N'Dam n'a qu'un but : détrôner Canelo Alvarez de sa ceinture

N'Dam n'a qu'un but : détrôner Canelo Alvarez de sa ceinture©Media365
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Aurélien CANOT, publié le jeudi 07 mars 2019 à 13h34

Un mois et demi après avoir signé son grand retour sur les rings en dominant le Britannique Murray, ceinture silver WBC à la clé, Hassan N'Dam (34 ans) évoque pour nous son nouveau challenge, avec à l'horizon d'aller de nouveau conquérir la ceinture mondiale, comme vient de le faire Nordine Oubaali à Las Vegas. Le dernier champion du monde français en date avant le sacre du jeune Lensois a longuement répondu à nos questions. Sec partie de cet entretien.

En quête d'une nouvelle ceinture mondiale depuis son accroc face au Japonais Murata il y a deux ans, Hassan N'Dam rêve à 34 ans d'aller conquérir de nouveau la planète boxe, comme l'a fait tout récemment son partenaire d'entraînement et compatriote Nordine Oubaali. En attendant de croiser peut-être prochainement les gants avec le roi de sa catégorie Canelo Alvarez, le dernier champion du monde français en date avant Oubaali a fait un premier pas dans sa quête du graal en s'offrant le Britannique Martin Murray pour son grand retour sur les rings et la ceinture WBC-Silver des moyens, plus d'un an après sa défaite contre Murata. Son nouveau défi, son changement de cap en termes d'entraînement et de préparation et ses ambitions pour cette « seconde carrière » qui s'ouvre à lui, « El Fenomeno » nous explique tout dans cette interview dont voici la seconde partie.

Hassan N'Dam, une défaite contre Murray aurait-elle asséné un réel coup d'arrêt à votre carrière ?
Peut-être pas un coup d'arrêt, mais ça y aurait contribué. Une défaite à ce niveau de compétition et à ce moment de ma carrière, ça m'aurait mis un coup. Je me serais posé la question, je me serais dit : « qu'est-ce qu'on fait ? ». Ça aurait aussi donné raison aux personnes qui m'ont déjà enterré, car il faut savoir que pour certaines personnes, après ma défaite contre Morata, je suis déjà en retraite. Heureusement, j'ai cette capacité de ne pas écouter les gens et de me fier à moi et à comment je me sens, car c'est moi qui suis sur le ring et qui me lève le matin pour aller à l'entraînement. Quand je sentirais qu'il n'y a plus d'envie et que je n'ai plus les capacités, j'arrêterai. Je n'attendrai pas que l'on me demande d'arrêter, parce que c'est moi qui monte sur le ring et qui prend les coups. J'ai su répondre sur le ring contre Murray à toutes ces personnes qui m'ont déjà enterré.

Revenons à cette défaite contre Murata. Beaucoup de gens en ont avancé les raisons pour vous, qui ne vous étiez pas vraiment épanché sur le sujet. C'est donc le moment...
J'avais mentionné ces raisons, mais juste après mon combat uniquement. Mais il faut savoir que j'avais eu la pire préparation qui soit à l'époque. Je pars avec une entorse à la cheville, que je cache bien entendu à mon entourage et à mon entraîneur, qui était à l'époque Pedro Diaz. Je cours avec sans me laisser la possibilité de guérir. Ensuite, l'ouragan Irma nous oblige à partir de Miami pour aller à Chicago. Je reviens à Miami après l'ouragan, mais je perds encore deux semaines d'entraînement, car il n'y a pas de gymnase. C'est dans ces conditions que l'on était partis pour l'Allemagne, à trois semaines du combat. J'ai fait deux semaines de sparring et je suis parti au Japon. J'étais déjà très fatigué avec le décalage horaire, et j'avais dû faire en plus un régime de dix kilos pour pouvoir faire le combat. Un régime sans pâtes, sans sucre. Résultat : le jour du combat, j'ai fait une hypoglycémie pendant le deuxième round. Pourtant, je me sentais vraiment bien dans le vestiaire, mais au deuxième round, plus de force, plus rien. Après ce coup de barre, j'ai espéré que c'était juste passager, mais ça a continué. Et au septième round, j'ai eu la lucidité de me dire que j'avais une grande carrière qui arrive derrière et qu'il faut que j'arrête plutôt que de continuer à prendre des coups pour le même résultat : perdre ce combat. Donc j'ai préféré arrêter plutôt que de prendre encore un certain nombre de coups qui auraient pu porter atteinte à ma carrière.

