On a grimpé le Ventoux dans la caravane du Tour

On a grimpé le Ventoux dans la caravane du Tour©Media365
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Thomas Siniecki, Media365 : publié le jeudi 08 juillet 2021 à 19h10

Reportage en immersion avec la caravane E.Leclerc, mercredi sur l'étape de la double ascension du Ventoux, entre Sorgues et Malaucène (une seule ascension pour la caravane). Une organisation et une expérience uniques.


8h45

Lorsqu'on arrive sur le parking caravane, derrière le petit stade de Sorgues, tous les véhicules ou presque - les derniers peaufinent les ultimes détails sur le parking technique attenant, où s'effectue le montage préalable - sont déjà prêts depuis de longues minutes. Pour ceux qui ne seraient pas du matin, toute notion horaire est très vite oubliée : il fait déjà sans problème un bon 25°C ressenti, le camion de café balance autant de carburant que de décibels. Et avant de partir, c'est la traditionnelle chorégraphie très rythmée qui regroupe tout le monde. Ambiance festival bodega, l'alcool en moins, avant de prendre la route : pas de doute, la caravane est fin prête !


9h45

C'est le grand départ, en respectant un ordre bien précis préétabli. "Ce soleil fait tellement plaisir", voilà la phrase la plus entendue de la matinée et même de la journée, tant les caravaniers sont tous encore traumatisés par la terrible étape de dimanche à Tignes. Eux aussi ont dû arriver sous la pluie et le froid à ciel ouvert...

10h30

Après une demi-heure de blocage en village dans une artère adjacente et vide, ce qui rend la farandole d'autant plus cocasse, c'est parti pour un bain de foule géant et itinérant de quatre heures. Toujours avec environ une heure et demie d'avance sur les coureurs, le grand bal de la caravane démarre. Les gens massés au bord de la route affichent des sourires et des saluts enjoués à souhait, qui engagent bien volontiers à en rendre en retour, sans cesse. "On dirait une fête foraine", s'enthousiasme un gamin. A Pernes-lès-Fontaines, c'est le premier vrai rassemblement populaire de l'étape.

Une ivresse qui fait un bien fou en ces temps sanitaires qu'on oublie alors complètement (ce qui n'empêche pas les mesures d'être respectées). Même les plus grandes stars ne salueront jamais autant de gens aussi longtemps dans leur vie qu'un caravanier... Les chars E.Leclerc, représentants du maillot à pois, suscitent forcément une sympathie immédiate.

Avec onze véhicules dont quatre hybrides, c'est le contingent le plus imposant de la caravane. Un million d'échantillons bio, tous dans des emballages sans plastique, sont distribués en trois semaines. Des membres du personnel tirés au sort sont conviés à venir jouer le rôle de lanceurs derrière les animateurs Tom et Camille en feu, chacun juchés sur leur char (accrochés avec un mousqueton, sécurité oblige). Mercredi, Marlène s'en est donnée à coeur joie !

11h50

C'est la pause technique, c'est-à-dire la pause pipi pour les différents membres (chauffeurs, animateurs, invités...). Le chef caravane E.Leclerc indique, en tête, un endroit qui sera suffisamment vaste pour stationner les nombreux véhicules. Mais chaque seconde de perdue est cruciale, et pour cause : il faut ensuite aller se replacer dans la file à son endroit convenu, car tant que ce n'est pas le cas, il est interdit de réenclencher l'animation musicale et de distribuer les échantillons !

A l'arrière, au volant de la dernière voiture du cortège E.Leclerc, Quentin prévient l'ensemble de ses camarades de tous les dépassements. Et il y en a beaucoup ! En majorité des motos d'organisation ainsi que des voitures d'invités. En général, ces dernières ont le droit de se faufiler, mais c'est parfois impossible. "Là, si ça passe pour nous, ils n'arriveront pas à doubler nos gros paniers devant, c'est trop large." Et ce n'est même pas encore la montée du Ventoux, on approche simplement du col de la Liguière... Le travail est donc considérable pour Quentin qui, bien sûr, transporte lui aussi une animatrice sur le toit.

A 13h, Jean-Marc, le chauffeur du premier char à l'avant, s'accorde une pause patrimoine au pied du Ventoux. Il informe toute l'équipe au talkie-walkie que "Sault est la capitale du nougat". Les consignes de sécurité représentent 95% de l'activité, tout au long de la journée, face à l'afflux incroyable de personnes, alors les rares moments de détente sont bons à prendre... "Les gens qui nous regardent bien, en général, il n'y a pas de problème, estime Quentin. Le pire, c'est si un enfant tourne le dos, si son bob s'envole et qu'il se retourne vite par réflexe pour aller le chercher sur la route... En revanche, on constate que les chiens sont désormais tous bien attachés."


14h30

Après une magique ascension du Ventoux, où les personnes amassées se font toujours et déjà de plus en plus nombreuses au fur et à mesure de l'approche du sommet, la journée est loin d'être terminée pour la caravane. A Malaucène, il faut vite aller démonter les chars pour laisser ensuite la place aux équipes des coureurs, puis reprendre la route classique : en effet, croiser sur l'autoroute un melon ou une fraise, les symboles de l'escouade E.Leclerc, ça pourrait surprendre...

Les véhicules techniques suivent également. Chaque marque a ses propres voitures de dépannage, qui suivent habituellement en queue de peloton mais peuvent remonter la file en cas de pépin. En plus de la dépanneuse générale, sorte de voiture-balai officielle de la caravane.


20h

L'équipe s'accorde enfin l'apéro à l'hôtel à Avignon... mais avec modération ! Car des contrôles sont en effet régulièrement effectués par la direction du Tour avant les étapes, et c'est tolérance zéro : une goutte encore présente dans le taux d'alcoolémie, et c'est le retour immédiat à la maison. Les messages d'organisation continuent d'affluer pour l'étape du lendemain, évoluant au long de la soirée. A 23h, une dernière partie de cartes occupe encore les plus téméraires. Qui ne feront pas long feu.

"Les gens nous souhaitent souvent de bonnes vacances, sourit François, présent lui parmi l'équipe du village départ, et qui se lève donc encore plus tôt. Alors oui, c'est un plaisir incroyable, mais aussi beaucoup de travail et de fatigue ! Et encore, là, c'est un luxe, on dort deux nuits de suite à Avignon et c'est à chaque fois relativement proche de l'arrivée comme du départ des étapes... Parfois, il y a trois heures de route pour rentrer de l'étape." Voilà la passion de ces dingues de vélo et/ou de la caravane, sans qui le Tour de France ne serait rien.

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