Tour : Pra Loup 1975, Thévenet détrône Merckx

Tour : Pra Loup 1975, Thévenet détrône Merckx©Media365
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Thomas Siniecki, Media365 : publié le samedi 15 août 2020 à 22h19

Affirmer que Bernard Thévenet a fait le coup de poing, ce jour-là, pourrait être mal pris par le Français au vu du contexte, entré dans l'histoire du Tour. Quoi qu'il en soit, c'est à Pra Loup que le règne d'Eddy Merckx a pris fin.



Le dimanche 13 juillet 1975 restera à tout jamais comme le dernier (et le 96eme) jour en jaune d'Eddy Merckx sur le Tour de France. Bernard Thévenet supplante le "Cannibale" dans la montée vers Pra Loup, alors que ce dernier avait porté la première attaque en espérant distancer le Français. Le contre fut terrible. Le quintuple vainqueur du Tour invoque les effets secondaires d'un médicament ingéré afin de guérir les suites du fameux coup de poing du Puy de Dôme, deux jours plus tôt. "On m'a frappé, à 150 mètres de la ligne, clamait alors le Belge, bouclant la deuxième semaine de course en jaune, entouré de la foule à l'arrivée. Je ne sais pas, un fou..." Eddy Merckx l'annonce immédiatement à Jacques Goddet, le patron historique du Tour : "Je porte plainte. Deux gendarmes l'ont vu, il y a des témoins."

Ceux-ci l'amènent près de lui et le coureur confirme l'identité du malfrat, qui n'avait donc opéré que quelques secondes plus tôt. "C'est dégueulasse, s'exclame encore Eddy Merckx, à chaud. Non, je n'ai jamais été frappé. Insulté, oui, mais pas frappé. Au Tour d'Italie, un homme m'a tiré par le maillot pendant 30 mètres. Je suis écoeuré, mais je n'en veux qu'à cet homme. Il y a des fous partout, en Belgique, en France... Je n'en veux pas spécialement au public français. J'avais de l'avance sur Joop Zoetemelk, je venais de le lâcher. Ce coup m'a coupé le souffle, c'était très dur. Bien sûr que j'ai perdu de l'avance sur Thévenet, je ne veux pas le chiffrer. Il ne m'a pas raté, il m'a pris de plein fouet, j'ai envie de dégueuler..."

"Je ne pense pas que ça explique entièrement qu'il ait été battu"

Ledit Thévenet, en 2016, revenait sur ce contexte particulier (pour La Montagne) : "Je ne pense pas que ça explique entièrement le fait qu'il ait été battu sur le Tour cette année-là. Il était un peu moins saignant en montagne. Il avait déjà perdu du terrain dans les Pyrénées." Le lendemain, le Français récidivait en remportant encore l'étape à Serre Chevalier. Il deviendra donc le premier vainqueur français du Tour depuis près de dix ans - une petite éternité à l'époque - et Roger Pingeon en 1967. Eddy Merckx, qui passe un été 1975 décidément pourri, se fracture la mâchoire sur l'étape suivante, le mercredi vers Morzine - Avoriaz. "Je ne vais pas abandonner, ce n'est pas dans mon tempérament", souffle-t-il encore à l'arrivée, plus courageux que jamais.

Il termine finalement deuxième à près de trois minutes au classement général, au moment de l'arrivée à Paris sur les Champs-Elysées (+2'47"). L'ironie du sort - ou plutôt de la justice - le placera, lors de sa confrontation avec son agresseur Nello Breton quelques semaines plus tard, face à l'avocat... maître Bernard Thévenet, parfait homonyme.

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