Tour de France 2019 : Nibali s'impose à Val Thorens, Bernal valide sa victoire

Tour de France 2019 : Nibali s'impose à Val Thorens, Bernal valide sa victoire©Media365

Aurélien CANOT, publié le samedi 27 juillet 2019 à 16h35

Sauf incident, Egan Bernal succédera dimanche sur les Champs Elysées à son leader Geraint Thomas. Le plus jeune coureur du peloton deviendra ainsi le premier Colombien à remporter le Tour. Pas attaqué lors de cette 20eme étape fortement raccourcie (59,5 km), Bernal a assuré sa victoire dans la montée de Val Thorens, où Vincenzo Nibali a, lui, triomphé en solitaire, sauvant ainsi son Tour de France. Distancé à 13 km de l'arrivée, Julian Alaphilippe a vu s'envoler le podium. Le héros de cette édition 2019 terminera cinquième dimanche à Paris.



« Papy » Nibali fait de la résistance, Egan Bernal, douze ans de moins que l'Italien, la joue précoce, pour ne pas dire très précoce. Dimanche, le plus jeune coureur du peloton de cette édition 2019 montera sur la plus haute marche du podium, à seulement 22 ans. Il deviendra du même coup le premier Colombien sacré sur la Grande Boucle. En revanche, pour ce qui est d'Ineos, l'histoire se répète, avec un septième lauréat pour l'équipe britannique sur les huit dernières années. Avec Bernal premier et Thomas deuxième, elle signe même son deuxième doublé après celui du duo Wiggins-Froome en 2012. Déjà parti seul la veille, Bernal avait mis une sérieuse option vendredi sur la victoire finale en dépit de cette étape arrêtée alors qu'il était parti pour tout écraser. Samedi, pour la dernière étape des Alpes et aussi la dernière avant l'étape « figée » des Champs-Elysées, celui qui succèdera dimanche à son leader Geraint Thomas, un peu comme Thomas avait succédé à Christopher Froome l'année dernière, pouvait s'attendre à être attaqué par ses concurrents, conscients qu'il n'y aurait plus d'autre opportunité de renverser le Colombien ensuite. Pourtant, attaqué, Bernal ne l'a pas été durant les 33 km conduisant les coureurs au sommet de Val Thorens. Ni par Thomas ni par Steven Kruijswijk, qui n'avait qu'un souhait : profiter d'une nouvelle défaillance de l'ancien maillot jaune Julian Alaphilippe pour progresser d'une place au classement et grimper sur le podium. Le Néerlandais qui avait vu filer sur chute lors du Giro 2016 une victoire qui lui tendait les bras a été exaucé. Il le doit à son équipe (et en premier lieu à Laurens De Plus), qui a fait craquer le Français, déjà au bord de la rupture, à 13 km de l'arrivée en se mettant en ordre de marche en tête du groupe des favoris. Buchmann (4eme), en faisant rouler fort son équipier Jakob Muhlberger, s'est chargé du reste.

Alaphilippe voit s'envoler le podium

C'était toutefois mal connaître Alaphilippe. Certes, ce dernier a sauté du podium, mais il a encore trouvé la force de s'arracher - avec l'aide précieuse d'Enric Mas - pour perdre à peine plus de trois minutes à l'arrivée (3'14) et terminer dans le Top 5, à la 5eme place. Juste récompense pour le grand animateur de ce Tour 2019, avec notamment quatorze jours passés en jaune. Avec le malheureux Thibaut Pinot, de nouveau contraint de se retirer d'un Grand Tour au moment du dénouement alors qu'il avait tout pour le gagner, « Alaf » restera l'autre grand Monsieur Français de cette Grande Boucle. Mais si Romain Bardet, qui se consolera avec le maillot à pois à Paris, ne laissera pas un grand souvenir cette année (il terminera 15eme dimanche), il convient également de rendre hommage au champion de France Warren Barguil, qui se classe dans le Top 10 final pour la deuxième fois après 2017 (déjà 10eme). Très en vue, le coureur de l'équipe Arkea-Samsic s'est encore illustré lors de cette dernière étape alpestre. Malheureusement pour le Breton, sa tentative pour revenir sur Nibali en compagnie de Simon Yates et Marc Soler n'a pas payé, les trois hommes ayant tous été repris par le train de la Jumbo-Visma, puis lâchés. Paradoxalement, cette 20eme étape s'est décidée au moment pile où Alaphilippe, à bout de forces, a perdu pied et du même coup le contact avec les meilleurs ainsi que sa troisième place sur le podium.

