Thierry Marie : " A la fin, j'ai pédalé avec les oreilles "

Thierry Marie : " A la fin, j'ai pédalé avec les oreilles "©Media365
A lire aussi

Aurélien CANOT, Media365, publié le vendredi 09 juillet 2021 à 21h15

Invité de Sodexo dans le cadre des trente bougies communes du restaurateur officiel de la course et du Tour de France, Thierry Marie, 58 ans aujourd'hui, a fêté également l'anniversaire de sa chevauchée exceptionnelle du 11 juillet 1991 entre Arras et Le Havre. Le Normand, très fier d'avoir écrit une page de l'histoire de la Grande Boucle, se replonge pour nous trente ans en arrière.


Thierry Marie, ce 11 juillet marquera les trente ans de votre échappée folle de 1991 entre Arras et Le Havre, sur vos terres normandes. Qu'en retenez-vous ?
Il y a plusieurs choses qui me reviennent, déjà le fait de porter le maillot jaune chez moi. Je suis allé la chercher (cette victoire), mais j'ai hésité. Et quand j'ai vu Bernard Hinault faire " Il est fou, il est fou !", je me suis dit : "Bon, je vais y aller quand même". En 1986, j'avais loupé la traversée en Normandie en Jaune. Là, j'ai eu la chance de le faire, j'ai eu l'opportunité, je l'ai saisie. Je suis content d'avoir fait ça, parce qu'après, on ne m'a pas oublié.

Est-ce votre plus beau souvenir de coureur ?
Oui, c'est incontestable. C'est ce qui m'a rendu un peu plus célèbre, entre guillemets. J'étais considéré comme un bon coureur avant et après, j'étais devenu un très bon coureur. J'avais pris une stature plus forte, les gens étaient curieux de me voir. Ca se voyait dans leurs yeux, ça donne du baume au coeur tout ça.

Avec du recul, vous rendez-vous compte que ce que vous avez tenté, et réussi ce jour-là, c'était de la folie ?
Oui, mais en fait, j'avais cette conviction, je me sentais bien dans mon pays, je retrouvais ma Normandie et j'ai même chanté. Je me sentais bien, je me suis lâché. J'avais surtout Bernard Quilfen, qui m'a donné un bon coup de main car il avait fait la même chose que moi en 1977, bon avec une vingtaine de kilomètres en moins. Mais forcément, il m'a aidé avec son expérience.

Qu'est-ce que cela fait de faire partie de l'histoire du Tour de France ?
Forcément, c'est une fierté. Quand on tourne la page, on n'existe plus, donc quand on parle de vous, c'est quand même fort. Surtout encore maintenant, après tant de champions. Vous vous rendez compte... Je suis content pour moi, mais aussi pour ma famille aussi, qui adore le vélo. Mon père et ma mère ont adoré. Ca a vraiment couronné ma carrière.

Vous avez porté le maillot jaune en 1986 et 1990 également. Celui de 1991, avec cette échappée extraordinaire, a-t-il une saveur différente à vos yeux ?
Oui, parce que normalement, j'avais tout intérêt à ne pas bouger ce jour là, parce que j'avais un contre-la-montre et que j'étais en bonne forme cette année-là. Mais j'ai brûlé l'étape (sic). D'ailleurs, j'ai eu plus de bonheur à porter le maillot jaune ce jour là parce qu'avec la fatigue... Il faut voir la fatigue que j'avais ! J'étais cramé, j'ai cramé le moteur (sic). Les jambes ? A la fin, j'ai pédalé avec les oreilles (rires).

Marie : « Tellement Guimard hurlait, je l'avais entendu »

Avec l'évolution du cyclisme et notamment l'apparition des oreillettes, pensez-vous qu'une pareille échappée serait possible aujourd'hui ?
Le problème des oreillettes c'est que l'on met le doute aux coureurs. Avec les oreillettes, il faut avoir un bon directeur sportif pour nous motiver, mais s'il est médiocre... Après, moi, je ne peux pas juger, c'est quelque chose que j'ai jamais connu, mais j'imagine que ça peut brouiller les cartes. Ca donne aussi du confort dans un peloton, parce qu'il n'y a plus les voitures qui te bousculent pour venir donner les instructions. Nous, on avait plutôt intérêt à consulter notre roadbook, parce que sinon, on finissait dans la balustrade. C'est comme pour le ravitaillement. Avant, le ravitaillement c'était le Tour de France qui l'organisait, pas les équipes elles-mêmes. Ce sont des choses qui ont changé et à chaque fois ce sont aux coureurs de s'adapter. Mais j'imagine que maintenant, ils se sont bien adaptés, et c'est quand même confortable.

