Tour de France 2019 : Simon Yates récidive, Alaphilippe limite la casse

Tour de France 2019 : Simon Yates récidive, Alaphilippe limite la casse©Media365

Aurélien CANOT, publié le dimanche 21 juillet 2019 à 17h10

Alors que Simon Yates a remporté sa deuxième victoire sur ce Tour 2019, trois jours après son succès à Bagnères-de-Bigorre, en s'imposant dimanche au sommet de l'inédit Prat d'Albis lors d'une 15eme étape époustouflante là encore, Thibaut Pinot a confirmé qu'il était intouchable dans les ascensions en reprenant encore du temps aux meilleurs. Le Franc-Comtois n'est plus qu'à trois secondes d'un podium où trône toujours Julian Alaphilippe. Le maillot jaune français, lâché à 5 km de l'arrivée, a toutefois connu son premier coup de mou, mais il a limité la casse et se présentera dans les Alpes avec plus d'1'30 sur Geraint Thomas.

Ils sont les deux grands acteurs de cette première moitié de Tour de France. A la veille de la deuxième journée de repos, Thibaut Pinot et Julian Alaphilippe ont encore été chacun à leur façon deux des agitateurs principaux de cette 15eme étape conduisant le peloton au sommet de l'ascension inédite mais terrible du Prat d'Albis, à Foix, qui a encore souri à Simon Yates, vainqueur de sa deuxième étape en trois jours, le Britannique ayant déjà levé les bras sur la ligne de Bagnères-de-Bigorre (12eme étape). Mais derrière le vainqueur de la dernière Vuelta, qui avait profité de son début de Tour manqué pour se glisser dans l'échappée du jour dont faisait également partie les grands perdants de la veille Romain Bardet, Dan Martin et Nairo Quintana, puis avait déposé l'Allemand Simon Gueschke à 8 km de l'arrivée pour aller s'imposer en solitaire, le spectacle a une nouvelle fois été total, avec encore en point d'orgue un numéro incroyable de Pinot, au lendemain de sa démonstration sur les pentes du Tourmalet. Cette fois, le Franc-Comtois ne s'est pas imposé, mais il a confirmé qu'il était bien le plus fort de cette Grande Boucle à l'heure actuelle dans les ascensions en reprenant encore du temps sur les meilleurs pour revenir à trois secondes seulement du podium et de la troisième place du Néerlandais Steven Kruijswijk alors que tout le monde le voyait déjà lutter pour les places d'honneur uniquement après le coup de bordure d'Albi (10eme étape) dont il s'était avéré l'une des principales victimes. Or, aujourd'hui, le leader de l'équipe Groupama-FDJ semble le mieux placé (et le favori derrière le favori) en cas de défaillance de Julian Alaphilippe, toujours maillot jaune et qui abordera donc les Alpes dans la peau de leader.

Pour la première fois depuis Bruxelles, Alaphilippe a coincé...

Lors de cette ultime sortie pyrénéenne, l'autre extra-terrestre de ce début de Tour a pourtant coincé pour la première fois depuis le départ, et démontré que s'il avait tout d'un extra-terrestre, il n'en était pas un. En revanche, « Alaf » est bien un super-héros. Et héroïque, il l'a encore été dimanche, principalement dans les cinq derniers kilomètres, alors qu'après avoir résisté au tempo infernal imprégné par Pinot, il a fini, comme Geraint Thomas un peu plus tôt, par céder lui aussi sur les changements de rythme de son compatriote. Privé d'équipier depuis bien longtemps au sein de ce groupe des meilleurs, Alaphilippe a pourtant su limiter la casse et ne pas lâcher, y compris lorsqu'il a vu Thomas, porté par Woot Poels, Kruijswijk, Valverde et Porte, revenir à sa hauteur et le dépasser. Tandis que, quelques hectomètres plus loin, Pinot, après avoir laissé Egan Bernal dans son rétroviseur sur une nouvelle accélération au plus fort des pourcentages de cette montée encore jamais escaladée par le Tour de France rejoignait un Mikel Landa pourtant déchaîné dans ce final de toute beauté, Alaphilippe se retrouvait seul sous la pluie. Pourtant, le maillot jaune ne s'affolait pas. Mieux : il continuait de se battre et venait finalement mourir à 27 secondes seulement du tenant du titre et de ces autres coureurs qui l'avaient laissé sur place un peu plus tôt.

