Uran, le coureur qui avance masqué

Uran, le coureur qui avance masqué©Media365
A lire aussi

Raphaël Brosse, publié le jeudi 20 juillet 2017 à 08h43

Deuxième de l'étape arrivant à Serre-Chevalier mercredi, Rigoberto Uran s'est invité sur le podium du classement général, intercalé entre Christopher Froome et Romain Bardet. Et, à vrai dire, personne (ou presque) ne l'attendait aussi haut à quatre jours seulement du dénouement de la Grande Boucle.

Dire que la Colombie a vu naître d'excellents coureurs cyclistes est un doux euphémisme. De Luis Herrera à Nairo Quintana, en passant par Fabio Parra, nombreux sont ceux à avoir fait honneur aux couleurs de cet Etat d'Amérique du Sud, impressionnant les observateurs par leurs attaques sèches et leurs formidables aptitudes en haute montagne. Depuis peu, l'un d'entre eux, Fernando Gaviria, est même en train de se faire un nom au sein du cercle pourtant très fermé du sprint mondial. Comme d'habitude, plusieurs Colombiens ont pris le départ du 104eme Tour de France, mais sans réellement réussir à se mettre en valeur. Encore émoussé par son Giro, Quintana est relégué loin du maillot jaune. Esteban Chaves et Darwin Atapuma sont transparents. Carlos Betancur et Jarlinson Pantano doivent se contenter d'un rôle de coéquipier. Finalement, seul l'un d'entre eux est parvenu à tirer son épingle du jeu. Il s'agit de Rigoberto Uran, actuel deuxième du général à vingt-sept secondes de Christopher Froome.

42eme du Tour en 2015
Pourtant, pas grand monde n'attendait le natif d'Urrao à pareille fête si tard dans la course. Pas même son équipe, Cannondale-Drapac, qui avait confié le dossard de leader à Pierre Rolland (même si ce dernier n'avait pas pour ambition de jouer le Top 10) et qui plaçait également de belles ambitions sur Andrew Talansky. Il faut dire qu'Uran était rentré dans le rang. Deuxième du Tour d'Italie en 2013 et 2014, l'ancien coureur de la Sky a eu beaucoup de mal à briller en 2016 et ne s'était pas réellement montré à son avantage depuis le début de l'année 2017 (seulement huitième de Tirreno-Adriatico et neuvième du Tour du Pays basque). Et puis, sa dernière apparition sur les routes de la Grande Boucle s'était conclue par une anonyme 42eme place au général (2015). Non, rien ne pouvait laisser penser que le vice-champion olympique de Londres serait en mesure de s'inviter à la table des grands...

Rester dans les roues et jouer les bonifications, une tactique pour l'instant payante
Il y est cependant parvenu. Sans faire de bruit, ni de vagues. Et sans se faire remarquer par des attaques. Pour l'instant, la tactique de Rigoberto Uran est justement la suivante : s'accrocher aux roues des meilleurs en montagne, rester avec eux dans les descentes et leur griller la politesse à l'approche de la ligne d'arrivée afin d'empocher les précieuses secondes de bonification. C'est de cette manière que le grimpeur de la Cannondale-Drapac s'est imposé à Chambéry, devançant Warren Barguil d'un demi-boyau. Il a récidivé ce mercredi, à Serre-Chevalier, en prenant la deuxième place de l'étape. Ces seize secondes engrangées grâce au jeu des bonifications lui permettent d'être sur le podium, à égalité avec Romain Bardet. « Il se contente de suivre et il fait les bonifs à l'arrivée, » s'est d'ailleurs agacé le Français, qui reproche au Colombien de ne jamais rien tenter pour mettre le maillot jaune en difficulté. Il y a relativement peu de chance que cela change ce jeudi, lors de l'étape reliant Briançon au sommet du col de l'Izoard. Meilleur que Bardet en contre-la-montre, Uran n'a aucune raison de prendre des risques démesurés en montagne. Et puis, le fait d'avancer masqué lui a parfaitement réussi jusqu'à présent.

Vous êtes responsable des propos que vous publiez.
Merci de respecter nos CGU