Ski Alpin - Pinturault : " Le gros globe ? L'objectif de ma carrière " (Première partie)

Ski Alpin - Pinturault : " Le gros globe ? L'objectif de ma carrière " (Première partie)©Media365

Gabriel Vanhoutte, publié le lundi 08 avril 2019 à 15h55

Au terme de l'une de ses plus belles saisons, durant laquelle il aura été sacré champion du monde de combiné lors des Mondiaux d'Are, Alexis Pinturault est revenu pour nous sur son année faste. La « bête » de Courchevel nous a également confié ses espoirs pour la suite, avec le Globe de cristal en vue, ainsi que les Jeux Olympiques de Pékin 2022. Première partie de cet entretien.

A 28 ans, la « Bête », comme il est surnommé, continue de s'affirmer comme l'un des plus gros morceaux du ski alpin mondial. Deuxième du classement de la Coupe du Monde cette saison, derrière l'extra-terrestre Marcel Hirscher, Alexis Pinturault a atteint les sommets en février dernier, en remportant le combiné des Mondiaux d'Äre, une première pour un Tricolore depuis Michel Vion en 1982. La saison terminée, le skieur de Courchevel regarde dorénavant vers l'avenir, avec le gros globe de cristal et un titre olympique dans le viseur, comme il nous l'explique dans la première partie de cet entretien.

Alexis Pinturault, peut-on dire, après ce titre mondial, que cette saison a été la plus belle de votre carrière ?
C'est l'une des plus belles saisons de ma carrière. Peut-être pas la plus belle, mais elle en fait partie. Cela grâce à ma régularité, non seulement dans une discipline mais dans les trois (combiné, géant et slalom), mais également des Mondiaux, qui ont été plus que réussis avec un titre et une deuxième médaille. Tout cela mis bout à bout fait que cela a été un excellent hiver.



Ce titre mondial, est-ce pour vous un nouveau cap franchi ?
Je ne sais pas si c'est un cap, mais une belle étape franchie. Un titre de champion du Monde faisait partie des objectifs que j'avais envie d'atteindre. C'est déjà chose faite, donc ça pourrait me servir pour la suite.

Avec ce sacre, vous êtes devenu le premier Français à être sacré sur le combiné depuis Michel Vion en 1982, pensez-vous aux records ?
Non, je n'y pense pas du tout. Ce n'est pas mon objectif de me dire : « il faut que je fasse cela et puis je battrais untel dans l'histoire française », non bien au contraire. J'essaie simplement de prendre les courses comme elles viennent, essayer de les gagner, de skier le plus vite possible, les records en découlent. Puis, il me reste encore de belles années devant moi, donc j'espère continuer dans ma voie et que le record sera peut-être plus haut et que je pourrai chercher d'autres choses, bien que ce ne soit pas l'objectif.

Pinturault : « Mes attentes ont été bien meilleure que ce que j'espérais »

Qu'avez-vous changé dans votre préparation pour obtenir plus de régularité et de résultats ?
On s'est pas mal recentré sur le slalom, au détriment du Super G, qu'on a complètement arrêté. L'idée était de revenir en étant plus régulier dans cette discipline et pour peut-être de nouveau être sur le podium. Mes attentes ont été bien meilleures que ce que j'espérais, ce qui m'a permis de finir deuxième du classement général. On peut encore peaufiner le slalom en essayant de continuer là-dedans, peut-être même envisager de gagner dans cette discipline. En géant, il faut encore peaufiner de petites choses pour retrouver le meilleur niveau, que j'avais il y a deux, trois ans. Cela passera par davantage d'individualisation dans mon entraînement, pour travailler sur les détails.

Avec cette deuxième place inédite au classement général, et un entraînement recentré sur les trois disciplines, le gros globe est-il l'objectif suivant ?
Je dirais que c'est l'objectif de ma carrière. Après quand cela arrivera, je ne peux pas répondre. J'essaie de m'entraîner pour, Marcel (Hirscher) pose les bases et montre qu'il faut marquer 70-75 points par course si on veut chercher le gros globe, donc ne jamais quitter le podium, se battre le plus souvent possible pour la victoire... Et au pire finir troisième ! Il faut aussi que je me serve du combiné, qui est une discipline très forte pour moi, pour marquer des points que lui ne marque pas tout le temps. A chaque fois qu'il est là, j'arrive régulièrement à le battre, il faut donc prendre cette base de points et la garder.

