Saison 2021 : Les futurs règlements présentés par la FIA

Saison 2021 : Les futurs règlements présentés par la FIA©Panoramic, Media365
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Mathieu WARNIER, publié le vendredi 01 novembre 2019 à 10h21

La FIA et la F1 ont levé le voile sur les futures réglementations de la discipline, qui entreront en vigueur en 2021 et comptent révolutionner la Formule 1.

L'avenir de la F1 a pris un tournant qui pourrait être décisif ce vendredi. A l'issue d'une réunion du Conseil Mondial du Sport Automobile (CMSA), la FIA et la F1 (ex-FOM) ont dévoilé ce à quoi va ressembler la discipline à compter de 2021. Une révolution qui s'articule en trois volets avec un règlement technique profondément réécrit, un règlement sportif qui ouvre la porte à un calendrier élargi à 25 Grands Prix annuels et, surtout, un tout nouveau règlement financier qui met en place la grande nouveauté de cette nouvelle ère de la F1, un véritable contrôle des coûts afin de limiter tant la course à l'armement que d'assainir la situation économique du paddock. « C'est une journée particulière pour la F1. C'est un peu la conclusion de deux années de travail intenses, de recherche, de développement, et c'est très satisfaisant aussi de voir le résultat d'une collaboration étroite avec nos partenaires de la F1, a déclaré Jean Todt face à la presse à la suite de l'officialisation de l'aval du CMSA. L'objectif est d'offrir une discipline plus viable, plus sûre et plus passionnante, avec un ensemble de règles novateur. Les voitures devraient pouvoir s'affronter de plus près, ce qui est très important, et l'action en piste devrait être intense avec de plus grandes opportunités d'attaques et de dépassements. »


Règlement technique : Vers des batailles féroces en piste ?

Il faut être clair : les Formule 1 de 2021 n'auront strictement rien en commun avec celles connues entre 2017 et 2020 ! Comme annoncé auparavant, ce nouveau règlement technique tourne autour du concept d'effet de sol, c'est-à-dire générer de l'appui aérodynamique avec le plancher de la monoplace afin de la rendre moins dépendante des ailerons, principalement l'aileron avant. Cela passe par un nouveau dessin des pontons, du fond plat et du diffuseur pour permettre l'installation de tunnels venturi qui vont aspirer l'air, générer une dépression qui va aspirer la voiture vers le sol puis l'évacuer plus haut via le diffuseur pour éviter de provoquer trop de perturbations aérodynamiques. L'objectif est de passer de 50% de perte d'appui pour la voiture qui en suit une autre à 5 ou 10%. Cela devrait permettre à deux monoplaces de mieux se suivre et, donc, de pouvoir s'attaquer. A cela s'ajoute un aileron avant remodelé, simplifié et avec des extrémités qui remonte haut telles des ailes d'avion mais surtout un tout nouveau concept d'aileron arrière plus en rondeur et plus simple. Ces monoplaces seront chaussées de roues de 18 pouces avec des gommes Pirelli plus basses et, surtout, qui seront recouvertes afin de limiter les turbulences mais également pourvues d'une dérive au-dessus du pneu pour guider le flux d'air vers les tunnels venturi. Les couvertures chauffantes, qui devaient être interdites dès 2021, resteront en place au moins jusqu'en 2022. Ces monoplaces seront surtout plus lourdes (768kg contre 743kg actuellement) en raison notamment d'un moteur, basé sur la technologie actuelle, qui sera plus lourd en raison de l'interdiction de certains matériaux pour limiter les coûts. A cela s'ajoutent des suspensions simplifiées et exclusivement mécaniques ou encore une transmission dont la spécification sera bloquée pour cinq ans. Selon les responsables de la FIA, ces nouvelles monoplaces devraient être plus lentes au tour d'un peu plus de trois secondes par rapport à la génération actuelle de voitures, soit un retour aux niveaux de performances vus en 2016. « Nous nous attendons à ce que les voitures soient approximativement 3 à 3,5 secondes plus lentes au tour, a déclaré Nikola Tombazis, responsable monoplaces de la FIA, face à la presse. Mais nous ne pensons pas qu'il s'agisse du paramètre clé pour le spectacle. Nous estimons que la capacité à faire la course est l'objectif principal. »


Règlement sportif : Plus d'incertitudes en vue du Grand Prix ?

Le deuxième volet de la révolution qui va toucher la F1 en 2021 tient à l'organisation même des Grands Prix. Face à un calendrier en constante croissance, qui va compter pas moins de 22 courses en 2020 et pourrait monter à 25 événements dès 2021, des dispositions vont être prises afin de réduire la charge de travail sur les écuries. L'effet le plus notable sera une réorganisation de la journée du vendredi avec les deux séances d'essais libres qui auront lieu plus tard dans la journée, à 13h00 et 16h30. L'idée est de profiter du temps libéré pour permettre aux pilotes de répondre aux médias le vendredi matin au lieu du jeudi et, donc, d'arriver sur site une journée plus tard. Une journée du vendredi où les écuries pourront bénéficier d'une plus grande liberté pour tester de nouvelles pièces mais devront également offrir du temps de piste à des jeunes pilotes durant au moins deux séances d'essais par saison, pour compenser la fin des journées d'essais privés pendant le déroulement de la saison. Le gros changement dans l'organisation des écuries tiendra à la journée du samedi car, contrairement à ce qui se fait actuellement et donc au début des qualifications, les monoplaces seront déclarées en « parc fermé », c'est-à-dire qu'aucun changement fondamental ne pourra être fait, dès le début de la troisième séance d'essais libres. De plus, les monoplaces devront être en conformité avec la déclaration faite avant le début du week-end, c'est-à-dire utiliser la spécification déclarée à la FIA au risque de faire des erreurs avec des évolutions qui ne marcheraient pas. A cela s'ajoute un autre changement de taille au niveau des pneumatiques Pirelli. Les écuries auront, en effet, une totale liberté au niveau du choix des qualités de gomme, toujours dans la limite de treize trains par week-end et par pilote et au risque de prendre des pneus insuffisamment adaptés à la piste. Les écuries devront toujours communiquer leurs choix huit semaines avant les courses organisées en Europe et quatorze semaines avant les courses hors du Vieux Continent. Toutes ces dispositions, qui ne parlent pas toujours aux spectateurs, n'ont pour seul but d'ajouter un côté imprévisible aux week-ends de course, d'ouvrir la porte à un plus grand nombre d'erreurs de la part des écuries afin de susciter, parfois artificiellement, plus d'intérêt pour la F1.