Nibali sauve son Tour 

Déjà présent à l'avant, le « Requin de Messine » a en effet choisi lui aussi ce moment pour sortir du groupe de tête, sans que Michael Woods et Ilnur Zakarin, eux aussi de l'échappée, ne puisse le suivre. Le numéro de Nibali était lancé. Le vétéran ne le savait pas encore, mais il n'allait plus jamais être rejoint. Pourtant, son avance n'a jamais excédé les deux minutes. Elle s'est néanmoins avéré suffisante pour empêcher Mikel Landa et Buchmann de venir priver le leader de la Bahrain-Merida de sa sixième victoire d'étape sur le Tour et la première depuis son coup de force de la Toussuire en 2015. Cette année-là, le Sicilien, alors chez Astana, avait échoué au pied du podium. Mais l'année d'avant, il avait triomphé, le champion de 34 ans comptant également trois autres Grands Tours à son palmarès (le Tour d'Italie en 2013 et 2016 ainsi que la Vuelta 2010) remportant même quatre étapes cette année-là sur les routes de l'Hexagone. En revanche, cette année, Nibali se trouvait toujours au point mort avant ce numéro de toute beauté, samedi lors de cette étape fortement raccourcie. Ce n'était pourtant pas faute d'essayer pour l'Italien conscient depuis longtemps qu'il ne pourrait pas rivaliser avec les meilleurs (vite relégué loin du Top 10, il termine 39eme à 1h36 de Bernal) mais avec à cœur de sauver son Tour. C'est chose faite avec ce baroud d'honneur dans la montée de Val Thorens qui a permis à un autre ancien (Alejandro Valverde, 38 ans) de montrer que les « vieux » avaient encore de beaux restes. Mais pas au point de pouvoir priver le tout jeune Bernal de son premier jour de gloire.

Revivez l'étape en cliquant ici

CYCLISME / TOUR DE FRANCE 2019
20eme étape - Albertville - Val Thorens (59,5 km) - Samedi 27 juillet 2019
Classement de l'étape
1- Vincenzo Nibali (ITA/Bahrein-Merida) en 1h51'53
2- Alejandro Valverde (ESP/Movistar) à 10"
3- Mikel Landa (ESP/Movistar) à 14"
4- Egan Bernal (COL/Ineos) à 17"
5- Geraint Thomas (GBR/Ineos) mt
6- Rigoberto Uran (COL/Education First) à 23"
7- Emanuel Buchmann (ALL/Bora-Hansgrohe) mt
8- Steven Kruijswijk (PBS/Jumbo-Visma) à 25"
9- Wout Poels (PBS/Ineos) à 30"
10- Nairo Quintana (COL/Movistar) mt
11- Warren Barguil (FRA/Arkéa-Samsic), à 46"
...
26- Julian Alaphilippe (FRA/Deceuninck-Quick Step) à 3'17
...

Classement général (après 20 sur 21)
1- Egan Bernal (COL/Ineos) en 79h52'52
2-
Geraint Thomas (GBR/Ineos) à 1'11
3- Steven Kruijswijk (PBS/Jumbo-Visma) à 1'31
4- Emanuel Buchmann (ALL/Bora-Hansgrohe) à 1'56
5- Julian Alaphilippe (FRA/Deceuninck-Quick Step) à 3'45
6- Mikel Landa (ESP/Movistar) à 4'23
7- Rigoberto Uran (COL/EF Education First) à 5'15
8- Nairo Quintana (COL/Movistar) à 5'30
9- Alejandro Valverde (ESP/Movistar) à 6'12
10- Warren Barguil (FRA/Arkéa-Samsic), à 7'32



La vie des maillots

Maillot jaune : Egan Bernal (COL/Ineos)

Programmé pour être leader sur le Giro puis équipier de luxe de Thomas et Froome sur le Tour, Egan Bernal a grillé toutes les étapes en quelques mois : il va remporter dimanche son premier Tour de France. Son coup de force vendredi dans l'Iseran a prouvé qu'en l'absence de Pinot, il était le meilleur grimpeur du peloton. Plus encore quand il passe au-dessus des 2 000 mètres d'altitude, où il se sent comme à la maison. A peine bousculé ce samedi, le Colombien a laissé son équipe contrôler les écarts dans la montée vers Val Thorens pour passer la ligne en cinquième position avec son coéquipier et dauphin Geraint Thomas. A 22 ans, Egan Bernal rapporte donc un premier Tour de France à la Colombie, où il sera sans aucun doute élevé au rang de héros national. Et l'avenir lui appartient : le coureur de la Team Ineos deviendra dimanche le plus jeune coureur à revêtir le maillot jaune à Paris, l'année de son centenaire.

