N'Dam : " La victoire d'Oubaali, ça donne envie ! " (partie 1)

N'Dam : " La victoire d'Oubaali, ça donne envie ! " (partie 1)©Media365

Aurélien CANOT, publié le mardi 19 février 2019 à 12h17

Un mois et demi après avoir signé son grand retour sur les rings en dominant le Britannique Murray, ceinture silver WBC à la clé, Hassan N'Dam (34 ans) évoque pour nous son nouveau challenge, avec à l'horizon d'aller de nouveau conquérir la ceinture mondiale, comme vient de le faire Nordine Oubaali à Las Vegas. Le dernier champion du monde français en date avant le sacre du jeune Lensois a longuement répondu à nos questions. Première partie de cet entretien.

En quête d'une nouvelle ceinture mondiale depuis son accroc face au Japonais Murata il y a deux ans, Hassan N'Dam rêve à 34 ans d'aller conquérir de nouveau la planète boxe, comme l'a fait tout récemment son partenaire d'entraînement et compatriote Nordine Oubaali. En attendant de croiser peut-être prochainement les gants avec le roi de sa catégorie Canelo Alvarez, le dernier champion du monde français en date avant Oubaali a fait un premier pas dans sa quête du Graal en s'offrant le Britannique Martin Murray pour son grand retour sur les rings et la ceinture WBC-Silver des moyens, plus d'un an après sa défaite contre Murata. Son nouveau défi, son changement de cap en termes d'entraînement et de préparation et ses ambitions pour cette « seconde carrière » qui s'ouvre à lui, « El Fenomeno » nous explique tout dans cette interview dont voici la première partie.

Que représente à vos yeux cette ceinture mondiale WBC décrochée par Nordine Oubaali, boxeur français, au MGC de Las Vegas dans la Mecque de la boxe ?
Pour moi, en tant que Français, c'est déjà une fierté de voir un boxeur de mon pays aller décrocher une ceinture à Las Vegas devant un Américain. C'est une belle performance qu'il a accomplie là, et qui donne de la rage à beaucoup de boxeurs français. C'est pour ça que j'espère que cette ceinture va entraîneur beaucoup de ceintures mondiales pour des boxeurs français.

Le sentiez-vous capable de pareil exploit ?
Oui, je le sentais capable. Je connais le boxeur, je le soutiens, on s'entraîne souvent ensemble à Levallois. Même sans le voir, on sentait qu'il avait cette rage de prendre cette ceinture. Connaissant ses qualités pugilistiques, je savais que s'il y ajoutait la rage et le travail, il ne pourrait qu'y arriver. Je croyais en lui. Il a eu beaucoup de patience après le vol qu'il a subi aux Jeux Olympiques. Il a continué à travailler, il n'a jamais baissé les bras et c'est payant.

Sur le combat en lui-même, avez-vous vu un boxeur qui s'est imposé en deux temps en tenant mieux la distance que son adversaire ?
Oui, avec six premières reprises complètement différentes des six dernières. Il a fallu trouver ses marques. Au début, son adversaire a essayé de gérer à distance, même sans frapper ni le toucher, et Oubaali pensait plus à se défendre qu'à marquer des points ou à bien frapper, parce qu'il savait qui il avait en face de lui. Mais à partir de la seconde moitié du combat, il avait trouvé ses marques, il savait comment se placer et riposter tout de suite après son travail. Warren a failli parti au tapis plusieurs fois, Oubaali a marqué beaucoup plus de points. La victoire s'est jouée dans la seconde partie du combat. Elle est logique et largement méritée. Sur douze rounds, j'en donne huit à Oubaali.

Nordine Oubaali est-il devenu officiellement avec cette ceinture mondiale la relève de la boxe en France ?
Il est champion du monde, donc bien sûr. On a vu passer du monde, mais aujourd'hui on parle d'Oubaali, car c'est le seul champion du monde français à l'heure actuelle.

N'Dam : « Yoka a encore du chemin »

Quelles sont les qualités qui ont propulsé Nordine Oubaali sur le toit du Monde, à vos yeux ?
Nordine est un boxeur de classe mondiale, super calme, super propre dans sa boxe, avec beaucoup d'enchaînements. C'est un gros travailleur. Il est sérieux au travail, comme respectueux dans la vie. J'adore l'homme, et le boxeur, lui, excelle dans tous les secteurs, qu'ils soient physiques, techniques. Techniquement, c'est beau à voir et physiquement, il est toujours prêt pour relever les challenges qui se présentent à lui. Il l'a montré, l'a prouvé. Il est parfait.

