Euro 1984 : le sacre tant attendu des Bleus

Euro 1984 : le sacre tant attendu des Bleus©Media365
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Emmanuel LANGELLIER : publié le mercredi 25 mars 2020 à 12h25

Deux ans après la catastrophe face à la RFA en demi-finale de la Coupe du Monde, l'équipe de France remportait le Championnat d'Europe 1984 à domicile. Coup de projecteur sur l'une des pages les plus fameuses du sport français.



Le septième Championnat d'Europe de football se déroule en France en 1984. Organisatrice de l'événement pour la deuxième fois de son histoire, la France avait été stoppée au pied de la finale par la Yougoslavie (4-5) en 1960, premier Euro de l'histoire, avant d'être battue lors du match pour la troisième place par le Tchécoslovaquie (0-2). Vingt-quatre ans après, les hommes de Michel Hidalgo visent un premier couronnement. Ils vont être comblés...

Au sein d'une compétition regroupant huit équipes à travers deux groupes de quatre, la France est qualifiée d'office en tant que pays organisateur. Deux ans après leur mythique demi-finale de Coupe du Monde perdue face à l'Allemagne de l'Ouest, les Bleus veulent effacer le traumatisme de Séville. Nantis de deux buts d'avance en prolongation (3-1) et en route pour une première finale majeure, ils avaient finalement achevé leur parcours par une cruelle désillusion à l'issue d'une fatale séance de tirs au but (3-3, 4-5 aux t.a.b.). Transcendés à domicile, les Bleus vont briller lors de ce Championnat d'Europe 84. Pour la formation frappée du coq, il y aura un avant et un après Euro.

Noah a montré la voie

L'année précédente, Yannick Noah avait montré la voie. Individuellement, certes, mais en remportant Roland-Garros, le tennisman avait envoyé le signe que, oui, la France peut gagner. Et, même, enfin, au foot ! La bande de potes emmenée par Michel Platini va réussir là où le Reims des années 1950, le Saint-Etienne de 1976 et les Bleus de 1958 et 1982 ont échoué. Favoris de cet Euro 84, « Platoche », Giresse, Tigana, Bellone et compagnie vont aller jusqu'au bout et enfin hisser la nation bleue-blanche-rouge au sommet. Pas encore mondial, pour cela il faudra attendre 1998, mais continental avec ce titre européen qui va ouvrir la voie et décomplexer.

Ce 27 juin 1984, la France dispute la finale de « son » Euro contre l'Espagne au Parc des Princes à Paris. Sous les yeux de François Mitterrand, président de la République, et Jacques Chirac, maire de Paris, confortablement installés en tribune présidentielle, les Français arrivent lancés sur une série de quatre victoires en autant de sortie. Le parcours a été semé d'embûches mais ils sont bien au rendez-vous du dernier match du tournoi. Quinze jours auparavant, ils ont entamé la compétition par un succès étriqué face au Danemark (1-0). Platini, déjà, se signale en délivrant ses partenaires en fin de rencontre (78eme minute) au Parc sur une frappe déviée du pied droit à l'entrée de la surface de réparation. Court mais précieux succès. Le Ballon d'Or en titre - la première de ses trois récompenses suprêmes consécutives, un record jusqu'aux quatre d'affilée raflées par Lionel Messi en 2012 - va encore lever les bras de bonheur un grand nombre de fois...

Deux triplés de Platini

Le charismatique capitaine tricolore va en effet largement contribuer à la large victoire face à la Belgique à Nantes (5-0), synonyme de qualification pour le dernier carré. Buteur précoce dès la 4eme minute sur un missile du gauche, Platini en « plante » trois à Jean-Marie Pfaff, le dernier rempart des Diables Rouges, dont un penalty (4eme, 74eme sp, 89eme), bien accompagné par Alain Giresse (33eme) et Luis Fernandez (43eme), les deux autres leaders de l'entrejeu avec Jean Tigana. « Luis » remplace alors Bernard Genghini, privilégié en 1982, pour donner lieu au fameux carré magique. Séduisants et tournés vers l'avant, les Bleus concluent la première phase par un nouveau succès contre la Yougoslavie à Saint-Etienne (3-2). Alors qu'ils débutent mal (but de Sestic à la 32eme minute), Platini signe un nouveau triplé, et même un « coup du chapeau » avec trois buts à la suite (59eme, 62eme, 78eme). Le Chaudron assiste à un récital du meilleur joueur de la planète. Devant son ancien public, le numéro 10 parti à la Juventus Turin égalise d'une frappe du pied gauche aux six mètres puis signe une somptueuse tête plongeante gagnante à dix mètres du but de Simovic. Il achève sa partition par sa « spéciale » : un coup franc brossé, juste ce qu'il faut du droit, aux dix-huit mètres dont la trajectoire lobe le mur adverse et trompe le portier yougoslave. Pied gauche, tête, coup franc direct : Platini étale sa panoplie sur cet Euro 84. Et c'est encore loin d'être fini.

