F1 - Grosjean : "J'ai vu la mort arriver"

F1 - Grosjean : "J'ai vu la mort arriver"©Media365

Aurélien CANOT, Media365, publié le mardi 01 décembre 2020 à 15h18

Interrogé depuis sa chambre d'hôpital, ce mardi midi dans le cadre du Journal de 13h00 de TF1, Romain Grosjean est revenu pour la première fois sur son terrible accident de dimanche.


Des « mains de Mickey » mais surtout le bonheur d'être toujours en vie. « Je ne sais pas si le mot miracle existe, ou si on peut l'utiliser, mais en tout cas, ce n'était pas mon heure. » Deux jours après le terrible accident qui aurait pu lui coûter la vie, dimanche dernier dans le premier tour du Grand Prix de Bahreïn, Romain Grosjean est revenu pour la première fois sur les circonstances du crash, ce mardi midi lors du journal de 13h00 de TF1, presque étonné d'être encore là pour répondre aux questions du journaliste de la chaîne, de surcroît avec uniquement le dessus des mains brûlés. « Ca va, même très bien vu l'accident et les circonstances. J'ai des mains de Mickey, mais sinon, ça va. Les mouvements vont bien, donc c'est le principal. Ce n'est pas plaisant, mais ce n'est pas douloureux, donc je ne me plains pas. » Mille pensée ont traversé l'esprit de Grosjean, revenu ensuite sur les faits en eux-mêmes, et ces très longues secondes passées dans sa voiture en flamme, qu'il a vécues comme une éternité. « Ca m'a paru plus longtemps que 28 secondes. J'ai pensé à beaucoup de choses. Notamment à Nikki Lauda, en me disant : ce n'est pas possible, je ne peux pas finir comme ça, je ne peux pas finir mon histoire en Formule 1 comme ça. »

Grosjean : "Mes mains étaient en train de brûler"



Mais le pilote français avait surtout en tête de parvenir à se sortir de cette situation qui semblait scellée. Père de trois enfants, il assure qu'il n'a pas eu de mal à trouver la force pour réussir ce qui semblait impossible. « Pour mes enfants, j'ai dit : il faut que je sorte. Je n'ai pas perdu connaissance. Pour m'extraire du baquet, j'ai pu retirer ma ceinture, le volant n'était plus là, probablement envolé lors du choc. Je vois ma visière qui devient toute orange, je vois les flammes sur le côté gauche de la voiture. J'ai tenté trois fois de m'extraire du baquet. J'ai mis mes mains dans le feu, dont j'ai clairement senti que mes mains étaient en train de brûler sur le châssis. Je suis sorti et j'ai senti quelqu'un qui me tirait sur la combinaison, donc j'ai compris que j'étais dehors. » Dehors et sain et sauf, pour le plus grand plaisir de ses enfants, qui ont chacun vécu cet accident différemment, comme l'a expliqué Grosjean. « Monfils de 5 ans Simon est sûr que j'ai des pouvoirs magiques, que j'ai un bouclier d'amour magique. Parce que j'ai trois enfants, et il a dit que c'est ça qui m'avait protégé et que j'avais su voler en dehors de la voiture. Ce sont des mots très forts des enfants. Le grand Sacha de 7 ans est plus dans le rationnel. Il essaye de comprendre. Et ma petite dernière, elle m'a fait un dessin, pour les bobos de Papa sur les mains. » Des bobos qui se seraient avéré motels si sa monoplace n'avait pas été équipée du halo, ce fameux arceau de sécurité autour de la voiture imaginé il y a trois ans après le décès en course de Jules Bianchi, grand ami de Grosjean.

Grosjean : « Remonter dans la voiture à Abu Dhabi »

Et dire que ce dernier avait toujours eu le halo en horreur avant que celui-ci ne lui permette de rester en vie, dimanche. « Sans le halo, je ne serais plus là. Je pense que Jules n'avait pas envie de moi là-haut », analyse froidement le pilote Haas, conscient d'être passé tout près de la mort. Surtout lorsqu'il revoit les images. « Il va y avoir un travail psychologique à faire, parce que j'ai vraiment vu la mort arriver. Et après, je pense que même à Hollywood, on n'est pas capable de faire ça. C'est le plus gros crash que j'ai vu de ma vie, avec la voiture qui prend feu, qui explose et la batterie qui a pris feu aussi, ça a rajouté énormément d'énergie dans l'impact. » Mais j'ai eu plus peur pour les proches (que pour moi), bien évidemment mes enfants, qui sont ma principal source de fierté et d'énergie, que pour moi, finalement », assure le natif de Genève, paradoxalement pressé de remonter dans sa monoplace alors qu'il ne reste plus que deux Grands Prix et qu'il dispute probablement son ultime saison en F1. « Il y a un sentiment d'être heureux d'être en vie, de voir les choses différemment et le besoin aussi de remonter dans la voiture, si possible à Abu Dhabi, pour voir où j'en suis, pour continuer à piloter et ne pas finir mon histoire en Formule 1 de cette manière. Le Romain Grosjean d'avant n'aurait jamais dit ça mais, si je fais Abu Dhabi, je serai heureux même si je termine 20eme (rires). » Heureux, le père de famille le sera de toute façon.

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