Championnats de France (H) : Barguil sacré

Championnats de France (H) : Barguil sacré©Media365
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Aurélien CANOT, publié le dimanche 30 juin 2019 à 16h44

Après une saison marquée par de nombreuses chutes, Warren Barguil (Arkea-Samsic) a retrouvé le sourire, ce dimanche à La Haye-Fouassière, lors de la course en ligne des Championnats de France sur route en décrochant à 27 ans son premier sacre de champion de France. Le Breton n'avait plus levé les bras depuis deux ans.

« L'impression qu'il me donne aujourd'hui, c'est qu'il court pour justifier le salaire qu'il a, donc il fait n'importe quoi » Bernard Hinault, très critique récemment envers Warren Barguil, doit se sentir bête aujourd'hui. Sous les yeux du « Blaireau », qui n'a rien dû manquer de la course en ligne de ces Championnats de France sur route de La Haye-Foussière (Loire-Atlantique), le Breton a en effet remporté dimanche son premier titre de champion de France, dix ans après sa victoire chez les juniors (2009). « Je l'avais porté en juniors, mais pas longtemps, je suis fier de porter le maillot tricolore toute une année, cette fois. » A chaud, « Wawa » maudit depuis le début de la saison, a tout de suite eu une pensée pour ses détracteurs, Hinault compris. « Toutes les critiques que j'ai eues de personnes m'ont vraiment touché, ça ne s'efface pas, a même assuré le héros du jour, quelques minutes avant de revêtir la tunique bleu, blanc, rouge et d'écouter résonner la Marseillaise. Je vis le vélo par passion et pas par contrainte d'un métier, c'est le plaisir d'avoir encore un maillot de champion de France, et je vais pouvoir en profiter une année entière cette fois (...) Ce n'est pas facile, on a été beaucoup critiqués, mais des fois, il faut une seule victoire. Et une belle, ça suffit amplement. » Une victoire d'autant plus belle pour Barguil qu'elle intervient après une saison très compliquée pour le coureur de l'équipe Arkea-Samsic, victime d'une grave chute lors de Paris-Nice et de nouveau tombé sur le Tour de Catalogne, avec à chaque fois de longue période d'absence avant de pouvoir remonter sur un vélo. Alors quand l'ancien coureur de l'équipe Sunweb déjà présent dans l'échappée matinale de 37 coureurs a senti le coup jouable dans les derniers hectomètres après que le groupe de tête a rejoint in extremis le dernier attaquant du jour Guillaume Martin, il n'a laissé à personne le soin de passer la ligne en vainqueur.



Deux kilomètres plus tôt, dans la dernier faux-plat, le futur champion de France avait tenté une première fois de griller la politesse à ses camarades d'échappée (Madouas, Simon, Touzé, Tulik, Pacher et Martin). Sous la flamme rouge, son accélération n'avait pas davantage fait la différence. En revanche, « Wawa », pourtant loin d'être connu pour ses qualités de sprinteur, a réussi le finish parfait en choisissant de se placer en dernière position au moment de l'emballage final pour mieux pouvoir répondre au premier qui lancerait le sprint. Une tactique parfaite qui lui a permis de remonter un à un tous les prétendants à la victoire et coiffer sur la gauche de la route tous ses rivaux, et en premier lieu les deux Cofidis de Julien Simon et Damien Touze, qui rêvaient de permettre à leur équipe d'enfin décrocher son premier titre de champion de France. « J'en ai peut-être fait un peu trop, avouait pourtant Barguil après-coup Au début de la course, je m'étais dit que je n'irai pas dans l'échappée, et puis j'ai vu que ça mettait longtemps à sortir et je me suis dit que c'était peut-être une bonne option sur ce circuit que je ne connaissais pas. J'ai fait un changement de vélo. J'ai fait un bon effort dans la bosse, mais après, j'ai un peu coincé. Martin a contré sur le sommet, et ça a failli le faire aussi pour lui. J'ai vu qu'il y avait deux Cofidis, donc je savais qu'il y en avait un qui allait se sacrifier. J'ai attendu le dernier moment, je ne fais pas des watts de fou au sprint (sic), mais c'était un sprint avec la fatigue et je sors un bon sprint de derrière. » Après son excellent Giro, Valentin Madouas s'était peut-être imaginé lui aussi le temps d'un instant en bleu, blanc, rouge, quand son tempo incroyable dans la dernière montée avait eu raison de tous les autres fuyards.