... Mais Alaphilippe a limité la casse !

Un moindre mal sachant qu'en craquant à ce moment et à cet endroit de l'étape, le vainqueur des deux dernières éditions de la Flèche Wallonne s'exposait à la perte de son maillot. Pourtant, au prix d'efforts surhumains une fois de plus, il le conserve, avec une avance dépassant même toujours la minute trente sur Thomas et près de deux minutes sur Kruijswijk et Pinot. De quoi continuer de rêver pour « Loulou », d'autant que ses capacités rares de récupération, pourraient lui permettre d'entamer les Alpes dans le même état de forme qu'il avait attaqué les Pyrénées. Il sort d'ailleurs de ce premier épisode de haute montagne avec un écart supérieur à celui qu'il comptait sur Thomas avant de se jauger en haute altitude et de pouvoir faire mentir tous ceux qui lui promettaient l'enfer. La suite permettra évidemment de dire si Alaphilippe peut conserver sa tunique de leader jusqu'à Paris. En dépit de ce petit (et premier) couac de dimanche, le coup semble toujours jouable. Et si jamais « Alaf » devait finir par abandonner ce maillot jaune tant convoité, tout laisse penser aujourd'hui que le premier à pouvoir en profiter serait un autre Français. Cet incroyable Pinot, qui ne compterait aujourd'hui que dix secondes de retard sur le leader du classement général s'il ne s'était pas fait surprendre dans ce fameux coup de bordure. Certains diront également que sans ce mauvais positionnement d'Albi, il n'aurait peut-être pas dans le dos ces ailes qui lui ont permis de voler dans les Pyrénées, avec un succès au Tourmalet et une deuxième place tout aussi probante 24 heures plus tard au Prat d'Albis. Ce Tour de France est sensationnel pour le moment. Mais il est surtout celui de deux Français : Alaphilippe et Pinot. Vivement les Alpes !









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CYCLISME / TOUR DE FRANCE 2019
15eme étape - Limoux - Foix (185 km) - Dimanche 21 juillet 2019
1- Simon Yates (GBR/Mitchelton-Scott), en 4h47'05
2- Thibaut Pinot (FRA/Groupama-FDJ), à 33"
3- Mikel Landa (ESP/Movistar), mt
4- Emmanuel Buchmann (ALL/Bora-Hansgrohe), à 51"
5- Egan Bernal (COL/Ineos), mt
6- Lennard Kämna (ALL/Sunweb), à 1'03
7- Geraint Thomas (GBR/Ineos), à 1'22
8- Steven Kruijswijk (PBS/Jumbo-Visma), mt
9- Alejandro Valverde (ESP/Movistar), mt
10- Richie Porte (AUS/Trek-Segafredo), à 1'30
11-Julian Alaphilippe (FRA/Deceuninck-Quick Step), à 1'49
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Classement général après 15 étapes (sur 21)
1- Julian Alaphilippe (FRA/Deceuninck-Quick Step) en 61h00'22
2- Geraint Thomas (GBR/Ineos) à 1'35
3- Steven Kruijswijk (PBS/Jumbo-Visma) à 1'47
4- Thibaut Pinot (FRA/Groupama-FDJ) à 1'50
5- Egan Bernal (COL/Ineos) à 2'02
6- Emanuel Buchmann (ALL/Bora-Hansgrohe) à 2'14
7- Mikel Landa (ESP/Movistar) à 4'54
8- Alejandro Valverde (ESP/Movistar) à 5'
9- Jakob Fuglsang (DAN/Astana) à 5'27
10- Rigoberto Uran (COL/EF Education First) à 5'33
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La vie des maillots

Maillot jaune : Julian Alaphilippe (FRA/Deceuninck-Quick Step)

Julian Alaphilippe passera une deuxième journée de repos avec le maillot jaune accroché au bout du lit. Le Français, usé par son exceptionnel début de Tour de France et l'accumulation des cols de haute montagne ces derniers jours, a d'abord fait mieux que résister en suivant les favoris, avant de finalement caler sur le final du Prat d'Albis. Des premiers signes de fatigue depuis sa prise de pouvoir, mais seulement 20 secondes de débours sur son dauphin Geraint Thomas à l'arrivée. Si on lui avait proposé une sortie des Pyrénées avec plus d'avance qu'à son entrée (1'35" contre 1'12"), le puncheur de la Deceuninck-Quick Step aurait évidemment signé des deux mains. Mardi, au lendemain de la journée de repos, il ne devrait pas être inquiété lors de l'étape de Nîmes ni même le lendemain avec l'arrivée à Gap. Puis viendront les Alpes, et là...

