Vaugrenard : "Pinot reviendra, je ne suis pas inquiet"

Vaugrenard : "Pinot reviendra, je ne suis pas inquiet"©Media365
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Thomas Siniecki, Media365 : publié le lundi 12 juillet 2021 à 17h48

Deuxième et dernière partie de notre entretien avec l'ancien coureur Benoît Vaugrenard. Retraité depuis 2019, il est pilote VRP pour la caravane E.Leclerc sur le Tour, tout en étant directeur sportif Groupama - FDJ le reste de l'année.



Benoit, en plus de ce rôle de chauffeur VRP pour E.Leclerc sur le Tour de France, vous êtes directeur sportif chez Groupama - FDJ...
En effet, j'ai fait Tirreno-Adriatico, le Tour de Romandie et le Tour de Suisse. Je suis aussi avec l'équipe Conti et je m'occupe également de la détection, du suivi et de l'accompagnement des jeunes talents. C'est une histoire de confiance avec Marc Madiot, après ma carrière qui s'était bien passée. Ce n'est pas toujours facile, j'ai essayé d'avoir Cian Uijtdebroeks, le jeune Belge, mais il a signé chez Bora - Hansgrohe. On dit que c'est un futur grand champion, bon j'ai essayé... On a eu aussi un champion de France du chrono et deux coureurs qui montent en Conti, ça fonctionne bien.

Thibaut Pinot est encore presque plus attachant lorsqu'il n'est pas là, il nous manque, surtout après ce reportage TV qui avait marqué les esprits... Comment avez-vous vécu ces deux Tours 2019 et 2020 dans l'encadrement de l'équipe ? On sent un difficile mais véritable lien.
Depuis sa chute de l'an dernier, ce n'est pas évident. Quand lui ou Romain Bardet ne sont pas là, deux figures sur lesquelles on comptait tous les ans, on voit la chance qu'on avait de les avoir, alors qu'on trouvait ça normal quand ils terminaient cinquième ou sixième... Le problème au dos de Thibaut Pinot ne se résout pas, la rééducation prend du temps. Il est accompagné par les médecins, les kinés, les ostéopathes... Ce n'est pas évident pour lui, les années passent aussi, il a 30 ans et il ne lui en reste pas dix à faire... Il se pose beaucoup de questions, on espère le revoir plus vite possible. Qu'il guérisse déjà, pour son moral, qu'il n'aie plus de douleur... Après, il reviendra, je ne suis pas inquiet. Il n'a pas eu de chance, les gens ont encore envie de le voir faire son numéro.

On a le sentiment que l'équipe ne le lâchera jamais, ce qui n'est pas forcément évident dans ce milieu.
Il a donné beaucoup d'émotions pour Groupama - FDJ, il nous a sauvés plusieurs fois grâce à ses résultats sur plusieurs courses. Quand quelqu'un est en galère, c'est là qu'il faut l'accompagner, je sais ce que c'est... Quand tout va bien, c'est facile, il n'y a pas besoin. Il y a un vrai suivi chez nous, on fait tout pour le remettre sur pied.

"On était à la rue tous les jours en 2015, et à deux jours de la fin il gagne à L'Alpe d'Huez"

Comment gère-t-on un nouveau Tour compliqué comme ça, avec Arnaud Démare hors délais ou les difficultés de David Gaudu ?
Moi, je suis complètement à l'écart de la course, avec le Covid on ne peut pas approcher. Mais c'est sûr que le début de Tour a été difficile, avec des chutes etc. Dans les mauvais moments, on est un peu abattus mais il faut vite se remobiliser. J'ai vu tellement de choses dans le vélo, être à la rue et c'est reparti deux jours après... En une nuit, les coureurs ont cette capacité de se remettre en route. Il faut vite remobiliser les troupes, le Tour n'est pas fini et il y a encore plein de belles choses, même si je comprends l'abattement après un jour sans. Il y a plus de galères que de bons moments, donc il faut les apprécier. On est habitués à prendre des coups. Comme dit Marc Madiot, "demain il fera jour". Il ne faut pas s'enliser et se dire que c'est fini.

On imagine l'importance, justement, des anciens coureurs comme vous dans ce genre de situation...
Il y a des gens d'expérience dans l'équipe. Marc et Yvon Madiot, Frédéric Guesdon, Thierry Bricaud, ils ont connu les joies et les déceptions sur le Tour. Ils font tout pour remettre sur les rails. Le Tour s'arête à Paris, c'est là-bas qu'on fait les comptes. Avec Thibaut Pinot, on était à la rue tous les jours en 2015, et à deux jours de la fin il gagne à L'Alpe d'Huez. Il faut que ça reste dans la tête des coureurs. Il fait ce numéro en montagne, et voilà le Tour est réussi ! Il ne faut jamais rien lâcher, c'est important.


Quels sont vos souvenirs précis d'équipier par rapport à lui ?
Comme tout le monde, on partage de bons et de mauvais souvenirs. C'est souvent sa santé qui lui a fait défaut, il le dit lui-même. Il est assez fragile, mais c'est un coureur qui a cette capacité de vite rebondir. Sur le Giro, il était malade, on pensait qu'il allait abandonner, puis il va gagner l'avant-dernière étape et fait quatrième du général. Il est attachant et fait des résultats, donc on se doit d'être à bloc pour lui. Il donne et ses résultats nous tirent vers le haut. Quand ton leader est comme ça, tu donnes toi aussi encore plus que ce que tu devrais. Sans ça, à l'inverse, on a tendance à reculer.

Un dernier mot sur le climat de suspicion autour de Tadej Pogacar. Est-il trop écrasant, pas assez gestionnaire, alors qu'il y a pourtant une certaine forme de panache à attaquer aussi loin de l'arrivée ?
Les Slovènes, depuis que je suis junior, ont toujours été bons. Et lui aussi a fonctionné dès les juniors, il a toujours été le meilleur de sa génération. Dès sa première année pro, il gagne le Tour de l'Algarve sur une semaine, il remporte aussi le Tour de l'Avenir qui est une référence, donc il ne sort pas de nulle part. En France, dès qu'un coureur est trop écrasant, on préfère les deuxièmes... Mais le Tour n'est pas fini, il y a des abandons, des maladies à cause de la météo, etc. Ce n'est pas anodin. On n'est pas à l'abri d'un contrecoup de Pogacar, qui n'aime pas les grosses chaleurs pyrénéennes. C'est loin d'être fini, ça motive. On a eu un Tour débridé dès le départ avec Mathieu van der Poel, une course incroyable et très difficile. Il se passera encore plein de choses.

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