Ferrari : Une stratégie payante mais menant vers la rupture ?

Ferrari : Une stratégie payante mais menant vers la rupture ?©Panoramic, Media365

Mathieu WARNIER, publié le dimanche 22 septembre 2019 à 20h00

Alors que Charles Leclerc semblait se diriger vers un troisième succès de suite, un choix stratégique de la part de Ferrari a offert la victoire sur un plateau à Sebastian Vettel, au grand dam du Monégasque. Un fait qui pourrait avoir bien des conséquences au sein de l'écurie italienne.



Ferrari s'est peut-être mise dans de beaux draps ! Si Bahreïn, quand Charles Leclerc a attaqué et passé Sebastian Vettel à la régulière, était possiblement un crime de lèse-majesté, ce qui est arrivé ce dimanche à Singapour pourrait être l'exact miroir. Impeccable lors des qualifications et lors du premier quart de course, quand il a appliqué à la lettre la stratégie concoctée avant le départ, Charles Leclerc n'a pas été payé de ses efforts. Ralentissant copieusement le peloton avant de placer une forte accélération, le Monégasque a tenu les rênes de la course mais, au moment de faire le seul passage par les stands... Patatras ! Sebastian Vettel, se protégeant d'une manœuvre de Max Verstappen, a changé de pneus un tour avant Charles Leclerc. La différence de performances entre gommes usées et gommes neuves sur un circuit comme celui de Marina Bay est telle que l'Allemand a fait mieux que se protéger du Néerlandais, il s'est défait de son coéquipier pour s'envoler vers sa première victoire de la saison, la troisième de suite pour Ferrari.

Leclerc a pesté contre une stratégie injuste


Si, à la radio, les échanges ont été vifs et pas forcément très courtois, Charles Leclerc s'est montré le plus diplomatique possible une fois sorti du baquet de sa SF90. « C'est toujours difficile de perdre une victoire, mais c'est un doublé pour l'équipe, donc je suis content de ce point de vue, a ainsi confié le Monégasque, qui a tout de même laissé s'échapper un peu de sa frustration. On espérait juste un podium donc un doublé, c'est top. Mais pour moi, ce n'est pas ce que je voulais. La stratégie était fixée dès le début et ce qui s'est passé n'était pas prévu et n'avait jamais été évoqué lors des briefings. » Des propos qui sont bien éloignés de ceux tenus en piste où il a même dû être recadré par Laurent Mékiès lui-même, qui lui a intimé l'ordre de rester derrière Sebastian Vettel jusqu'au drapeau à damier. « J'ai la tête froide et ce sera le cas jusqu'à la fin de la course, mais je veux juste vous faire connaitre mes sentiments, avait ainsi déclaré le vainqueur à Spa-Francorchamps puis Monza. Pour être totalement sincère avec vous, je ne comprends pas l'undercut (stratégie qui voit un pilote rentrer aux stands avant son rival pour profiter de pneus plus performants et ainsi le doubler lorsqu'il passe à son tour par la case stands, ndlr), mais nous en discuterons après la course. » Une discussion qui s'annonce animée deux semaines après le coup de Trafalgar des qualifications du Grand Prix d'Italie, où Charles Leclerc n'a pas rendu la pareille à Sebastian Vettel, qui lui avait offert une précieuse aspiration dans sa première tentative en Q3.

Vettel se moque de la polémique, Mercedes accuse le coup


Principal bénéficiaire de cette situation, Sebastian Vettel a mis un terme à plus d'un an de disette, qui datait du Grand Prix de Belgique 2018. Mis sous l'éteignoir par son jeune coéquipier depuis le début de la saison, ses erreurs à Bahreïn et, surtout, à Monza ont démontré son inconfort, l'Allemand n'a pas cherché à se justifier, quand bien même il en aurait besoin et s'est borné à saluer sa bonne fortune et la stratégie payante de Ferrari malgré un ordre de rentrer aux stands arrivé très tardivement. « Je pense au virage qui précédait juste l'entrée des stands, au virage 21. Donc au dernier avant l'entrée des stands : c'est à ce moment-là que j'ai reçu l'appel, a assuré Sebastian Vettel face à la presse. Je ne sais pas si quelqu'un s'est arrêté pour déclencher mon propre arrêt mais ça a fonctionné et j'en suis heureux. » Une stratégie payante qui a donc désœuvré Charles Leclerc, mais également berné Mercedes, dont l'entêtement à se conformer à sa stratégie lui a coûté, au mieux, le podium. « Je peux vous dire que nous sommes tous énervé. Nous venons d'avoir une petite réunion avec les ingénieurs et les pilotes. Nous avons le sentiment général de nous être trompés, tellement trompés tout ce week-end, a ainsi déclaré un Toto Wolff visiblement furieux du résultat de la course. Nous sommes passés à côté de l'opportunité de jouer la carte de l'undercut, qui a sans doute même surpris Ferrari tant elle était puissante. A partir de là, c'était soit jouer la victoire, qui était fortement improbable, soit protéger nos positions face à Max Verstappen. Nous avons alors pris le risque de sacrifier la troisième place, avec le soutien évident de Valtteri Bottas. » Le Finlandais qui, plus que Charles Leclerc, a été le dindon de la farce dans ce Grand Prix, voyant ses espoirs de victoire réduits à néant par un malencontreux ordre du stand Mercedes, lui imposant de réduire son rythme de plusieurs secondes par tour pour ne pas passer devant Lewis Hamilton. Un Grand Prix riche en moments gênants mais dont les conséquences, malgré le doublé, pourraient être plus lourdes chez Ferrari que chez Mercedes.

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