Un numéro qui n'a pas eu le résultats escompté, au même titre que les efforts derrière dans le groupe des poursuivants de Thibaut Pinot, leader de Madouas au sein de l'équipe Groupama-FDJ, n'ont pas payé eux non plus. Pourtant déchaîné et très généreux dans chacun de ses relais, le Franc-Comtois a même fini par se relever en voyant que l'écart avec la tête de ne diminuait pas. Pour la première fois depuis 2015, la formation chère à Marc Madiot ne place donc aucun de ses représentants sur ce podium où tout le monde s'accordera à dire que Barguil fait un merveilleux champion de France. Et que l'histoire est belle pour celui qui avait été l'un des grands héros du Tour de France 2017, dont il avait terminé 10eme à Paris avec le maillot à pois sur les épaules. Cette année-là, tout l'Hexagone avait été contaminé par la « Wawamania ». Un virus qui guette de nouveau le public français, forcément déjà enthousiasmé à l'idée de saluer le passage sur les routes de Barguil en bleu, blanc, rouge. D'autant que le nouveau champion de France présente le profil parfait pour gagner des étapes avec la tunique tricolore sur le dos, lui qui en compte déjà deux à son actif (13eme et 18eme étapes du Tour 2017).

Barguil : « Je préfèrerais que l'on m'apporte des solutions  plutôt que de me casser »



Il n'avait d'ailleurs plus levé les bras en compétition depuis son retentissant succès au sommet de L'Izoard. « J'ai passé un grand moment de solitude pendant deux mois, j'ai travaillé dans l'ombre et maintenant je vais pouvoir profiter de ce maillot sur le Tour de France. Une victoire d'étape en bleu, blanc, rouge, ça serait sympa non ? », prévient déjà Barguil, espérant ainsi tourner définitivement le dos à une saison qui avait tout de l'exercice à oublier avant cette réaction fulgurante de dimanche. Une saison également marquée par les attaques d'Hinault, pourtant breton comme lui, alors que Barguil luttait pour retrouver la compétition au plus vite. « Je ne suis peut-être pas un grand champion, comme ces personnes-là, mais plutôt que de me casser (sic) et de dire que je fais des bêtises, je préférerais que l'on m'apporte des solutions », déplore le successeur d'Anthony Roux au palmarès de ces Championnats de France. En 1978, Hinault avait lui aussi été sacré champion de France. Le seul maillot bleu, blanc, rouge sur route de toute sa carrière. Soit autant désormais qu'un certain Warren Barguil. Beau et grand champion lui aussi.

CHAMPIONNATS DE FRANCE SUR ROUTE
Course en ligne hommes - Dimanche 30 juin 2019
1- Warren Barguil (FRA/Arkea Samsic), en 5h54'36"
2- Julien Simon (FRA/Cofidis), mt
3- Damien Touzé (FRA/Cofidis), mt
4- Angelo Tulik (FRA/Total Direct Energie), mt
5- Valentin Madouas (FRA/Groupama-FDJ), mt
6- Quentin Pacher (FRA/Vital Concept B&B), mt
7- Guillaume Martin (FRA/Wanty-Groupe Gobert), à 2"
8- Cyril Gautier (FRA/Vital Concept-B&B), à 21"
9- Paul Ourselin (FRA/Total Direct Energie), mt
10- Anthony Turgis (FRA/Total Direct Energie), à 1'10"
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