Tour : Anderson, un " Skippy " pour l'histoire

Tour : Anderson, un " Skippy " pour l'histoire©Media365
A lire aussi

Thomas Siniecki : publié le vendredi 14 août 2020 à 21h34

C'est seulement le 30 juin 1981 qu'un coureur non-européen s'est emparé du maillot jaune du Tour de France. L'Australien Phil Anderson sera à jamais le premier et se souvient parfaitement de cette journée.



Le Colombien Egan Bernal a beau être le tenant du titre, les coureurs hors d'Europe ont mis beaucoup de temps à conquérir les routes du Tour de France. Beaucoup, beaucoup de temps... En effet, il a fallu attendre près de 80 ans pour voir le maillot jaune porté par un homme ne venant pas du Vieux Continent ! Phil Anderson, en 1981, était ainsi le premier non-Européen à revêtir la mythique tunique : "Ce maillot a changé ma vie. Je n'étais qu'un jeune coureur, et tout à coup il y avait des gens qui chantaient mon nom, de grands kangourous peints sur la route, dans les montagnes. Dans les années 80, je crois qu'ils rediffusaient les épisodes de Skippy, le kangourou du bush. Comme j'étais australien, ils m'appelaient Skippy."

Sous le maillot de l'équipe Peugeot, il s'empare de la première place à l'âge de 23 ans, à l'issue de la cinquième étape entre Saint-Gaudens et Saint-Lary-Soulan. C'est son premier Tour de France : "Je me souviens d'être comme un gosse dans un magasin de bonbons. J'étais tellement heureux d'être là. Auparavant, je n'avais jamais vraiment couru dans les montagnes, c'était un peu un saut dans l'inconnu. Au départ de cette étape, j'étais donc plutôt tendu. Au pied de la dernière ascension, nous n'étions plus qu'une dizaine. Lucien van Impe a attaqué et gagné, je suis resté avec Bernard Hinault qui était un de mes héros. Il m'a battu au sprint, il a donc fini deuxième et moi troisième, mais j'ai pris suffisamment de temps."

"Si ça n'était pas arrivé, je ne sais pas où j'en serais"

Notre "Blaireau" national récupérera le maillot jaune dès le contre-la-montre du lendemain, mais qu'importe. Le bien est fait : "Je n'avais pas la moindre idée des répercussions que cette journée pourrait avoir, conclut Phil Anderson. Oui, ça a changé ma vie. Je ne me rendais même pas compte que j'étais le premier Australien ou le premier non-Européen, j'étais tellement heureux d'être sur le podium, de porter ce maillot... Si ça n'était pas arrivé ce jour-là, je ne sais pas où j'en serais désormais. Certainement pas assis là pour vous en parler, en tout cas (sourire) !" Bien que né à Londres, Phil Anderson était donc un fier représentant de l'Australie, et il a fallu patienter jusqu'à Stuart O'Grady en 1998 pour qu'un de ses compatriotes enfile à nouveau le maillot jaune, en attendant bien sûr Cadel Evans vainqueur en 2011.

En 1982, la course de Phil Anderson sera encore bien plus consistante, puisqu'il remporte la deuxième étape et reste alors leader durant dix jours, soit près de la moitié du Tour. Meilleur jeune, il se classe cinquième du général. Ce n'est qu'en 1986 qu'un non-Européen enfile à nouveau le maillot jaune, avec le Canadien Alex Stieda puis surtout l'Américain Greg LeMond, futur lauréat. Dixième en 1981, Phil Anderson se classe cinq fois dans le top 10 pour ses cinq premières participations (neuvième en 1983, dixième en 1984, cinquième en 1985). Au final, il aura pris le départ treize fois, remportant encore une étape en 1991.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.