Le récital du meilleur joueur du monde va se poursuivre sur les deux dernières marches menant les Français vers le sacre. Trente-deux ans avant la finale de l'Euro 2016 au Stade de France, la France et le Portugal s'expliquent en demi-finale à Marseille. Le Stade Vélodrome va vivre une soirée de folie dont il se souvient encore, même si sa structure a été modifiée voilà maintenant il y a quelques années. Le 23 juin 1984, la rencontre rentre dans la légende du ballon rond français. Epique et riche en rebondissements, elle l'est également en suspense puisque, Jordao (74eme) ayant rétorqué à Domergue (21eme), elle se prolonge au-delà de la 90eme minute (1-1). Les Bleus ratent plusieurs fois l'occasion de faire le break et se retrouvent mal embarqués lorsque Jordao récidive à l'entame de la prolongation (98eme).

Une demi-finale épique à Marseille face au Portugal

Le sort va-t-il encore s'abattre sur les ouailles de Michel Hidalgo, deux ans après ? Cela semble parti pour... Mais cette formation regorge de talent et d'un mental hors du commun. Trop de qualités pour s'arrêter là. Il reste six petites minutes à disputer. Platini exhorte ses partenaires et Domergue, après une nouvelle montée sur son flanc gauche, pousse son effort et signe un improbable doublé (114eme), le jour de ses 27 ans. Rassurés et délivrés, les Français arrachent la victoire sur une nouvelle réalisation de son maître d'œuvre. Derrière un centre en retrait de Tigana sur le côté droit, Platini contrôle face au but avec plein de sang-froid et propulse le ballon au fond d'une frappe enlevée du droit (119eme). Le Vélodrome s'embrase puis fête la qualification des Bleus pour la finale dans une ambiance de fête nationale ! Il reste toutefois encore un dernier effort.

Enfin en finale d'une compétition d'envergure à la tête des Bleus qu'il dirige depuis mars 1976, Hidalgo guide l'équipe de France pour la 75eme et dernière fois. « On joue chez nous, il n'y a pas besoin de leur dire beaucoup de mots. Ils savent ce qu'il faut faire », confiera le sélectionneur national au sujet de sa causerie d'avant-finale. Les Espagnols de Miguel Munoz ont sorti l'Allemagne en poules et le Danemark en demies : ils sont donc à redouter. Bien que privée de trois titulaires en défense, la Roja donne du fil à retordre aux Bleus, accrochés à la pause (0-0). « On savait que ça allait être un match difficile et que ça pouvait peut-être se jouer sur un coup de pied arrêté » : Bruno Bellone, titulaire en attaque avec Bernard Lacombe, voit juste.

La faute de main devenue légendaire d'Arconada

Accroché à l'entrée de la surface, Lacombe obtient un excellent coup franc sur l'axe gauche. Evidemment, Platini l'exécute et cadre son tir enroulé du pied droit. Arconada, le portier ibérique, se détend sur sa gauche et bloque la frappe. Du moins, pense-t-on... Car le ballon, finalement mal capté, roule lentement sous son bras et finit sa course derrière la ligne de but ! Les Bleus ouvrent la marque à la 57eme minute et délivrent le Parc des Princes sur cette faute de main devenue légendaire. Platini inscrit-là son 9eme but de la compétition, un record qui tient toujours. Menée, l'Espagne ne lâche cependant rien et Bats doit s'interposer. Puis, Yvon Le Roux est expulsé à la 85eme. La France tremble. Dans les derniers instants, Tigana intercepte puis accélère avant de décaler Bellone qui fixe Arconada et loge un ballon piqué du gauche synonyme de sacre (90eme) ! Portés par une philosophie du beau jeu subsistant malgré les différents joueurs alignés, les Bleus soulèvent l'Hexagone (2-0). Ils tiennent enfin leur couronnement. A folles enjambées, la bande à Platini effectue un tour d'honneur mémorable, le trophée en mains dans un Parc en transe. La fête va être longue et se prolongera quelques semaines plus tard avec un nouveau titre de gloire pour le football français avec la victoire finale aux Jeux Olympiques de Los Angeles, en battant le Brésil en finale.

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