Longo sur le sexisme : "J'ai laissé passer la bêtise"

Longo sur le sexisme : "J'ai laissé passer la bêtise"©Panoramic, Media365
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Paul Rouget, Media365 : publié le samedi 30 juillet 2022 à 11h39

Jeannie Longo est revenue sur une vidéo de 1987 devenue virale où des coureurs comme Marc Madiot lui disaient tout le mal qu'ils pensaient du cyclisme féminin. Et la championne olympique était "persuadée qu'un jour ou l'autre ces garçons seraient ridicules".



Ces images font le buzz depuis quelques jours. Elles ne datent pourtant pas d'hier. La scène, exhumée par l'INA (Institut national de l'audiovisuel), se déroule à la télévision publique française, le 20 juillet 1987, après une étape du Tour de France. Jeannie Longo est présente sur le plateau de l'émission « A chacun son tour », présentée par Jacques Chancel, et elle va subir les attaques de Laurent Fignon et surtout de Marc Madiot sur le cyclisme féminin. "C'est complètement inesthétique. Il y a des sports qui sont masculins, il y a des sports qui sont féminins. Voir une femme danser c'est très joli, voir une femme jouer au football ou faire du vélo, c'est moche. Le sport cycliste est un sport extrêmement difficile et j'aime trop les femmes pour les voir souffrir", déclare notamment l'ancien champion de France, aujourd'hui directeur sportif de la Groupama-FDJ.

"Vous, vous êtes moche"

"Je pense qu'on ne peut pas dire qu'on aime les femmes quand on ne respecte pas leurs aspirations", rétorque alors Longo, très calme. Ce qui n'avait visiblement pas convaincu Madiot. "Vous, vous êtes moche, je suis désolé. Je regarderai le cyclisme féminin le jour où elles mettront des maillots, des cuissards et des chaussures un peu plus jolis", conclut-il. Des images qui font aujourd'hui scandale, même si le cyclisme féminin est toujours un terreau fertile pour le sexisme et la misogynie aujourd'hui, comme on peut s'en rendre compte sur le Tour de France femmes. 35 ans après, Longo assure qu'elle n'en veut pas à Madiot. "La plupart des coureurs cyclistes ayant alors la même vision des choses, par jalousie autant que par machisme, j'avais deviné que Jacques Chancel voulait créer la polémique sur son plateau. Face au piège, je me suis dit : « Ne tombe surtout pas dedans ». Si je m'étais mise à pousser des cris, on aurait encore fait passer les femmes pour des hystériques. J'ai laissé passer la bêtise et l'orage, persuadée qu'un jour ou l'autre ces deux garçons seraient ridicules, explique la championne olympique et quintuple championne du monde à Sud-Ouest. C'est un peu dommage pour Marc, un super défenseur du cyclisme, qui a beaucoup évolué sur le sujet. Il s'est mis à m'encourager lorsqu'on se croisait sur une course, et aujourd'hui on se fait la bise."

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