Biathlon - M.Fourcade : " Je n'ai jamais pensé mettre un terme à ma carrière "

Biathlon - M.Fourcade : " Je n'ai jamais pensé mettre un terme à ma carrière "©Media365

Gabriel Vanhoutte, publié le mardi 26 mars 2019 à 10h51

Au terme de la saison, qui a connu son épilogue le week-end dernier avec le sacre de Johannes Boe, Martin Fourcade a tenu un point-presse ce lundi pour évoquer sa saison difficile, le couronnement de son rival norvégien mais aussi sur son avenir, résolument tourné vers les pistes.

Alors que s'achevait dimanche, par la mass-start d'Oslo, la saison 2018-2019 de biathlon, un être manquait et le podium paraissait dépeuplé. Car Martin Fourcade, que nous pourrions qualifier de plus grand représentant de la discipline, manquait à l'appel, ayant mis un terme à sa saison après les Mondiaux d'Östersund. Des Mondiaux qui ont représenté le dernier chapitre d'un hiver extrêmement compliqué pour le septuple vainqueur de l'exercice. Car hormis deux victoires en décembre, le Français a perdu pied et n'est jamais parvenu à revenir à son niveau. Alors le quintuple champion olympique, qui vient d'inaugurer sa statue de cire au Musée Grévin, a décidé de tourner la page, de prendre du repos avant de revenir l'an prochain et il s'en explique dans cet entretien.

Est-ce la fin de saison la plus difficile de votre carrière ?
C'est la saison la plus compliquée de ma carrière. Après, la fin de saison n'a pas été plus difficile que le milieu ou que le début. Ce n'était pas une décision facile à prendre d'arrêter (après les Mondiaux d'Östersund, ndlr) pour me porter sur la suivante, mais je crois que cela s'est imposé à moi après un hiver qui a été difficile et des Mondiaux qui ont été aussi compliqués sur la fin. J'ai eu du mal à garder l'intensité que j'avais réussi à mettre sur le début de saison. Ça n'a pas été un hiver comme je l'attendais, ni comme personne ne l'attendait, parce qu'il n'y a pas eu de signaux avant-coureurs. Mais, voilà, ça fait partie d'une expérience et d'une chose sur laquelle on ne peut pas revenir. Il y a une part de tristesse et de colère mais elle est digérée depuis un moment, mais il y a une part de fatalité et l'envie de passer à autre chose et de tourner cette page, et c'est pour ça que je pense que c'était une bonne décision d'arrêter avant Oslo et de tourner la page. Je ne suis pas encore en train de me projeter, car l'objectif est d'abord de récupérer avant de repartir sur des bases plus saines.

Vous terminez loin de votre classement habituel...
On a un bilan un peu sombre, mais quand j'ai décidé de me reposer pour être en forme pour les Championnats du Monde, j'étais n°2 mondial. Là, en faisant peut-être les deux-tiers de la saison, je reste n°12 mondial. Je pense qu'il y a beaucoup de nations qui aimeraient bien m'avoir dans leur équipe, comprenant les Norvégiens. C'est mon passif qui noircit cette saison, qui aurait été incroyable pour Quentin Fillon-Maillet ou Simon Desthieux, et tout le monde aurait dit « c'est génial, il a gagné deux fois. »

Pensiez-vous que votre niveau pouvait revenir d'un seul coup ?
J'ai vraiment cru jusqu'à la poursuite des Mondiaux que ça pouvait revenir à chaque instant. C'est parti tellement soudainement qu'on s'attend à ce que ça revienne aussi soudainement, mais ça ne s'est pas passé comme ça.

Fourcade : « J'ai eu le temps de digérer »

Êtes-vous plus serein maintenant que c'est terminé ?
Oui, j'ai fait un peu le deuil de la saison. La saison est terminée et n'est pas au niveau de mes attentes. Il y eu de belles choses, il y a eu de la bagarre. Malgré tout, il y a eu deux victoires sur le mois de décembre que je n'ai pas envie d'oublier, même si je ne suis pas totalement satisfait de ce que j'ai fait, je ne l'ai jamais caché. C'est sûr qu'en terme de chiffres, c'est une saison qui est très mauvaise pour moi. Donc oui, je suis plus serein car j'ai eu le temps de digérer ça, et je ne suis plus dans la même démarche.

Est-ce que vous avez pu faire le bilan avec le staff ?
Oui, on l'a fait à Oslo. C'était un bon moment pour le faire car c'était à chaud après la fin de saison. Je pense qu'il y a eu une surcharge cette année. Cela vient d'un petit peu trop d'envie à l'entraînement pour montrer au staff que je suis un bel athlète. Cela vient d'un peu trop de vitesse sur les skis pour montrer à mes coéquipiers que je suis meilleur qu'eux. Cela vient d'un peu trop de sollicitations des médias, partenaires et projets. Cela vient d'un petit peu moins de récupération parce que j'ai deux filles à la maison qui grandissent et ont besoin de leur papa. Cette surcharge fait basculer du bon ou du mauvais côté de la crête.