Maillot vert : Peter Sagan (SLQ/Bora-Hansgrohe)

A une semaine de l'arrivée à Paris, Peter Sagan a tué tout suspense dans la lutte au maillot vert. Il a bien tenté de prendre l'échappée du jour, avec l'optique de passer en tête au sprint intermédiaire (km 93), en vain. C'est d'ailleurs l'un de ses adversaires directs, Michael Matthews, qui a raflé la mise, marquant 20 points au passage. Une broutille ou presque, tant l'Australien cumule du retard sur le Slovaque (97 points d'écart). Un gouffre. Même Sonny Colbrelli semble s'être résigné (95 points). Sauf catastrophe, le triple champion du Monde accrochera un septième maillot vert à son immense palmarès dans une semaine, soit un de plus que le record qu'il partage encore pour quelques jours avec Erik Zabel. Et ce ne sont pas les deux étapes restantes promises aux sprinteurs (Nîmes et Paris) qui changeront l'issue de l'histoire.

Maillot à pois : Tim Wellens (BEL/Lotto-Soudal)

Tim Wellens résiste, mais pour combien de temps ? Le Belge, épuisé par sa première moitié de Tour, semble marquer le pas un peu plus chaque jour. Il a toujours le maillot à pois sur les épaules (64 points), mais la menace se fait sérieusement sentir. Il le savait, cette journée pouvait lui permettre de reprendre un peu d'oxygène au classement. Mais après plusieurs tentatives d'échappées avortées, Wellens a observé la course de l'arrière et n'a pas marqué le moindre point. Avec un Thibaut Pinot (50 points) survolté en haute montagne et même si le Français joue le classement général avant le maillot à pois, le Belge va devoir retrouver de la fraîcheur en troisième semaine pour conserver son accessit. Avec le programme copieux qui s'annonce dans les Alpes, on souhaite bonne chance au coureur de la Lotto-Soudal. Il pourra au moins se satisfaire d'une chose : il est certain de garder ses pois jusque jeudi prochain.

Maillot blanc : Egan Bernal (COL/Ineos)

Dans l'optique du maillot blanc, la bonne opération du jour est pour Egan Bernal, cinquième à 51 secondes du vainqueur Simon Yates. Le Colombien a surtout profité de la défaillance d'Enric Mas, en difficulté dès le Port de Lers, pour accentuer son avance en tête du classement des jeunes. Avec David Gaudu comme nouveau dauphin (+12'29") mais au service de son leader Thibaut Pinot, on imagine mal le coureur d'Ineos perdre son maillot blanc d'ici Paris. Surtout, qui peut lui disputer ? Mas est maintenant pointé à plus de 30 minutes. Voie royale donc pour Bernal, qui rêve dans un coin de sa tête de changer le blanc en jaune à Paris.

Combatif du jour : Mikel Landa (ESP/Movistar)

Mikel Landa a dynamité la course, en étant le premier à attaquer dans le groupe de favoris, dès le Mur de Péguères. Ramené dans un fauteuil par ses coéquipiers sur le groupe de poursuivants au pied de l'ascension finale, il a déposé un à un les coureurs partis un peu plus tôt dans la journée. Malheureusement pour lui, il est tombé sur un grand Simon Yates, pourtant parti de plus loin. Landa a même réussi à conserver la roue d'un Thibaut Pinot aérien, pour finir finalement troisième de l'étape. Le panache de l'Espagnol le replace au général (7eme à 4'54" de Julian Alaphilippe) et lui permet d'envisager à nouveau une place sur le podium.

Avec A.P

Le programme du lendemain
Deuxième journée de repos - Lundi 22 juillet 2019

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