GP d'Australie : Les éléments à suivre lors du premier Grand Prix de la saison

GP d'Australie : Les éléments à suivre lors du premier Grand Prix de la saison©Panoramic, Media365

Mathieu WARNIER, publié le jeudi 14 mars 2019 à 09h30

Alors que la saison 2019 de F1 est lancée en Australie, que faudra-t-il suivre de plus près sur le circuit de l'Albert Park ce week-end ?

Mercedes : Les Flèches d'Argent ont-elles vraiment caché leur jeu ?

S'il y a bien une écurie qui pose bon nombre de questions avant ce Grand Prix d'Australie, c'est bien Mercedes. Pendant l'essentiel des huit jours d'essais de présaison, Lewis Hamilton et Valtteri Bottas se sont installés au bas de la feuille des temps, multipliant les tours et les acquisitions de données. Il a fallu attendre le tout dernier jour pour voir le champion du monde en titre hausser le ton et rivaliser avec Ferrari, le chrono s'arrêtant quatre millièmes plus tard que lors du meilleur tour signé Sebastian Vettel. De plus, on a vu une W10 nettement différente au niveau aérodynamique entre les deux blocs d'essais, signe que l'écurie de Brackley travaille d'arrache-pied pour tirer le meilleur de la nouvelle règlementation sans forcément avoir toutes les bonnes réponses. A Barcelone, Lewis Hamilton a déclaré à la presse que Ferrari pouvait avoir un avantage d'une demi-seconde au tour sur le circuit de l'Albert Park quand Valtteri Bottas n'a pas caché ses difficultés à appréhender le comportement de sa nouvelle monoplace. Plus que jamais, les Flèches d'Argent ne semblent pas arriver en position de force à Melbourne, où elles n'ont plus gagné depuis Nico Rosberg en 2016. Mais le bluff a toujours été une des cartes des hommes de Toto Wolff, tout en gardant un grand nombre d'entre-elles dans leur manche pour les qualifications puis la course. Autrement dit, la vérité sur le niveau de performance de Mercedes ne sera connue que lorsqu'il faudra mettre les watts sur la piste, ce samedi.

Ferrari : Leclerc prêt à éclipser Vettel ?

Si Mercedes ne s'est pas montrée dominatrice à Barcelone en amont de ce Grand Prix d'Australie, c'est tout l'inverse de Ferrari. Ayant appris des erreurs de développement qui ont plombé la deuxième moitié de saison 2018, les hommes de Mattia Binotto ont développé une SF90 qui semble avoir corrigé les défauts de sa devancière tout en conservant ses forces et en mettant en application un concept radicalement différent au niveau de l'aileron avant. Sans avoir donné l'impression de forcer, Sebastian Vettel a signé le meilleur temps des essais de présaison mais l'Allemand va avoir un sacré caillou dans sa chaussure cette saison : son nouveau coéquipier Charles Leclerc. Champion F3 en 2016, champion F2 en 2017, le Monégasque a impressionné avec Sauber en 2018 au point de convaincre le regretté Sergio Marchionne de le recruter pour la Scuderia Ferrari dès 2019, lui qui est le membre de la Ferrari Driver Academy le plus prometteur depuis Jules Bianchi, qui a été son mentor dans ses jeunes années. Le plus jeune pilote de l'écurie de Maranello depuis 1961 assure ne pas avoir d'appréhension et a déjà démontré un niveau de performance à même de rivaliser avec les deux ténors du paddock. Reste que Charles Leclerc n'a pas encore goûté à la pression de rouler pour Ferrari en Grand Prix, d'être au volant d'une monoplace capable de faire de lui le premier Monégasque vainqueur en F1 et ça, c'est une inconnue dont il n'a sans doute pas encore mesuré l'importance, sachant que Sebastian Vettel entend bien rester le numéro 1 pour son patron Mattia Binotto ainsi que les dirigeants de la marque Ferrari Louis Camilleri et John Elkann.

Red Bull Racing : Le moteur Honda sera-t-il à la hauteur ?

