Tour de France : Les cinq choses à retenir des dix premiers jours

Tour de France : Les cinq choses à retenir des dix premiers jours©Media365

Alexis Petit, publié le mardi 16 juillet 2019 à 12h34

Le peloton n'a même pas encore engagé les grandes hostilités en haute montagne que le Tour est déjà passé par toutes les émotions : sprints ouverts, show Alaphilippe, public au rendez-vous, coup de bordure et plusieurs favoris à la dérive. Tour d'horizon de dix premiers jours de course spectaculaires et bourrés de promesses pour la suite.

- La Belgique n'a pas oublié son héros
Si besoin en était, la Belgique a une nouvelle fois prouvé que le cyclisme coulait dans ses veines. La fête a commencé à Bruxelles par un hommage grandiose à l'idole de tout un pays, Eddy Merckx. Cinquante ans après sa première de ses cinq victoires sur le Tour de France, "le Cannibale", pris dans un bain de foule gigantesque, a mesuré l'attachement indélébile du peuple à l'égard de son héros national. La magie opère toujours et la trace que le recordman de victoires d'étapes sur le Tour de France (34) a laissée dans l'histoire est plus vive que jamais. Sur les premiers kilomètres de ce 106eme Tour de France, on retiendra notamment une image : la violente attaque de Greg Van Avermaert sur les pentes d'un Mur de Grammont incandescent, aux allures de liesse populaire et de fête nationale. Porté par les milliers de spectateurs amassés dans la bosse chère au Tour des Flandres, l'enfant du pays a signé au passage le meilleur temps d'ascension (2'52") de l'histoire. Sans incidence sur le gain de l'étape mais avec à l'arrivée pour le Belge le premier maillot à pois de cette Grande Boucle.

- Julian Alaphilippe, la vie en jaune
Après un début de saison au-delà de ses espérances (victoires sur les Strade Bianche, Milan San Remo et la Flèche Wallonne...), Julian Alaphilippe avait coché cette première semaine du Tour. Le Français ne s'est pas loupé et a rapidement prouvé qu'il n'était pas numéro un mondial par hasard. Bien placé après le contre-la-montre par équipes de Bruxelles, le natif de Saint-Amand-Montrond a fait péter le peloton dès la troisième étape dans les plus forts pourcentages de la côte de Mutigny. Derrière, les meilleurs puncheurs et grimpeurs du peloton sont restés scotchés sur la selle, incapables de suivre le coureur de la Deceuninck Quick-Step. Il a ensuite achevé son numéro par un raid solitaire, sans se retourner, jusque la ligne d'arrivée. Bilan : victoire d'étape et maillot jaune à la clé. Et si le puncheur a abandonné sa tunique dorée à Giulio Ciconne pour six secondes au sommet de la Planche des Belles Filles après avoir déposé la plupart des favoris, il a récupéré son dû deux jours plus tard à Saint-Etienne. L'image de Thibaut Pinot et de Julian Alaphilippe unissant leurs efforts pour des intérêts différents dans le final restera l'une des images fortes de ce début de Tour. Avec plus d'une minute d'avance au général avant d'aborder les Pyrénées et le contre-la-montre à Pau, le coureur de 27 ans a pu mesurer sur le bord de la route sa nouvelle côte de popularité, déjà boostée l'année dernière par ses deux victoires d'étape et son maillot à pois. Même si son équipe n'est pas taillée pour protéger le maillot jaune dans les prochains jours, lui-même a hâte de repousser une nouvelle fois ses limites, répétant constamment qu'il ne peut rien espérer pour le général. Mais « Alaf » les connait-il vraiment, ses limites ?