Il aurait fallu un miracle pour que vous vous en sortiez...
Oui, un miracle, c'est le mot. Quand je revois les images, je vois que je me battais contre moi-même, même pas l'ombre de moi-même. Je suis quand même arrivé à un moment à retourner la tendance, mais après, je n'avais plus rien dans les bras. A partir du moment où j'ai pris trois directs du gauche de suite sans réagir alors que je les voyais venir, j'ai décidé d'arrêter. Je ne regretterai jamais ma décision. Elle était très difficile à prendre, mais était très sage en même temps. Je m'en félicite même, car aucun boxeur ne l'aurait fait. C'est l'arbitre qui l'aurait fait pour eux.

Contre Murray en décembre dernier, avez-vous rendu la copie que vous souhaitiez ?
Oui, c'est le combat que je voulais mener. Quand j'ai reçu la proposition de le combattre, j'ai tout de suite accepté et on s'est mis tout de suite dans notre stratégie, et elle a été payante. Tout s'est passé exactement comme on le voulait. J'étais très fier et satisfait du combat que j'ai mené. J'ai su être intelligent et patient. L'âge et l'expérience ont beaucoup joué, et la stratégie mise en place par mon entraîneur a bien marché. Du premier au dernier round, je n'ai jamais douté. D'ailleurs, j'ai une anecdote qui me revient, au huitième round quand je suis revenu dans mon coin. Mon entraîneur m'a demandé à combien on en était - on a un code lui et moi de zéro à dix pour qu'il sache comment je me sens physiquement - et je lui ai répondu neuf. Il m'a dit « On est bien ». Je lui ai dit que j'étais prêt à faire quinze rounds, il m'a répondu que l'on en ferait douze, et on s'est mis à rigoler. J'étais tellement bien préparé physiquement, mentalement et techniquement que le combat a été facile. Martin Murray, c'est un très bon boxeur. Les gens minimisent ma victoire par rapport à la manière dont je l'ai battu, mais il ne faut pas.

Pour un retour sur les rings, vous auriez pu voir moins grand qu'un combat contre Murray. Pourquoi cette décision ?
Parce que je n'ai plus vingt ans (rires). A mon âge, je n'ai plus de temps à perdre, donc il fallait tout de suite taper dans le lourd. Après quatorze mois d'arrêt, j'aurais pu choisir la facilité, prendre un boxeur pour un combat de rentrée, mais ça m'aurait mené à quoi ? A rien, si ce n'est un classement de quinzième dans une Fédération, et je ne sais pas combien de temps j'aurais dû attendre pour en être où je suis aujourd'hui. Il fallait prendre le risque. C'est ce que je me suis dit : « allons frapper le numéro 2 », car il était numéro de la catégorie WBC, « et devenons quelqu'un ». Ou, si ça ne marche pas, reprenons à zéro. Et ça a plutôt bien marché.

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Qu'est-ce qui fait aujourd'hui que vous êtes probablement plus fort que vous ne l'ayez jamais été ?
C'est la première fois de ma carrière que je bénéficie d'une préparation aussi exemplaire. Avec Ambitious Expertise, à Monaco, j'ai tout ce que nous, boxeurs, sommes habituellement obligés d'aller chercher à côté : kiné, préparateur physique, médecin, préparateur mental, ostéo... J'avais tout sur place. J'avais même quelqu'un qui s'occupait de mes problèmes personnels et de mes courriers, donc je n'avais qu'à penser à la boxe. C'est magnifique de n'avoir à s'occuper de rien et de pouvoir tout mettre de côté pour se focaliser sur sa préparation. Tout était mis en place pour que je réussisse et que je gagne ce combat. D'ailleurs, je n'ai pas seulement eu ma meilleure préparation, j'ai aussi livré le meilleur combat de ma carrière.

Vous avez aussi changé complètement d'orientation en janvier 2018, en décidant de changer d'entraîneur pour travailler dorénavant avec Jean-Marc Toesca ?
Il a eu un discours qui me plaisait. Quand je l'ai rencontré, il m'a dit que personne ne pouvait m'apprendre la boxe, et, donc, qu'il ne m'apprendrait pas la boxe, mais m'apprendre ce qu'était un combat et une stratégie de combat, et m'apporter tout ce qu'il est possible d'apporter mentalement. J'ai été flatté d'entendre ça et j'ai voulu aller voir plus loin et voir ce qu'il allait me proposer. Au fil des mois, je me suis dit que ça matchait avec ce que je voulais. Avec Jean-Marc, on est en interaction permanente, on se parle. On a une complicité de père et fils et de confident qui est très intéressante, car en plus d'être mon entraîneur, il joue un gros rôle mental auprès de moi. De mon côté, je lui dis tout ce qu'il se passe dans ma vie privée, ce qui lui permet de savoir comment me canaliser dans mes émotions ou mes craintes. Beaucoup de choses se passent aujourd'hui avec lui, et c'est très important pour la suite de ma carrière.

