Triathlon - Luis : " Le titre ? J'y pense forcément " (Première partie)

Triathlon - Luis : " Le titre ? J'y pense forcément " (Première partie)©Media365

Gabriel Vanhoutte, publié le mercredi 20 mars 2019 à 11h31

Après l'ouverture de la saison des World Series le 8 mars dernier, le vice-champion du Monde en titre Vincent Luis est revenu longuement pour nous sur une année 2018 riche en émotions et en succès. Confiant après un sacre en Super League, le Vésulien affiche son ambition de sacre mondial et évoque les Jeux de Tokyo 2020, où il visera également le Graal. Première partie de cet entretien exclusif.

Après quinze années à se faire un nom dans le monde du triathlon, Vincent Luis aborde à 29 ans cette nouvelle saison des World Triathlon Series, qui s'est ouverte le 8 mars dernier, avec des ambitions de sacre mondial. Troisième en 2015 et vice-champion du Monde l'an passé, le natif de Vesoul a entamé l'année avec confiance. Depuis la Grande Finale WTS du 16 septembre dernier, Luis a tout gagné, ajoutant à son palmarès de plus en plus étoffé les trois premières courses de la Super League, à Jersey, Malte puis Majorque. Cinquième de l'épreuve inaugurale de la saison WTS, à Abu Dhabi, le Français a évoqué récemment pour nous dans le cadre d'un événement organisé pour son équipementier ses espoirs de titres mondiaux et son rêve olympique. Sans oublier de nous faire partager son quotidien aux quatre coins du globe.

Vincent Luis, quel est votre état de forme après cette première course de la saison, à Abu Dhabi ?
Ça va, j'étais un peu fatigué après Singapour, il y a trois semaines, du coup cela s'est un peu ressenti à Abu Dhabi. Je sentais qu'il me manquait un peu de fraîcheur, un peu de punch. Mais là j'avais une semaine qui était très légère, je ne m'entraînais que deux fois par jour, pas très vite et pas très longtemps, et ça m'a permis de me régénérer. J'ai passé du temps avec ma famille, donc je me sens d'attaque pour repartir sur des gros volumes.

A Abu Dhabi, vous terminez au cinquième rang, à quelques longueurs du champion en titre et vainqueur de l'épreuve Mario Mola. Ce manque de fraîcheur dont vous parliez explique-t-il en grande partie votre course ?
Oui je pense. Après, à Singapour, il y a eu un ascenseur émotionnel. J'étais leader de la série et je crève le samedi. Je suis à deux doigt de me faire complètement éliminer de la course et du général, donc j'ai dû me remotiver et courir le dimanche pour gagner la course. En plus, je n'étais pas maître de mon destin, parce qu'il fallait aussi attendre que les autres finissent pour voir leur place au général. Ça a été un moment de stress qui a un peu pesé dans la balance. Mais ce que cela m'a réellement coûté, dans le sport, on ne pas le savoir. Donc mon analyse, c'est que je suis arrivé à Abu Dhabi bien en forme physiquement. Je n'ai pas eu de pépins mais il m'a manqué un petit coup d'accélérateur sur la fin. Cela étant, je termine à quatorze secondes de la victoire, ce n'est pas non plus un boulevard. Il n'y a vraiment rien d'alarmant. Je pense même que l'on en a tiré du positif en se disant qu'un jour où s'est compliqué, je termine cinquième. Ce n'est pas si mauvais pour un mauvais jour.

Luis : « A Singapour, il y a eu un ascenseur émotionnel »