- La razzia Jumbo-Visma
Un maillot jaune, trois victoires d'étape avec trois coureurs différents, une écrasante domination sur le contre-la-montre par équipes et un leader Steven Kruijswijk en embuscade au général : la Jumbo-Visma a frappé fort sur ce début de Tour. Tout a commencé dès le Grand Départ de Bruxelles. On attendait le sprinteur maison Dylan Groenewegen du côté de l'équipe néerlandaise, c'est finalement Mike Teunissen qui est sorti de sa boîte, endossant par la même occasion le premier maillot jaune de cette Grande Boucle. L'habituel poisson-pilote a brillamment joué sa carte personnelle quand il a réalisé que son leader était pris dans une chute dans les derniers kilomètres. Dylan Groenewegen, dont la joie de voir son coéquipier triompher a rapidement pris le pas sur la déception de voir une occasion unique de porter le maillot de leader, ne s'est ensuite pas rater à Chalon-sur-Saône. Et que dire de la victoire de Wout Van Aert lundi dans l'étape folle entre Saint-Flour et Albi ? Le triple champion du monde de cyclo-cross n'en finit plus de brûler les étapes depuis ses débuts sur route il y a deux ans. Gros rouleur, bon puncheur, le Belge s'est payé le luxe de régler les meilleurs sprinteurs sur la ligne d'arrivée. Vainqueur à la surprise générale du contre-la-montre individuel sur les routes du Critérium du Dauphiné en juin dernier, sa polyvalence donne le tournis, et pas seulement à ses adversaires. Entre temps, la Jumbo-Visma a brillamment mis les qualités individuelles de son groupe au service du collectif en écrasant le chrono par équipes dans les rues de Bruxelles, reléguant la Team Ineos à 20 secondes. Peu importe la suite des événements, la formation néerlandaise a déjà réussi son Tour de France.

- Pinot, des certitudes à la désillusion
Au matin de la 10eme étape, Thibaut Pinot avait tout bon. Troisième du classement général devant tous les favoris, il avait couru au millimètre, évitant les chutes et les erreurs d'inattention. A Saint-Etienne, il s'était même offert le luxe de grappiller des secondes précieuses en prenant la roue de Julian Alaphilippe au sommet de la côte de la Jaillère. Deux jours plus tôt, il s'était rassuré en étant le seul à suivre Geraint Thomas sur la Planche des Belles Filles, sans être grisé par l'engouement d'une étape à la maison. Chaque coup de pédale avait été calculé jusque la veille du jour de repos. Puis, la catastrophe, la faute bête, qui allait couper net ses espoirs de maillot jaune sur les Champs-Elysées. Piégé avec d'autre favoris (Uran, Porte, Landa, Fuglsang) par le coup de bordure de la Deceuninck Quick-Step, le leader de la Groupama-FDJ a laissé un gouffre (1'40") dans l'affaire. Comble de l'histoire, c'est Julian Alaphilippe qui a initié la grande manœuvre, l'homme pour qui il avait sacrifié ses chances d'être champion du monde à Innsbrück et avec qui il avait collaboré quelques jours plus tôt. Au bord des larmes à l'arrivée, Thibaut Pinot n'a pas encore perdu le Tour de France, mais il s'est sacrément compliqué la vie.

- La Team Ineos avance ses pions
La journée de repos de Geraint Thomas et d'Egan Bernal n'aura sans aucun doute pas la même saveur que celle de Thibaut Pinot. Lundi, les deux leaders de la Team Ineos ont tapé un grand coup de poing sur la table, envoyant valser les ambitions de plusieurs outsiders au classement général. En prenant le relais de la Deceuninck Quick-Step sur les portions ventées du final à Albi, l'armada britannique s'est construit un matelas déjà confortable, alors que le chronomètre de Pau et les grandes étapes de montagne, à priori favorables pour elle, n'ont pas encore livré leur verdict. Seule alerte : une chute collective dans le final de la huitième étape, qui a fracassé le vélo de Gianni Moscon et envoyé Geraint Thomas au sol et aux souvenirs de son Dauphiné avorté. Sans conséquences finalement, puisque le Gallois est rapidement reparti. Finalement, la grande gagnante de ce début de Tour, c'est elle. Mais avancer qu'elle a tué tout suspense serait aussi maladroit que de penser que Romain Bardet a dores et déjà raté son Tour de France (+3'20" au général). Il faudra toutefois être sacrément fort pour faire sauter le verrou britannique. Un signe ne trompe pas : la formation de Dave Brailsford roule dans les portions stratégiques, comme si elle avait déjà le maillot jaune dans ses rangs. La force de l'habitude, sans doute.

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