Peut-on parler de deuxième carrière qui s'ouvre à vous ?
Oui, c'est vrai. C'est un nouvel élan et peut-être le début d'une nouvelle aventure, mais une grande aventure cette fois-ci. Car là, on est dans la lignée des grands, sur le terrain des grands, et ça me donne peut-être des jambes de vingt ans.

Il le faudra car le but, c'est de combattre contre Canelo Alvarez, vous confirmez ?
Oui, c'est le but. Aujourd'hui, c'est le plus grand. Il a battu Golovkin que je trouvais plus grand. Je suis dans une optique où affronter Canelo Alvarez ne m'apporter rien de négatif, que du positif. C'est un sacré challenge, j'espère que j'aurai cette chance et si possible cette année. En attendant, je continue à travailler et à me donner les moyens d'aller plus haut et d'être plus fort. Si je fais des résultats, il sera bien obligé de me rencontrer, car je serai son challenger mondial WBC. Pour moi, c'est l'objectif suprême. Mais j'ai envie de brandir cette ceinture. L'objectif, ce ne sera pas seulement de le rencontrer, mais de le battre. Je vois très grand, je le sais, mais on va essayer de s'en donner les moyens.

D'autant que tout laisse penser que vous avez le profil qui convient le moins à un boxeur comme Canelo Alvarez. Est-ce aussi votre avis ?
Bien entendu. Déjà en 2010, quand je devais rencontrer Golovkin, j'étais persuadé d'avoir la boxe pour le battre. Aujourd'hui, je continue de penser la même chose. J'ai la boxe pour battre Golovkin mais aussi Canelo, sachant que Canelo, c'est quand même un cran au-dessus.

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Avez-vous été surpris qu'Alvarez batte Golovkin ?
Non, pas du tout. C'était deux monstres qui s'affrontaient, mais cela ne m'a pas surpris que Canelo gagne.
A votre tour, n'en déplaise à ceux qui vous ont déjà enterré, vous deviendrez un monstre si vous prenez la ceinture de Canelo Alvarez...
Oui, je suis le troisième monstre (rires), et je serai peut-être le monstre suprême. Comme on dit au Cameroun, les gros poissons ne traînent pas avec les petits.

Quand peut-on s'attendre à vous revoir sur les rings ?
Je suis en convalescence, car je me suis fait une entorse au genou droit au quatrième round contre Murray. Je suis tombé, les gens ont cru que j'étais allé au tapis, mais en fait j'ai fait une esquive, j'ai glissé et mon genou droit s'est décalé. Pendant douze rounds, j'ai boxé sans rien montrer. Même mon entraîneur n'était pas au courant. Je souffrais beaucoup, rien qu'à poser ma jambe arrière, c'était une horreur, j'avais des hauts-le-cœur, mais je suis passé au-dessus de tout ça. J'ai repoussé les propositions de défendre mon titre au mois de mars. Ce sont peut-être des combats de préparation mais j'ai quelque chose à défendre derrière. Je ferai une ou deux défenses, mais je suis proche du sacre mondial.

Comment va votre genou aujourd'hui ?
Après six semaines de repos passées avec une béquille et des attelles et sans utiliser mon genou droit, je me sens bien physiquement. J'ai repris l'entraînement tout doucement, j'ai refusé un combat le 8 mars, je préfère me donner le temps de revenir, de me préparer et de décaler mes prochaines échéances en mai ou en juin. Pour le moment, je ne connais pas mon futur adversaire, je ne connais pas non plus la date de mon prochain combat, mais je veux me laisser le temps de revenir tout doucement. Après la performance que j'ai faite, les gens attendent beaucoup de moi. Je tiens à ce que ma prochaine performance soit au moins égale à leurs attentes.

Imaginez : nous sommes à Las Vegas et vous décrochez la ceinture de champion du Monde, comme vient de l'être Nordine Oubaali...
Ce serait un rêve énorme. Beaucoup de Français rêvent de suivre ses pas, moi le premier. C'est motivant de se dire que ce n'est pas impossible.

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