Vous pensez qu'ils vous auraient dit quoi dans l'oreillette à l'époque quand vous vous êtes échappé ?
Ils auraient peut-être abusé un peu, ils m'auraient dit "Vas-y ! Vas-y ! Attaque !" et puis après, quand tu n'as plus rien dans le sac (sic)... Non mais c'était ça aussi avant. Il y avait des coureurs qui étaient au coup de klaxon pour attaquer. Aujourd'hui, c'est différent, ça n'a rien à voir, Tony Martin qui est tombé à cause de la pancarte de la dame, à notre époque ça aurait été différent parce que nous on était bienveillant avec les spectateurs, on faisait un petit geste de la main pour dire : "attention, c'est dangereux, écartez-vous." Dès qu'il y avait un bidon par terre, on mettait la main au cuissard derrière et on était un peu plus vigilant. Là, il a manqué de vigilance. Il s'est rétamé sur une pancarte, c'est quand même abusé. Maintenant, les vélos sont légers et les freins sont puissants, ce sont des freins de camions pour des vélos. Nous c'était le contraire : on avait des freins à tirage central. Il fallait prendre rendez-vous pour freiner.

Je répète ma question : vous pensez qu'on vous aurait dit quoi ce 11 juillet 1991 dans l'oreillette quand vous avez attaqué ?
J'entendais Cyril Guimard hurler : "Il faut qu'il pense au maillot jaune !". Je pensais déjà à la victoire d'étape moi. Il avait crié ça dans la radio. Tellement il avait hurlé, je l'avais entendu (rires). J'ai dit "Il me fait chier lui, laisse-moi prendre l'étape". C'était une autre époque, on s'amusait bien.

Pensez-vous ce que ce Tour est déjà plié et promis à une nouvelle victoire de Tadej Pogacar ?
Il peut très bien y avoir des surprises, mais Pogacar pourquoi pas. Il a montré un signe de faiblesse dans le Ventoux, et au Tour il ne faut jamais montrer de signe de faiblesse, c'est Bernard Hinault qui me l'a dit. Maintenant, il risque de se faire attaquer et les oreillettes là, ça va crier fort. (rires).

Marie : « Quand il y avait du cassoulet, on s'arrêtait tout de suite !  »

Déplorez-vous les sifflets qui l'accompagnent déjà alors qu'il débarque tout juste sur le Tour ?
Les gens ne comprennent pas le vélo, c'est compliqué. Les gens, ils exagèrent, parce qu'ils ne faisaient pas avec Laurent Fignon. L'affaire Festina nous a fait beaucoup de mal, encore aujourd'hui. Les gens qui n'y connaissent rien disent que tous les coureurs sont dopés. Après, c'est général. Les gens en ont ras-le-bol de la politique, ils disent qu'ils sont tous vérolés (sic). Ils disent que les coureurs cyclistes sont tous dopés, donc plus personne n'est propre pour eux. C'est la facilité, les gens ne savent pas monter sur un vélo.

Pensez que Pogacar puisse gagner quatre ou cinq fois le Tour, comme les plus grands, et faire partie de l'histoire ?
Il faut se méfier, parce que l'on avait déjà encensé Bernal et puis finalement, c'est un autre (Pogacar) qui a repris. Ce n'est pas plus mal, ça change et donne du piment.

Comme votre échappée du 11 juillet, le restaurateur officiel du Tour de France Sodexo fête lui aussi ses trente ans cette année ? Qu'est-ce que cela vous inspire ?
Sodexo symbolise l'art de vivre à la française. Quand j'étais coureur, on faisait attention à ce que l''on mangeait mais on aimait bien voir ce qu'il se passait au village départ. L'arrivée de Sodexo a changé la vie du Tour. Franchement, durer comme ça dans le temps, ça parle. Trois décennies, ce n'est pas rien.

Des anecdotes vous reviennent-elles à l'esprit en ce qui concerne Sodexo ?
A l'espace Sodexo, on aimait découvrir les spécialités locales. Je ne faisais pas vraiment attention à la diététique personnellement et les plats proposés changeaient de l'ordinaire. C'était un accompagnement assez culturel. On se disait : "Ah, ça fait partie de cette région-là". Sodexo valorisait les régions et on était un petit peu curieux de connaître.

Aviez-vous un coup de coeur sur un produit en particulier qui était proposé sur l'espace ?
Je me souviens pas d'avoir mangé de la teurgoule (spécialité de sa région la Normandie) en tout cas (rires), mais il y avait souvent des plats cuisinés. Quand il y avait du cassoulet, franchement, on s'arrêtait tout de suite. La France est très riche en plats régionaux et Sodexo a un savoir-faire pour redonner un peu de vie aux régions.

« Nous sommes ravis de célébrer ce trentième anniversaire aux côtés de Thierry Marie », confirme Nathalie Bellon-Szabo. «Nous n'avons en effet jamais oublié ce Tour de France 1991. Thierry se révélait aux yeux du grand public au moment où Sodexo arrivait sur la Grande Boucle. Depuis cette date, le Tour de France s'est imposé comme un temps fort de l'année pour nos équipes qui mettent toute leur énergie et leur savoir-faire au service du public, des partenaires, des médias et de l'organisation de l'événement. Si Sodexo et le Tour de France font route commune depuis 30 ans, c'est parce que tous deux partagent cet attachement tout particulier aux territoires français, riches de leurs spécialités variées. L'édition 2021 revêt une dimension émotionnelle supplémentaire qui décuple notre envie de contribuer à faire vivre à tous les invités du Tour un moment inoubliable ! »

Vos réactions doivent respecter nos CGU.