Cyclisme - Cofidis : Nacer Bouhanni vide son sac avant son départ

Cyclisme - Cofidis : Nacer Bouhanni vide son sac avant son départ©Media365

Aurélien CANOT, publié le jeudi 04 juillet 2019 à 11h14

Non retenu pour le Tour de France, Nacer Bouhanni quittera l'équipe Cofidis à la fin de la saison. Mais avant de partir, le sprinteur français tient à révéler l'acharnement dont il se dit victime de la part de Cédric Vasseur depuis l'arrivée du Nordiste à la tête de la formation française.

Nacer Bouhanni (28 ans) fera ses valises à la fin de la saison. En attendant, il vide déjà son sac. Avec dans sa cible : un homme qui revient en permanence. Cet homme, c'est bien évidemment Cédric Vasseur (48 ans), manager de l'équipe Cofidis depuis l'année dernière et ennemi juré de Bouhanni, au même titre que ce dernier a lui aussi été vite pris en grippe par le Nordiste. Au-delà de cet animosité entre le sprinteur français et Vasseur, c'est surtout l'acharnement supposé dont le Vosgien ferait l'objet de la part de son directeur sportif, à l'entendre, que ne digère pas l'intéressé. Bouhanni veut absolument que cela éclate au grand jour et c'est dans ce sens qu'il dénonce longuement ce jeudi sur le site cyclismactu.net le soi-disant harcèlement orchestré sur sa propre personne par Vasseur. « Je demande que Cédric Vasseur arrête de parler tout le temps dans la presse, qu'il arrête de m'humilier ouvertement. C'est du harcèlement, je demande qu'il arrête de communiquer à travers moi comme il le fait depuis deux ans », insiste l'ancien coureur de la FDJ, toujours marqué par sa non-sélection pour le Tour de France, autre décision de Vasseur qu'il ne digère pas. « C'est une grosse déception. Le Tour de France passe chez moi à Nancy. J'ai fait le maximum au niveau de la préparation, je me suis toujours entraîné dur en espérant être au départ. C'est une décision que je respecte. Bien sûr, je suis très déçu, c'est dur pour moi. »

Bouhanni : « Je suis arrivé au bout du rouleau »

Dur, mais probablement moins, à entendre Bouhanni, que le traitement qu'il subit au quotidien depuis que le natif d'Hazebrouck a pris les commandes de la Cofidis. « Dès qu'il est arrivé dans l'équipe, il a fait mon procès dans la presse, sans même prendre le temps de me rencontrer, de parler avec moi. Il n'a pas pris le temps de me connaître. L'humiliation que je subis dans la presse depuis son arrivée... Je n'en peux plus. C'est vraiment dur, beaucoup de choses qui sont dites sont fausses à mon égard. C'est déjà dur d'être coureur professionnel. Là, je n'en peux plus (...) Depuis deux ans, je vis un cauchemar, un enfer. Je ne souhaite à personne, même à mon pire ennemi, de vivre ce que j'ai vécu. Ce n'est pas possible de faire du vélo dans ces conditions. » C'est d'ailleurs ce qui fait dire au coureur qu'avoir réussi à remporter des victoires, notamment ce succès sur la 6eme étape de la dernière Vuelta relève presque du miracle étant donné ce qu'il vit sous les ordres de Vasseur. « Quand je vais en compétition, j'ai la boule au ventre, j'ai le stress, je ne me sens pas bien (...) je suis arrivé au bout du rouleau, je n'y arrive plus. Il y a quelque chose qui bloque en compétition, je me sens mal en fait », avoue le Spinalien, qui en profite pour faire une petite mise au point. « Contrairement à ce que dit Cédric Vasseur, je n'ai jamais demandé à avoir 5 à 6 coureurs à mon service pour emmener mon sprint. J'ai juste besoin de deux coureurs dont mon poisson-pilote. »

Bouhanni : « En course, il a le sourire avec moi, il est tout gentil... »

Une discussion que Bouhanni aurait aimé avoir avec son manager général. Mais de discussion, le sprinteur et Vasseur n'en ont jamais eue, à entendre le premier, qui le déplore fortement. « J'ai essayé de parler, de communiquer, mais il n'y a pas moyen. Lorsqu'on est en course, il a le sourire avec moi, il est tout gentil et lorsque je vois ce qu'il raconte dans les médias sur moi... J'en suis même désolé de devoir m'expliquer dans la presse puisqu'il n'y a aucune communication entre nous. C'est malheureux d'en arriver là. J'aurais aimé clarifié la situation dès le début, comme je l'avais demandé. Il a mon numéro, il a mon adresse, je suis joignable. C'est malheureux d'en arriver à ce point. » Il est pourtant arrivé aux deux hommes par le passé d'échanger quelques mots. Mais très rarement et leur dernière entrevue commence à dater. Bouhanni s'en souvient bien. « J'ai demandé à le voir, on avait eu une conversation en stage quand j'avais été le voir dans sa chambre après son arrivée, pour lui demander pourquoi il me critiquait ouvertement dans la presse. J'ai cherché à comprendre. Il m'a dit qu'il ne fallait pas écouter les médias, qu'ils en rajoutaient des tonnes. » Sur le coup, l'ex-protégé de Marc Madiot n'avait plus su trop qui croire. « Je me suis dit, c'est peut-être vrai, peut-être que les médias cherchent à faire monter la mayonnaise. Mais au fur et à mesure du temps, ça a continué et j'ai compris... »