Est-ce qu'après avoir été dans l'anormalité on craint de tomber dans la normalité ?
Il y a eu un peu de normalité en moi cet hiver, c'était perturbant. J'ai vraiment l'impression que c'était une parenthèse, qu'elle va se refermer, et qu'on va pouvoir travailler sur la suite. A aucun moment cet hiver, j'ai eu des sensations agréables sur les skis. Cette fatigue m'a empêché de puiser sur mon corps. Mais cette sensation est ce qui fatigue le plus et qui fait que l'on n'arrive pas à s'en sortir. Sur le mois de décembre, je me posais plus de questions après chaque compétition.

Fourcade : « Johannes n'a pas été bien plus fort que l'an dernier »

Johannes Boe vous a-t-il mis plus en difficulté qu'auparavant ?
Non. Honnêtement, pour moi la bascule se fait lors de l'individuel de Pokljuka (en décembre, ndlr) que je gagne et où il fait huitième. Il a été très fort, je le félicite pour cette belle saison qu'il a faite. Pour moi, il n'a pas été bien plus fort que l'an dernier, sauf que je n'ai pas du tout été là pour le challenger et pour lui donner du fil à retordre. Ce qui m'a fait mal n'a pas été de me faire battre, mais de sentir que je n'étais pas au niveau de me battre. C'était dur de sentir que je n'étais pas à ma place et ne pouvais pas me défendre.

Johannes Boe a battu votre record du nombre de victoires sur une saison, êtes-vous touché par ça ?
Non. L'an dernier, si on enlève Johannes Boe, je bats son record aussi. Je ne l'ai pas challengé donc il a fait une saison exceptionnelle. Je ne pensais pas que le record de 14 victoires serait battu mais qu'il tiendrait encore longtemps. J'ai été étonné, mais je pense que si on enlève un des deux challengers, le match est déséquilibré. Mais il mérite son record, et ça ne m'a pas peiné.

Comment avez-vous vécu le fait que vos coéquipiers brillent ?
Cela n'a pas été une sur-motivation, ce serait mentir. Ça a d'abord été un soulagement. Ma saison aurait été beaucoup plus difficile à vivre s'il n'y avait pas eu les résultats de l'équipe. Et pour le coup, j'ai été vraiment heureux pour le staff. Il y avait aussi un côté frustrant, non pas de les voir performer, mais plutôt de me dire que l'on a fait une bonne préparation et que finalement, avec ce que j'avais montré jusqu'au 1er décembre, je devais faire de belles choses. Je n'explique pas trop la différence entre ce que j'ai pu faire lors de la préparation et ce qui s'est passé sur l'hiver.

Fourcade : « Une parenthèse qui va se refermer »

Avez-vous pensé à arrêter après cette saison ?
Cet hiver, j'ai eu toutes les pensées, notamment celle de me dire que j'arrêtais après cette course parce que l'on était dans l'émotion de l'instant. Mais j'ai aussi, à de nombreuses reprises, eu la réflexion de me dire que je n'arrêterais pas là-dessus. Et si je ne suis pas bon l'an prochain, je continuerai parce que je ne veux pas m'arrêter là-dessus. Ma démarche sera là-même que cette saison, je ferai le point à Antholz (fin janvier, ndlr), quel que soit le déroulé de ma saison. Pas mal d'athlètes m'ont demandé si je continuais ou j'arrêtais, mais ce qui est sûr, c'est qu'à aucun moment crédible je n'ai pensé arrêter à la fin de la saison.

Ne pensez-vous pas que c'était l'année de trop ?
On se pose la question : « est-ce que je n'aurais pas dû arrêter l'an dernier ? » Cette situation était très dure à vivre, mais je ne me suis pas épanché plus que ça. C'est une douleur que l'on vit dans son intimité. Mais à aucun moment dans cette période, j'ai regretté d'avoir continué après les Jeux. J'ai souffert, j'ai regretté certains petits choix, mais pas davantage. Même dans une période difficile, on apprend des choses sur soi. Si on m'avait dit que je vivrais cette situation, je pense que j'aurais été persuadé de tout casser bien plus tôt ! J'ai eu sans doute plus de maîtrise que je ne le pensais. Quand ça marche année après année, il y a une sorte de facilité qui s'installe et on ne se pose pas les questions. Là, il y a eu une vraie introspection pour se demander pourquoi on le fait encore. Même si je n'ai pas trouvé la réponse qui m'aurait permis de tout à fait changer le cours de la saison, j'ai trouvé plein de réponses qui m'ont éclairé sur qui j'étais.

Comment allez-vous aborder la saison prochaine ?
Il y a une petite phase de reconstruction. Mais on est plutôt sur une reprise maîtrisée avec beaucoup d'attention par rapport à la situation que j'ai vécue. Le petit aspect de reconstruction vient du fait que j'ai arrêté ma saison après les Mondiaux. Il fallait repartir sur des bases saines et des choses plus classiques.

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