Renault : Le Losange qui ne tourne pas rond

Renault : Le Losange qui ne tourne pas rond©Media365

Gabriel Vanhoutte, publié le lundi 01 avril 2019 à 12h22

Quatrième du championnat du monde 2018, Renault affichait des ambitions élevées pour cette saison, avec un budget revu à la hausse pour la conception de la R.S.19. Deux courses et trois abandons plus tard, la marque au losange est déjà à plat, éreintée et sur les nerfs. Autopsie d'un faux départ.

L'an passé, Cyril Abiteboul avait quitté Abu Dhabi, où se terminait la saison, les yeux rivés vers le ciel. « Meilleure écurie du peloton », derrière le trio de tête Red Bull-Ferrari-Mercedes, Renault affichait pour ambition de continuer son ascension vers les podiums. Avec un budget plus conséquent et le recrutement audacieux d'un Daniel Ricciardo en mal d'amour chez Red Bull, la saison 2019 devait placer la marque au losange aux premières lignes de la grille. Mais après deux manches, la R.S.19, dernière née de Viry-Châtillon, peine à convaincre. Car sur quatre sorties en course, seule la monoplace n°27 de Nico Hülkenberg a franchi la ligne d'arrivée à Melbourne, en septième position. Alors qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez la marque au losange ?

Le meilleur moteur, le plus instable aussi

L'une des pièces maîtresses affichées fièrement par Cyril Abiteboul au sortir de l'hiver fut le nouveau moteur de la monoplace édition 2019. « Il s'agit du plus grand pas que nous n'ayons jamais fait depuis l'introduction du V6 » assurait ainsi le patron français, au moment de dévoiler sa dernière livrée. Mais ce dimanche, au terme des 57 tours de course sur le circuit de Sakhir à Bahrein, les deux unités de puissance du Losange n'ont pas eu le privilège de voir le drapeau à damier. Car après une course honorable de Daniel Ricciardo, toujours en rodage dans le giron français, et une remontée fantastique de Nico Hülkenberg, passé de la 17eme à la 6eme place en un peu plus d'une heure, les deux monoplaces se sont arrêtées simultanément au tour 54, dans le même virage. Signe qui ne trompe pas, la McLaren de Carlos Sainz, équipée cette année de l'engin Renault, avait également connu le même sort à Melbourne deux semaines plus tôt.

Au terme d'une journée noire pour les Jaunes, Cyril Abiteboul a dès lors délaissé les sourires de pré-saison. « Ces problèmes sont de plus en plus frustrants et inacceptables » concéda le leader d'une écurie toujours fragile. Et de rembrayer sur les premiers problèmes de la veille, durant laquelle l'activation d'un mode sécurité du Power Unit avait causé une séance de qualification désastreuse pour le pilote allemand, 17eme sur la grille. « Nos qualifications ont été fortement compromises par des problèmes électroniques mineurs (...) Aujourd'hui, notre course s'est arrêtée brutalement. » A première vue, les trois abandons brutaux en deux courses des pilotes estampillés Renault seraient dus au MGU-K, système de récupération d'énergie au freinage. Une défaillance majeure, qui a coûté neuf points ce dimanche au constructeur tricolore.

Ricciardo, l'épineux retour aux fondamentaux

C'était assurément le gros coup transfert de la saison. Daniel Ricciardo, après dix années, 29 podiums, 3 poles et 7 victoires sous l'égide de Christian Horner et de Red Bull, traversait la manche pour rallier le fleuron de la Formule 1 en France. S'il a retrouvé le poste phare de pilote n°1, qu'il avait perdu au détriment de Max Verstappen dans son foyer initial, l'Australien n'a toutefois pas encore terminé la moindre course chez Renault, contraint à l'abandon à Melbourne puis à Sakhir. Car avant de faire les frais du cœur capricieux de la R.S.19, « Banana Dan » avait déjà perdu le sourire sur ses terres, en étant contraint de renoncer à terminer la course à la suite de l'explosion de son aileron avant dès le départ de sa « home race ».

En profondeur, il apparaît que le n°3 de la grille a besoin de temps pour s'adapter à une nouvelle écurie, certes, mais aussi à une situation au second plan qu'il n'avait jusqu'ici pas connu. A l'issue de son Grand Prix, terminé prématurément, Ricciardo laissait entrevoir ses difficultés. « Je me sens à plat pour plusieurs raisons. Je suis éreinté » confiait-il après sa première sous ses nouvelles couleurs. Pour Cyril Abiteboul, l'adaptation de son fer de lance se fera avec le temps : « Il va lui falloir se faire la peau dure. » En d'autres termes, habitué à regarder devant, l'Australien devra prêter attention à ce qui se fait à côté. D'autant que les concurrents directs du Losange, Haas et McLaren, démontrent une progression considérable en ce début d'année.

Néanmoins, il ne faut pas être alarmiste et faire une croix sur la saison pour les amateurs du Losange. La R.S.19, lorsqu'elle n'est pas entravée par ses pannes, montre des qualités indéniables. Et avec deux pilotes de talent et d'expérience, Cyril Abiteboul peut encore avoir foi en l'avenir de Renault cette saison. Mais pour cela, le Losange devra être rond en affaires.

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