Règlement financier : Des écuries plus saines et une F1 moins dispendieuse ?

Le dernier volet de la réforme de la F1 pour 2021 tient à un sujet qui continue de faire débat dans le paddock : comment rendre la discipline plus saine sur le plan économique, moins coûteuse pour les écuries tout en les rétribuant de manière plus homogène ? La principale réponse que la FIA et la F1 ont proposé et qui a été acceptée est la limitation des budgets. A partir de 2021, les écuries ne pourront plus dépenser que 153,792 millions d'euros pour une saison à 21 Grands Prix, une somme qui évoluera en fonction du nombre de course chaque saison, pour tout ce qui touche à la performance de la voiture. Autrement dit, les dépenses liées au salaire des pilotes, aux opérations de marketing n'entreront pas dans cette limite tout comme le salaire des trois employés les mieux payés. Des dépenses qui seront contrôlées par un organisme indépendant et des sanctions sportives pourront être imposées aux écuries qui ne respectent pas ces préconisations. Afin de permettre aux écuries de moins dépenser, des limitations au niveau de certaines pièces seront imposées au-delà de celles existantes au niveau du moteur. En effet, chaque pilote ne pourra plus utiliser que trois boîtes de vitesses par saison (contre une pour six Grands Prix terminés à l'heure actuelle) mais également six tubulures d'échappement au fil de l'année. Concernant les week-ends de course, chaque pilote n'aura plus qu'un seul ensemble de freins à sa disposition. A cela s'ajoute la standardisation par la FIA de certains éléments (centrale électronique, roues, système d'alimentation en essence, système de communication radio ou divers systèmes électriques) alors que certains éléments (systèmes hydrauliques, embrayage ou encore boîte de vitesses) pourront être partagés. La FIA aura également la possibilité d'imposer aux écuries le dessin de certaines pièces, notamment liées à la sécurité, quand d'autres comme le système permettant au pilote de boire seront « open source », c'est-à-dire que les écuries pourront en partager les plans via une plateforme en ligne sécurisée. Chaque écurie devra toutefois développer et produire en interne son propre châssis et ses éléments aérodynamique, comme précédemment mais certains paramètres devront être respectés par toutes les écuries afin d'atteindre les objectifs de spectacle et permettre aux monoplaces de se suivre en piste. A tout cela s'ajoute une redistribution des bénéfices de la F1 qui sera revue et corrigée pour permettre plus d'égalité tout en mettant en avant la performance sur la piste. Des éléments qui nécessitent encore des négociations et qui entreront dans le cadre des Accords Concorde qui lient individuellement chaque écurie à la F1.


Cette nouvelle F1 peut-elle réussir ?

Ross Brawn a été clair, la F1 a pris une mauvaise direction en 2017 avec un retour à des monoplaces à fort appui aérodynamique, ayant le niveau de performances le plus élevé jamais vu dans l'histoire de la discipline. Mais, en contrepartie, les écuries ont développé des voitures qui ne peuvent tout simplement pas se suivre sous peine d'une perte de performance telle que doubler devient impossible. La nouvelle approche, qui est le fruit d'années de négociations parfois houleuses avec les écuries, a tout pour permettre d'avoir une bataille plus féroce en piste et de ne plus voir la domination d'une seule écurie comme l'ère du moteur turbo hybride, et le travail de titan effectué par Mercedes auquel Ferrari n'arrive pas encore à répondre de manière régulière. Les autorités sportives devront toutefois être vigilante sur d'éventuelles zones grises où certains ingénieurs de génie, à l'image d'Adrian Newey, pourront se glisser pour tenter de gagner un avantage au prix de dépenses supplémentaires. Mais le changement le plus important reste la prise de conscience que la Formule 1 ne peut plus se permettre de dépenser sans limites. La situation de l'écurie Force India en 2018, qui n'a pu survivre que grâce à l'intervention de Lawrence Stroll et de ses associés, a eu l'effet d'un signal d'alarme. Des coûts relativement maîtrisés seront un facteur supplémentaire permettant de pérenniser les dix écuries actuellement présentes dans le paddock mais également attirer de nouvelles avec des investisseurs qui sauront jusqu'où ils peuvent aller dans la dépense pour monter une structure performante. Quant à l'évolution du règlement sportif, son effet devra être prouvé car les écuries ont suffisamment d'expérience pour éviter de tomber dans les pièges (spécification bloquée avant le week-end ou pneus libres) que la FIA leur tend. L'épreuve de la piste sera l'ultime test mais la F1 semble sur la bonne voie.

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