Amical - Bleus / Peter Zeidler : " Beaucoup de sympathie pour le football français "

Amical - Bleus / Peter Zeidler : " Beaucoup de sympathie pour le football français "©Media365

Rémi Farge, publié le mardi 14 novembre 2017 à 07h14

Peter Zeidler, entraîneur allemand de Sochaux et ancien professeur de français, est sans doute le meilleur témoin pour évoquer l'affiche entre l'Allemagne et la France, mardi soir.

Peter Zeidler, quel est le secret de l'Allemagne pour sortir des qualifications si facilement à chaque fois ?

C'est une bonne question (rires) ! Je ne connais pas la raison exacte des difficultés de la France, peut-être les adversaires sont-ils tout simplement de meilleure qualité. Je ne crois pas que ce soit un problème de mentalité. L'explication est peut-être psychologique, du domaine de la confiance, du respect des autres. Je me rappelle quand même qu'au début des années 2000, ce n'était pas si facile pour l'Allemagne. Mais c'est vrai que depuis 2008, ça n'a jamais été un problème.

 

Quel regard porte les Français sur le football allemand lorsque vous échangez avec eux sur le sujet ?

Il y a beaucoup de respect. Cela me rend fier. Ce qui a changé par rapport aux années 1980, c'est qu'il y a du respect et de la sympathie. Cette sympathie pour le beau jeu, pour les résultats, est nouvelle. Et je peux vous dire qu'en Allemagne, on a aussi beaucoup de respect et de sympathie pour le football français, surtout que de plus en plus de joueurs français évoluent en Bundesliga. Moi qui vit en France, j'aime beaucoup cette amitié franco-allemande, cette sympathie et ce respect mutuels.

 
Zeidler : « Les jeunes entraîneurs sont à la mode en Allemagne »
 

Vous êtes quand même une exception, car même s'il y a beaucoup de très bons entraîneurs allemands, ils s'exportent assez peu en Europe...

Il y a quand même (Jürgen) Klopp en Angleterre, et (Thomas) Tuchel qui attend un poste en Premier League. Pour un coach, c'est très important de parler la langue. L'anglais, ça va. Mais parler français, espagnol ou italien, c'est plus difficile. J'ai la chance avec mon métier (ndlr : ancien professeur de français) de maîtriser la langue, mais sinon... C'est très important la communication quand on est entraîneur. Il faut toucher les joueurs, pas seulement tactiquement, mais aussi psychologiquement et cela va avec la langue. Il faut parler, il faut communiquer. C'est la principale raison. Pour les Espagnols ou les Portugais, c'est plus facile car c'est une langue qui vient du latin. C'est la seule barrière car sinon, le football est devenu international. C'est extrêmement enrichissant de s'ouvrir, on l'a vu en Allemagne avec la venue de (Pep) Guardiola au Bayern Munich, qui a énormément apporté à la Bundesliga.

 

Le football allemand laisse une place importante aux jeunes entraîneurs. Julian Nagelsmann nommé à 28 ans à Hoffenheim, c'est quelque chose qui paraît invraisemblable en France. Comment l'expliquez-vous ?

C'est incroyable, oui, il n'y a pas que Nagelsmann qui était le pilier. Maintenant il y a (Domenico) Tedesco à Schalke (32 ans) ou (Sandro) Schwarz à Mayence (39 ans). C'est à la mode. Ce sont de très bons coachs mais je crois aussi que l'expérience dans le métier et dans la vie en général ne sont pas remplaçables. Le Bayern a d'ailleurs pris (Jupp) Heynckes, ce qui montre qu'il reste de la place pour les entraîneurs expérimentés. Vous pensez que c'est impossible en France ? Peut-être que ça viendra. Mais c'est quelque chose qui va passer en Allemagne. Les entraîneurs de 40-50 ans ont toujours leur place s'ils restent modernes. Il faut s'intéresser aux nouvelles méthodes, s'entourer de jeunes. C'est ce que j'ai souhaité faire à Sochaux en prenant Pierre-Alain Frau comme adjoint, ainsi qu'un jeune préparateur physique.

 
Zeidler : « La critique existe aussi pour Löw »
 

Récemment, Didier Deschamps a été un peu critiqué en France pour sa frilosité. Est-ce quelque chose qui pourrait arriver outre-Rhin ?

J'ai vu ça, oui. La critique existe aussi pour Löw, soyez en sûr. On vit dans un monde où la critique arrive très vite. Löw n'est pas intouchable et les médias le critiqueront rapidement si l'Allemagne perd plusieurs matchs de préparation ou rate son début de Coupe du Monde. Mais il y a aussi beaucoup de respect à son égard.

 

Comment est perçue la rivalité franco-allemande chez vous ?

Je ne sens pas cette rivalité. Je vois plutôt du respect et de la sympathie. En Allemagne, la vraie rivalité est plutôt avec les Pays-Bas et l'Italie. Avant, il y avait uniquement du respect, et maintenant, il y a aussi de la sympathie voire de l'admiration. Des deux côtés. Et c'est quelque chose qui me plait énormément. Quand je suis avec des Allemands, notamment la jeune génération, ils adorent des joueurs comme (Kylian) Mbappé, (Ousmane) Dembélé, (Presnel) Kimpembe ou (Dayot) Upamecano.

 

Cette sympathie a-t-elle aussi pu être renforcée par les attentats du 13 novembre 2015 ?

Oui, indéniablement. Ces événements nous ont clairement montré qu'il y avait quelque chose entre les deux pays, et que ce quelque chose a été renforcé.

 

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