Et Marcel Hirscher a évoqué une possible retraite...
J'ai du mal à y croire, je ne pense pas qu'il va arrêter, en tout cas pas en ce moment. Je ne pense pas non plus qu'il ira jusqu'à 35 ans, mais pas qu'il arrêtera cette saison non plus.

Pinturault : « Il y a plusieurs têtes d'affiches maintenant en France »

En France, il y a aussi un autre athlète qui monte en régime, Clément Noël. Qu'est-ce que cela représente pour vous d'avoir un nouveau skieur capable d'atteindre d'excellents résultats dans le clan français ?
Ce n'est pas une motivation supplémentaire, mais c'est une très bonne chose pour la Fédération. Derrière moi, qui suis en milieu de génération, il n'y avait personne qui avait fait des résultats probants en Coupe du Monde, donc c'est une excellente chose d'avoir un jeune qui puisse venir faire des résultats et que la Fédération puisse se reposer sur d'autres athlètes qu'uniquement Tessa (Worley) et moi, même si chez les hommes il y en a d'autres qui arrivent à faire des podiums. Clément a une certaine régularité déjà et c'est automatiquement l'avenir de la Fédération. Il y a plusieurs têtes d'affiche maintenant qui peuvent sortir de bons résultats.

Sur les trois disciplines, vous êtes le seul tricolore à pouvoir faire de grands résultats, est-ce une pression supplémentaire à vos yeux ?
Je ne crois pas. Les autres ne vont pas skier et faire les résultats pour moi. J'ai toujours été régulier dans plusieurs disciplines, ce qui m'ouvre la porte pour le gros globe. Même dans les autres Fédérations, ce globe, il n'y a qu'une poignée d'athlètes qui peuvent l'envisager : Dominik Paris (Italie), Henrik Kristoffersen (Norvège), Marcel Hirscher (Autriche), Kjetil Jansrud (Norvège) et moi. Ça ne fait quasiment qu'un athlète par nation et ça ne change pas grand-chose. Il faut savoir allier tout ensemble, pour que tout fonctionne et que les choses soient plus simples derrière en créant une belle osmose.

Pinturault : « La prochaine étape, c'est l'or aux Jeux »

Au-delà de cette quête du gros globe, l'or olympique est-il également l'un de vos objectifs ?
Bien-sûr, dans une carrière de skieur, il y a trois objectifs majeurs : les Championnats du Monde, les Jeux Olympiques, et le gros globe. Mais ce dernier n'est pas donné à tout le monde, seule une poignée d'athlètes peut l'atteindre. J'ai eu la médaille d'or aux Mondiaux et trois médailles aux JO (bronze en slalom géant en 2014 et 2018, argent en combiné en 2018), mais aucune en or, donc bien-sûr que sur les prochains Jeux, ce sera l'objectif. Il y a beaucoup de temps jusqu'aux prochains Jeux, mais j'avais à cœur d'être champion du Monde avant, pour poser une certaine base. La prochaine étape, c'est d'aller chercher l'or aux Jeux.



Vous imaginez vous porte-drapeau de la France aux Jeux ?
Dur de dire, on en reparlera dans trois ans... Je n'y avais encore jamais pensé (rires) ! Je pense que c'est loin d'être évident d'être porte-drapeau, surtout pour un athlète comme moi qui va normalement participer dans trois disciplines. Ce n'est pas une décision à prendre à la légère. Puis je pense qu'il faut être champion olympique, peut-être pour être porte-drapeau.

Vous avez 28 ans, combien de temps pensez-vous encore pouvoir skier ?
Ça dépend car je suis arrivé très jeune. A même pas 20 ans, j'avais fait mon premier podium en Coupe du Monde. Je vais aller au moins avec certitude jusqu'à 2023, car les Championnats du Monde seront à Courchevel, dans ma station, une chance relativement unique ! 2023, c'est sûr, mais à partir de ce moment-là la question deviendra d'aller jusqu'aux Jeux de 2026 ou non. Jusqu'à 31, 32 ans c'est sûr, mais est-ce que je pousserai jusqu'à 35, ce sera la question. Ça pourra aussi dépendre des Jeux de Pékin et d'une médaille ou non.

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