Bouhanni : « Dur de pratiquer le cyclisme dans ces conditions »

Le grand ami du boxeur Sofiane Takoucht a notamment compris qu'il ne pouvait pas rester plus longtemps chez Cofidis, où Vasseur ne voulait de toute façon plus de lui. « Il y a dix jours, il disait qu'il était prêt à se mettre autour d'une table pour parler de mon futur contrat selon mes résultats de fin de saison et aujourd'hui il dit qu'il a décidé de ne pas prolonger mon contrat, poursuit Bouhanni pour cyclismactu. Sauf que pour renouveler un contrat, il faut être deux et en aucun cas, je n'aurais prolongé dans ces conditions. C'est un enfer, je n'aurais pu continuer pour rien au monde (...) J'ai puisé au maximum dans mon mental mais là je suis arrivé au bout du rouleau », ne cache pas le dernier vainqueur du Grand Prix Marcel Kint, sans chercher très loin les raisons de sa descente aux enfers. « Avant Vasseur, j'ai remporté 29 victoires sur trois ans avec parfois des circonstances défavorables : ma chute aux Championnats de France à Chantonnay, ma disqualification à Hambourg, le Milan-San Remo où je déraille... Mon palmarès, avec un peu de réussite, aurait pu être encore meilleur sur mes trois premières saisons chez Cofidis. Depuis deux ans, avec Cédric Vasseur, c'est six victoires, que j'ai été cherchées au mental. » Et ce dans des conditions presque inimaginables pour un professionnel, si l'on s'en tient à la description de son calvaire : « Je suis dépité de cette situation, c'est dur de pratiquer le cyclisme dans de telles conditions. Beaucoup de personnes, dans mon entourage ou autre, m'écrivent et me disent : "Tu as vu ça ? Tu as vu ce qu'ils disent sur toi ?" Quand je suis sur le vélo, je pense à ça, je pense à toutes les choses fausses qui sont dites sur moi. Je le vis comme une humiliation publique et c'est dur à encaisser. Quand je suis à l'entraînement, j'ai la tête ailleurs, je pense à plein de choses. »

Bouhanni : « Le problème ne vient pas de Cofidis »

Parmi toutes ces choses qui hantent l'esprit de Nacer Bouhanni figure bien évidemment son avenir proche, et l'équipe dans laquelle il pourrait poursuivre sa carrière. A ce propos, il confirme d'ailleurs qu'il pourrait avoir l'embarras du choix. « Oui, certaines personnes m'ont rassuré. On croit toujours en moi pour l'avenir. Des équipes croient en moi (Arkea-Samsic, Movistar, Total Direct Energie et Deceuninck-Quick Step seraient notamment intéressés), le discours que l'on m'a tenu me donne envie pour l'avenir. Je ne peux pas vous dire quelles équipes s'intéressent à moi et avec quels managers d'équipe, j'ai pu parler mais, oui, ces personnes m'ont rassuré. Alors, oui, je suis confiant pour mon avenir et heureusement ! » Mais comme il n'en veut pas à l'équipe Cofidis mais uniquement à Cédric Vasseur, le coureur français le mieux payé du peloton (il touche 1,35 M€ par an, soit plus que Romain Bardet ou Thibaut Pinot) jure qu'il s'attachera avant de partir à apporter d'autres succès à ses couleurs. « Je demande juste à pouvoir faire une fin de saison convenablement et d'essayer de gagner des courses pour Cofidis. Cofidis m'a fait confiance, le problème ne vient pas d'eux (...) Je remercie énormément les personnes de chez Cofidis et de d'autres équipes qui m'ont témoigné leur soutien. » Il sera temps ensuite de tourner la page pour le cycliste de 28 ans, qui se défend d'être « une pleureuse », mais qui estime qu'il ne pouvait pas s'en aller sans que « tout le monde sache ce qu'il se passe réellement et ce qu'il s'est passé avec Cédric Vasseur depuis qu'il est arrivé. » Voilà qui est fait.

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