Pour revenir sur la Super League, vous remportez les trois premières courses (Jersey, Malte, Majorque) et arrivez avec confiance sur cette dernière étape à Singapour. Puis, il y a ce scénario où vous êtes victime d'une crevaison le samedi, proche de l'élimination et en grand danger avant de revenir plus fort que jamais le dimanche pour vous offrir le titre. Peut-on dire que vous avez franchi un palier mental avec cette victoire finale au forceps ?
Oui, j'avais gagné Jersey, Malte et Majorque et j'arrivais avec la confiance légitime du leader et douze points d'avance sur le deuxième. Je savais que ce qui pouvait m'arriver était indépendant de ma volonté, donc j'avais essayé de maîtriser un maximum de variables. J'avais mis des pneus neufs, avec des sections plus larges. Clairement, cette crevaison était la seule chose qui pouvait m'arriver. Cela ne m'était pas arrivé en quinze ans de carrière et si cela avait dû me stopper de gagner, c'est que c'était comme ça. Au bout de deux tours à vélo, je vois que j'ai crevé, et il faut prendre les décisions rapidement. On change la roue, on finit, parce que si j'étais à plus de quatre-vingts secondes à l'arrivée, je me faisais complètement éliminer de la course et je ne marquais pas de points. Donc c'était un peu une course contre-la-montre pour marquer un point qui, finalement, me sauvera pour le général après. Du coup, c'était compliqué, je n'ai pas passé une super nuit le samedi soir.

Qu'en retenez-vous ?
Finalement, je pense que dans ces moments il faut rester très terre à terre, se dire que la seule chose à faire c'est de retourner courir le lendemain, d'essayer de gagner la course et après on voit. Il n'y aura pas de regrets, on aura fait tout ce qui est en notre pouvoir pour y arriver.

Que vous est-il passé par l'esprit au moment de mettre de côté ces événements du samedi ?
Je me suis dit, tu refais une course et finalement tu as l'avantage de ne pas avoir couru la course complète le samedi, donc tu es plus frais que les autres. J'ai pu les observer à la télévision, voir leurs faiblesses. J'ai trouvé beaucoup de positif dans le négatif.

Luis : « La consistance va être la clé du succès »

Vous aviez terminé vice-champion du monde l'an passé, votre objectif sera-t-il le titre cette fois cette saison ?
C'est clair que j'ai fait troisième en 2015, deuxième en 2018. Cela fait deux années de suite que je gagne la grande finale. Je ne suis à chaque fois pas loin de gagner d'autres courses dans l'année. Légitimement, j'y pense forcément. Je pense à être champion du Monde, mais c'est un chemin qui est long parce que l'on a commencé en mars, on termine fin août. La consistance va être la clé du succès. Je vais rester assez mesuré, mais mon objectif premier est de gagner le général.

Entre septembre et février dernier, vous avez tout gagné. Une série qui intervient quelques mois seulement après avoir rejoint un nouveau groupe de préparation aux côtés des grands noms du triathlon mondial. Dans quelle mesure ces changements ont-ils joué dans vos récents succès ?
Ça a été une source de motivation, ne serait-ce que le changement. J'étais très enthousiaste à l'idée de rejoindre ce groupe, donc ça fait 75 à 80% du fait que derrière ça marche bien. Je pense que c'était également la bonne période pour changer. J'ai vu ainsi tout le bénéfice de ce que j'avais fait avant en course à pied. Maintenant, j'ai rééquilibré la balance entre les trois sports tout en ayant l'avantage de ce que j'ai fait avant, en plus de la motivation d'intégrer un nouveau groupe. C'est beaucoup de plus qui s'additionnent et ça s'est très bien passé tout de suite. C'est un cercle vertueux, plus on gagne, plus on veut gagner. Et lorsque l'on ne gagne pas, on le prend comme une petite contre-performance. Donc l'objectif, c'est de renouveler avec la plus haute marche du podium.



En ce qui concerne votre matériel, qu'est-ce que la Nike Vaporfly 4% a changé dans votre pratique ?
Je la porte depuis 2017 et la grande finale WTS à Rotterdam. Je pense que c'est une vraie évolution ou révolution dans le milieu de la chaussure. On est passé d'une recherche de la chaussure plate et la plus légère possible à la chaussure la plus efficiente possible. On y a ajouté du poids, ce qui ne se faisait pas trop dans les paires de compétition, et une plaque carbone après des années d'études de la foulée. A un moment, on a commencé à se dire : "et si on adaptait la chaussure à la performance, à la foulée, à la vitesse auxquels les gens courent plutôt que d'essayer de juste donner la chaussure la plus légère ?" Nike, ils ont eu la démarche inverse, en disant comment faire pour te rendre plus efficace.

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