Plus que les nombreux changements de pilotes, c'est le changement de motoriste de Red Bull Racing qui sera une des inconnues de cette saison 2019, qui débute ce week-end à Melbourne. Max Verstappen et Pierre Gasly ont troqué le bloc Renault pour celui fourni par Honda, l'écurie de Milton Keynes ayant été convaincu par les progrès du motoriste japonais la saison passée avec la Scuderia Toro Rosso et le pilote français, qui a la confiance des ingénieurs japonais après avoir écumé les circuits de Super Formula en 2017. Si Red Bull Racing n'a, visiblement, pas connu d'énormes soucis de fiabilité, les vibrations insistantes du moteur Honda pourraient avoir causé les sorties de piste de Pierre Gasly à Barcelone. La firme d'Hamamatsu a confirmé avoir été « trop agressive » dans la compacité de son moteur 2019 avec des correctifs attendus à Melbourne. Mais est-ce que cela suffira pour procurer aux pilotes la puissance suffisante pour concurrencer Ferrari et Mercedes ? Christian Horner n'a pas caché un certain scepticisme ce mercredi lors de l'événement de lancement de la saison, assurant se montrer prudent sur les objectifs de son écurie et mettant la pression sur l'écurie de Maranello, qu'il assure voir « très forte ». McLaren s'est cassé les dents avec un moteur Honda en manque de tout, jusqu'à en perdre son pouvoir d'attraction. Red Bull Racing a fait un pari conscient mais contraint face à la volonté de Ferrari et Mercedes de ne pas armer un concurrent direct alors que les relations avec Renault ont tourné à l'aigre jusqu'au divorce prononcé l'an dernier. Reste maintenant à voir si Honda va réussir ce que Renault n'a pas pu faire : offrir à Red Bull Racing les moyens de renouer avec son passé glorieux.

Renault : Quelle première pour Ricciardo ?

C'est sans contestation le gros coup de l'intersaison. Après deux saisons en demi-teinte, Renault a décidé d'accélérer son ascension vers le sommet en attirant, « enfin » certains diront, un pilote de tout premier ordre en la personne de Daniel Ricciardo. Ne se sentant plus autant choyé chez Red Bull Racing par rapport à Max Verstappen et face au manque d'intérêt de Mercedes, qui a préféré garder Valtteri Bottas et récupérer Esteban Ocon comme troisième pilote, et de Ferrari, qui a fait le choix de promouvoir Charles Leclerc et d'attirer Mick Schumacher pour l'avenir, le « Honey Badger » a profité de sa liberté contractuelle pour faire un pari, que l'on peut qualifier d'osé. L'Australien est désormais le fer de lance d'une écurie Renault qui ne veut plus rester engluée dans le milieu de tableau mais confirmer sa quatrième place et même espérer une défaillance de son ancien allié le plus proche, Red Bull Racing, pour s'installer sur le podium du classement constructeurs. Un moteur revu de fond en comble pour gagner en puissance, un développement à nouveau focalisé uniquement sur l'écurie d'usine du constructeur avec comme seul client une écurie McLaren qui saura faire avec le matériel qui lui sera fourni et une équipe remontée comme jamais, doivent être les ingrédients d'une réelle progression de la part d'une écurie qui n'a pas souffert des événements ayant touché la tête du groupe automobile français. Une collaboration entre Renault et Daniel Ricciardo qui va débuter en Australie, sur les terres du natif de Perth mais, malgré le rythme montré lors des essais de présaison à Barcelone, les monoplaces de la marque au losange ne devraient pas être en mesure de lutter avec le trio de tête. L'Australien ne s'en est pas caché face à la presse, la première partie de la saison sera un apprentissage, de prise de repères avec l'ambition de progresser toujours plus et de jouer les premiers rôles au pire en 2020. Des aspirations qui montrent à quel point le choix de Daniel Ricciardo est un pari risqué, lui qui est clairement un champion du monde en puissance avec le bon matériel.

Racing Point : Avec plus de moyens, l'écurie va-t-elle progresser ?

Cette fois, le nom Force India n'est plus. Rachetée en milieu de saison dernière, l'écurie basée à Silverstone ne doit plus être connue que par le nom Racing Point. Une nouvelle identité, qui n'est pas reflétée par la livrée qui conserve le rose caractéristique de la marque BWT, un des principaux partenaires de l'écurie qui a accolé son nom aux moteurs Mercedes qui seront implantés dans la RP19. Un nouveau départ, qui se matérialise également avec l'arrivée de Lance Stroll, le fils du nouveau patron, et des moyens financiers bien plus important pour l'écurie qui était passée maître dans l'art de maximiser ses performances avec des ressources réduites trop souvent au minimum. Quatrième du classement constructeurs en 2016 et 2017, l'écurie britannique va maintenant avoir les moyens de ses ambitions et assure vouloir faire évoluer sa monoplace tout au long de la saison et non plus par petites touches comme auparavant. Mais la clé sera de mieux gérer les relations entre les pilotes avec le toujours sanguin Sergio Pérez et Lance Stroll qui pourrait être le chouchou de l'écurie en étant le fils du nouveau propriétaire. Si tout est mis bout à bout et que la dynamique des dernières années n'est pas rompue, Racing Point peut voir les choses en grand et, dans certains cas, recommencer à prendre place de temps en temps sur le podium, comme « Checo » a pu le faire à Bakou l'an passé.

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