Coupe des Coupes 1984 : L'insensée remontada de Metz à Barcelone

Coupe des Coupes 1984 : L'insensée remontada de Metz à Barcelone©Panoramic, Media365
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Emmanuel LANGELLIER : publié le jeudi 09 avril 2020 à 11h46

En 1984, le FC Metz signait une incroyable remontada face au FC Barcelone en Coupe des Coupes. Battus chez eux au match aller (2-4), les Grenats renversaient les Catalans au Camp Nou (4-1) grâce à un triplé mémorable de Kurbos.



Les héros se nomment Toni Kurbos, Jules Bocandé, Philippe Hinschberger, Jean-Luc Sonor, Jean-Philippe Rohr, Michel Ettorre ou Vincent Bracigliano. C'était au siècle dernier. En 1984. Il n'y avait pas de Lionel Messi ou de Gérard Piqué en face mais les joueurs du FC Metz avaient renversé le FC Barcelone en Coupe d'Europe au Camp Nou après avoir été fessés au match aller. Un immense exploit à l'époque. Une prouesse qui reste l'une des plus grandes du football français.

On jouait alors les 32emes de finale de la C2, Coupe d'Europe des vainqueurs de Coupes qui mettait aux prises les clubs européens lauréats des coupes nationales. Victorieux de sa première Coupe de France face au Monaco de Claude Puel, Bruno Bellone, Manuel Amoros et Daniel Bravo (2-0 après prolongation), le 11 mai 1984, Metz avait gagné le droit de concourir dans la compétition face au FC Barcelone, battu en finale de la Coupe du Roi par l'Athletic Bilbao (0-1), sacré aussi Champion d'Espagne. Menacé de dépôt de bilan en début de saison 83-84, le club lorrain signait déjà-là un sacré coup face au champion 82, plus de cinquante ans après sa création.

Metz contre Barcelone, deux mondes opposés

Sorti prématurément de la Coupe de l'UEFA en 1969-1970 (par Naples) et 1968-1969 (par Hambourg), le FCM est donc de retour en Coupe d'Europe au début de la saison 1984-85 mais le tirage au sort lui a réservé un sacré client pour entrer dans l'épreuve avec le Barça. Les Grenats face aux Catalans, ce sont deux mondes opposés. Les Blaugranas affichent neuf Ligas et quatorze Coupes du Roi. Les deux clubs ne jouent clairement pas sur la même planète.

La logique prévaut au match aller, le 19 septembre 1984 au Stade Saint-Symphorien. Même s'il parvient à recoller (Kurbos marque à la 44eme minute et répond à un but contre son camp de Sonor dès la 12eme), Metz ne conserve ce score de parité que durant seulement trois minutes devant ses 22 000 supporters. Et s'incline au final lourdement (2-4) suite à des réalisations de Schuster (47eme), Caldéré (53eme) et Carrasco (64eme). En moins de vingt minutes, les jeunes Lorrains, probablement impressionnés par leurs adversaires, ont complètement craqué. Rohr transforme néanmoins un penalty en fin de rencontre (85eme). La messe semble dite... Barcelone songe déjà à son prochain opposant.

Certain de la qualification, le public catalan fuit le match retour

Seulement deux médias français sont présents au Camp Nou, ce 3 octobre 1984. C'est dire si l'optimisme ne prévaut pas dans l'Hexagone. Sûr de la qualification de ses éléments favoris, le public catalan fuit le match et seulement 24 000 des 90 000 places de l'enceinte espagnole sont occupées. Comme à l'aller, Ettorre, Zappia, Barraja, Sonor, Rohr, Bracigliano, Bernad, Hinschberger, Kurbos et Bocandé sont titulaires côté messin. Marcel Husson lance seulement Lowitz à la place de Colombo qui entrera en jeu plus tard. Terry Venables aligne la formation barcelonaise suivante : Amador - Sanchez, Alexanko, Migueli, Julio Alberto - Calderé, Victor, Schuster, Carrasco, Archibald, Rojo.

Comme deux semaines auparavant, le Barça, vêtu de jaune face aux Grenats, prend les devants. Déjà décisif à l'aller, Carrasco positionne les siens sur la voie d'une nouvelle victoire (33eme). Metz doit alors marquer quatre fois pour espérer disputer le prochain tour. Un scénario totalement inconcevable. Et pourtant... Trente-quatre ans avant la remontada du même Barça face au PSG (0-4, 6-1) en Ligue des Champions, une autre remontée fantastique allait se dérouler. Kurbos reproduit d'abord son égalisation de Saint-Symphorien (38eme). L'attaquant messin vient alors de débuter son festival.

Kurbos, héros pour l'éternité

Sanchez, le capitaine du Barça, marque malencontreusement son camp sur un centre de Bernad (39eme), Metz profite de la suffisance adverse pour prendre l'avantage (2-1). Puis Bernad lève un petit ballon à destination de Kurbos qui prend de vitesse Amador, le portier barcelonais, et offre le break à la 55eme du pied droit (3-1) ! Le Camp Nou est assommé. L'exploit ne tient plus qu'à une unité. Trente minutes plus tard, alors que les quelques socios présents ont déserté l'antre catalan, la formation messine explose.

Contré une première fois sur le côté gauche de la surface de réparation espagnole, Bocandé délivre un nouveau centre en retrait vers Kurbos qui contrôle et catapulte du pied gauche le ballon au fond des filets adverses ! Le buteur allemand inscrit un triplé mémorable et devient un héros pour l'éternité. C'est gagné pour Metz qui renverse Barcelone sur son terrain (4-1) après cet invraisemblable match retour et se hisse pour la première fois en seizièmes de finale. « On avait confiance en cette équipe, on savait que ces garçons avaient du cœur et qu'ils étaient forts mentalement et techniquement. C'était une équipe de haut niveau », déclare Carlo Molinari, l'emblématique président du FCM qui tombera au tour suivant face aux Allemands de Dresde (1-3, 0-0).

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