleus en septembre dernier. J'aime beaucoup les duels ici, c'est un championnat qui me va bien. Je suis épanouis ici". On le croit sur parole tant le défenseur est l'un des hommes forts du système d'Ancelotti. Aligné d'entrée avec les dernières recrues de l'été lors des deux premiers matchs de championnat, Digne s'est montré décisif dès la rencontre inaugurale contre les Spurs de Tottenham (0-1) avec une assistance pour Dominic Calvert-Lewin qui explose en ce début de saison (4 buts en 2 matchs). Opposé au Fleetwood Town (D3) de Joey Barton ce mercredi (20 h 45) lors du 3eme tour de Carabao Cup, les Toffees entendent poursuivre leur dynamique. Des recrues intelligentes à chaque poste, un attaquant prolifique devant et un distributeur de caviars derrière en la personne de Lucas Digne et c'est tout Everton qui est heureux alors qu'il réalise son meilleur départ en Premier League depuis 2012/2013.

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