Tour de France 2019 - Pinot : " La plus grosse claque de ma carrière "

Tour de France 2019 - Pinot : " La plus grosse claque de ma carrière "©Media365

Aurélien CANOT, publié le mardi 30 juillet 2019 à 10h43

Grand malheureux de cette fin de Tour de France avec cet abandon à deux jours de l'arrivée à Paris, dans les Alpes, précisément là où il espérait écrire le plus beau chapitre de son histoire, Thibaut Pinot avoue dans L'Equipe ce mardi qu'il aimerait beaucoup réussir à digérer cette nouvelle déception. Mais le Franc-Comtois ne cache pas qu'il n'y arrive pas pour le moment. Il pense même que seule une victoire sur le Tour dans les prochaines années pourra lui permettre de se remettre de ce terrible coup du sort.

Le sentiment d'être maudit et une profonde amertume doublée d'une immense frustration. Au lendemain de l'arrivée de ce Tour de France qu'il a dû abandonner alors qu'il semblait plus que jamais dans le coup pour la victoire, Thibaut Pinot avoue dans L'Equipe ce mardi qu'il n'arrive pas à s'en remettre pour le moment, tout comme il aura beaucoup de mal pour finir par encaisser le coup, voire le digérer. « C'est la plus grosse claque de ma carrière (...) J'ai eu l'impression de revivre exactement ce que j'ai vécu l'an passé au Giro, où tout s'effondre comme un château de cartes, en un kilomètre. Tout ce que tu as construit en une saison. Même tout ce que j'avais reconstruit depuis le Giro, tout s'effondre de nouveau, je suis dévasté », reconnaît le Franc-Comtois, qui revit cette scène terrible du moment où il a dû monter dans sa voiture dès l'entame de l'étape de l'Iseran, abandonnant du même coup ses ambitions alors que dans sa tête le titre prenait forme, d'autant qu'il se sentait plus fort que jamais et avait prévu de faire un malheur lors du triptyque alpestre. Un rêve qui s'est brutalement évaporé avec cette blessure fatale à la cuisse gauche. Pour la première fois de sa vie, la perspective de gagner n'angoissait même pas l'autre grand agitateur de ce Tour de France avec Julian Alaphilippe. C'est dire comme les planètes semblaient bel et bien alignées, pour reprendre l'une des citations les plus marquantes d'avant-Tour de Pinot. « Quand tu es capable de lâcher tous les favoris un par un à la pédale (...) c'est là que tu te dis que tu es le plus fort (...) Je sentais que les gens n'attendaient que ça et je m'étais pris au jeu aussi (...) Je ne sais pas ce que j'ai fait pour mériter tout ça (...) J'ai fait sept Tours, quatre abandons, alors que sur les autres courses, je n'abandonne jamais. »

Pinot : « Pour oublier, il faudra que je gagne le Tour »

Une malédiction qui fait dire au seul coureur de cette Grande Boucle qui peut se vanter d'avoir laissé Egan Bernal sur place (« dans les deux étapes des Pyrénées, je suis devant lui ») qu'« il n'y a que le temps qui pourra faire son œuvre. » Après cette nouvelle désillusion qui a donné envie à chaud au chouchou des Français de tout arrêter (« J'avais envie de baisser les bras, mais je ne l'ai jamais fait dans ma carrière, j'ai toujours tout surmonté »), Pinot ne cache pas que même un podium ne le contenterait plus. « Pour oublier toutes ces galères, il n'y a plus que la victoire (...) Pour oublier tout ça, il faudra que je gagne le Tour (...) Il n'y a que le Tour qui pourra faire de toi un coureur que l'on n'oubliera pas. C'est pour ça que je veux y revenir. » Le vainqueur du Tourmalet envisage même pour la première fois de sa carrière de préparer le prochain Tour en disputant le Paris-Nice pour la première fois de sa vie. « Je crois que je serai au départ », révèle ce champion hors-pair, bien décidé à poursuivre cette histoire encore inachevée cette année. Et lui donner la plus belle des fins. « C'est pour ça que j'ai envie de revenir sur le Tour », insiste le leader de l'équipe Groupama-FDJ, presque heureux désormais, paradoxalement, d'avoir perdu cette fameuse 1'40 dans l'épisode de la bordure d'Albi.

Pinot : « La bière est fade, pourtant, j'aime ça »

Sans cette mésaventure, Pinot aurait dû en effet quitter la course dans un contexte tout autre, et avec une frustration plus grande encore, si tant est que ce soit possible. « Si j'avais abandonné en ayant de l'avance sur tout le monde, à dix secondes du maillot jaune, j'aurais mis beaucoup plus de temps à m'en remettre avoue Pinot dans L'Equipe. Quitter le Tour quatrième ou le quitter à dix secondes du maillot jaune, ce n'est pas la même chose. Le destin a bien fait les choses. » Il n'empêchera pas celui qui se décrit comme un coureur « différent des autres », qui « ne laisse pas indifférent » et que « certains détestent » et que « beaucoup aiment » de passer de mauvaises vacances. « Elles n'ont pas la même saveur que si j'avais fini sur le podium », avoue le natif de Lure (Haute-Saône), écœuré au point de ne même pas avoir suivi l'étape des Champs-Elysées dimanche, et encore moins les traditionnels podiums protocolaires. « C'était dur, la plaie est toujours ouverte ». Fan de houblon, Pinot avoue que même la bière n'a plus aujourd'hui le même gout à ses lèvres. « La bière que j'ai bue quand j'ai fini le Tour n'était pas bonne, c'est fade. Et pourtant j'aime ça. » Espérons que l'année prochaine, ce sera du champagne que boira Pinot, à Paris et en jaune. Après les malheurs qu'il a connus cette année encore, ce serait tout sauf volé.

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