Maillot vert : Peter Sagan (SLQ/Bora-Hansgrohe)

Peter Sagan a finalement traversé les Alpes sans encombres. Cette fois-ci, pas de dédicaces sur les pentes de Val Thorens mais la certitude au passage de la ligne (en roue arrière évidemment) de rentrer définitivement dans la légende du Tour. Avec un septième maillot vert à Paris, le Slovaque devient le recordman absolu en la matière, devant le légendaire sprinteur allemand Erik Zabel (6). Et l'étape des Champs-Élysées ne changera rien dimanche. Déjà vainqueur d'étape à Colmar en début de Tour, Sagan pourrait même profiter de la fatigue des hommes rapides du peloton pour asseoir un peu plus sa domination et signer un triomphe total avec une victoire sur les Champs-Elysées. Le triple champion du Monde a répété en boucle après l'étape qu'il n'avait jamais levé les bras à Paris...

Maillot à pois : Romain Bardet (FRA/AG2R-La Mondiale)

Loin des débats ce samedi et impuissant face à la partie qui se jouait devant, Romain Bardet s'est longtemps demandé s'il allait garder son maillot à pois à Val Thorens. Le leader d'AG2R La Mondiale n'a pu suivre le tempo infernal imposé par la Jumbo-Visma dès le pied de la montée vers la station de ski, où le vainqueur ramassait 40 points pour le classement de meilleur grimpeur, et a passé la seconde partie de l'ascension dans la roue de Julian Alaphilippe. Finalement, la victoire d'étape de Nibali devant Valverde et Landa lui assure définitivement la tunique à pois rouge. Egan Bernal termine à huit petits points au classement, ce qui ne devrait pas trop l'empêcher de dormir. Et les deux points anecdotiques à prendre dimanche lors de la dernière étape ne changeront pas la donne. Romain Bardet le sait : il est loin d'être le meilleur grimpeur de ce Tour de France. Mais le Français a su rebondir et sauver le bilan d'un Tour bien mal engagé. Il rêvait évidemment d'un podium sur les Champs, dans un tout autre contexte. Mais le maillot à pois constitue bien plus qu'un lot de consolation, d'autant que l'Auvergnat perpétue une belle habitude : c'est la troisième fois consécutive qu'un Français ramène le maillot de meilleur grimpeur à Paris après Warren Barguil en 2017 et Julian Alaphilippe en 2018.

Maillot blanc : Egan Bernal (COL/Ineos)

L'évidence Egan Bernal pour le maillot blanc. Après la première grande explication entre favoris lors de la dixième étape, le Colombien a endossé un maillot blanc qu'il allait finalement recouvrir de jaune vendredi. A la sortie des Pyrénées, il pouvait déjà ranger sa tunique blanche bien au chaud après la défaillance d'Enric Mas. L'Espagnol a rapidement mis le clignotant et l'attitude de David Gaudu, trop occupé à jouer les équipiers modèles pour son leader Thibaut Pinot, a enterré définitivement toute forme de suspense pour le classement de meilleur jeune. Dimanche, il ajoutera son nom à la liste prestigieuse des coureurs ayant réalisé le doublé maillot jaune-maillot blanc sur le Tour. Seuls Fignon, Ulrich, Contador et Schleck avaient réalisé cet exploit par le passé.

Combatif du jour : Vincenzo Nibali (ITA/Bahrain Merida)

Les attaques incessantes et la volonté de Vincenzo Nibali ont fini par porter leurs fruits. L'Italien, isolé de la lutte pour le général dès les premières difficultés du Tour, a souvent tenté de se porter à l'avant de la course sur ce Tour de France. En manque de fraîcheur après un Giro éprouvant, le Requin de Messine a souvent senti les bons coups, sans jamais pouvoir tenir la roue des meilleurs grimpeurs. Samedi, il a sauvé son Tour de France, et a prouvé, à 34 ans, que son panache avait toujours sa place dans le cyclisme moderne. L'Italien, parti dès les premiers kilomètres de l'étape, a lâché ses compagnons d'échappée un à un sur les pentes de Val Thorens. Au bout de l'effort, il a même trouvé les ressources pour résister au groupe des favoris. L'obstination du champion.

L'étape du lendemain
21eme étape : Rambouillet - Paris (128 km)

Vos réactions doivent respecter nos CGU.