Que doit-on lui souhaiter désormais, sachant qu'il détient la plus prestigieuse des ceintures de champion du monde ?
Quand on est champion du monde - je l'ai été plusieurs fois - on a toujours envie d'aller plus haut. J'espère que c'est le cas pour lui aussi. Qu'il aura envie de défendre plusieurs fois sa ceinture et, pourquoi pas, de devenir super champion et d'unifier les titres. C'est tout ce que l'on peut lui souhaiter. Et aussi la meilleure chose qui puisse lui arriver.

En voyant Nordine Oubaali soulever la ceinture, des souvenirs pas si lointains que cela ont dû vous revenir à l'esprit ?
Oui, ça m'a fait plaisir de le voir soulever la ceinture mondiale, parce que ce sont des moments que j'ai vécus. Depuis que j'ai été champion du monde en 2010, la France attendait un réel champion du monde. Je suis parti, j'ai perdu mes titres, je les ai repris, et aujourd'hui, on a un autre champion du monde. Dans un pays, c'est toujours bien d'avoir deux ou trois champions du monde de catégorie différente. On a de bons boxeurs en France. Pourtant, on néglige souvent les Français, justement parce que l'on n'a pas ces titres.

La boxe française ne se porte donc pas si mal que l'on voudrait le faire croire ?
Oui, elle se porte pas mal. On a des champions d'Europe, des demi-finalistes mondiaux, et beaucoup de bons boxeurs en devenir. On ne devrait pas négliger les boxeurs français au niveau mondial, car la boxe française a de l'avenir. Tout le monde parle de Yoka aujourd'hui, parce qu'il a été champion olympique et sa femme aussi. C'est très bien, mais on a d'autres boxeurs professionnels qui sont déjà très avancés et sont déjà au niveau mondial. J'espère que Yoka arrivera assez rapidement à ce niveau-là. Pour l'instant, Yoka est au début d'une carrière professionnelle. On ne parle même pas encore de titre de champion de France. Et avant de penser à être champion du Monde, il faut d'abord être champion d'Europe, donc il y a encore du chemin.

N'Dam : « La défaite contre Murata est digérée et avalée »

Le sacre de Nordine Oubaali doit vous donner envie d'aller reprendre la ceinture mondiale ?
La ceinture WBC, c'est la plus prestigieuse. C'est celle que l'on rêve tous un jour d'avoir dans notre vie. Aujourd'hui, je travaille pour ça. J'ai travaillé pour devenir champion du Monde WBA et WBO et, aujourd'hui, oui, j'ai envie de devenir champion du Monde WBC. Je viens de prendre la ceinture WBC-silver, qui me place en numéro 3 de cette catégorie prestigieuse. Je continue à croire et à travailler. Il y a des gens qui croient en moi et qui mettent les moyens pour que je puisse atteindre cet objectif. C'est sûr qu'une victoire comme celle d'Oubaali, ça donne envie, ça galvanise. Quand on est devant son écran et que l'on voit les couleurs de la France levées aussi haut, ça donne envie d'être le prochain sur le ring et de pouvoir porter aussi cette ceinture WBC autour de la taille et de faire la fierté des Français. Quand on voit ça, on ne se force même pas pour aller à l'entraînement. On sait pourquoi on y va.

Surtout que vous, pour l'avoir déjà vécu, vous savez ce qu'il y a au bout...
Oui, c'est ça le plus dur. C'est d'avoir connu le haut niveau et les ceintures mondiales. Quand on a été champion du monde, on a à prouver que l'on peut encore l'être et qu'on ne l'a pas été par hasard. Le défi, c'est ça, c'est d'avoir toujours quelque chose à prouver.

Avec le temps, êtes-vous parvenu à digérer cette défaite contre Murata ?
Oui, elle est digérée, avalée et oubliée. Avant de pouvoir passer un cap, il fallait la digérer, et c'est le cas aujourd'hui.

D'autant que vous ne pouviez pas espérer mieux pour votre grand retour sur les rings que cette victoire face à Murray, avec à la clé la ceinture WBC-silver ?
Après quatorze mois d'arrêt, c'est sûr que l'on a envie de revenir sur quelque chose de positif. On voulait revenir sur un combat de rentrée, et on ne pouvait pas rêver mieux que de se voir proposer une (ceinture) WBC-silver, que j'ai su décrocher avec la manière. Je ne pouvais pas rêver mieux.

Cette ceinture est-elle la première étape vers une nouvelle chance mondiale ?
Oui, c'est comme une demi-finale mondiale et ça vous place forcément pour avoir la ceinture gold. Ça fait partie de nos objectifs dans les mois à venir, et pourquoi pas cette année.

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