F1 - GP d'Italie : La course en questions

F1 - GP d'Italie : La course en questions©Panoramic, Media365

Mathieu WARNIER, publié le lundi 07 septembre 2020 à 15h30

Retour en questions sur le Grand Prix d'Italie, remporté ce dimanche à Monza par Pierre Gasly devant Carlos Sainz Jr et Lance Stroll.


Avec sa victoire, Gasly peut-il ambitionner un retour chez Red Bull Racing ?

OUI, MAIS... Il y a un peu plus d'un an, en manque de résultat et de confiance au sein d'une écurie Red Bull Racing qui mise tout sur Max Verstappen, Pierre Gasly a été rétrogradé chez Toro Rosso, désormais appelée AlphaTauri. Maintenant qu'il est devenu le 109eme pilote et le 13eme Français à remporter un Grand Prix de Formule 1, la question d'une nouvelle promotion au sein de la filière Red Bull peut se poser en vue de la saison 2021. En effet, dans le même temps, Alexander Albon n'a pas crevé l'écran, même s'il a sans doute manqué de près une victoire qui lui tendait les bras en Autriche cette année. Si, après le Grand Prix, Pierre Gasly n'a pas caché que ses performances devaient être récompensées, le pilote français a-t-il vraiment envie de quitter une écurie qui fait bloc autour de lui, qui est presque une famille pour lui, pour en rejoindre une autre où il ne sera qu'un faire-valoir, où sa monoplace ne sera rien d'autre qu'un laboratoire au soutien d'un seul et unique leader, où il ne sera pas écouté, même s'il s'avère qu'il a raison en fin de compte ? La seule chose qui est certaine, c'est que Pierre Gasly a fait taire beaucoup de monde ce dimanche à Monza, mais également rendu encore plus de monde heureux dans le paddock et au-delà !

La pénalité infligée à Lewis Hamilton (et Antonio Giovinazzi) est-elle justifiée ?

OUI. En Formule 1, depuis le milieu des années 1990 et le décès en course d'Ayrton Senna, la sécurité est au cœur de toutes les préoccupations. C'est ce qui a poussé la direction de course, par mesure de précaution, à fermer la ligne droite des stands afin de faciliter l'intervention des commissaires de piste, qui ont pu pousser la monoplace de Kevin Magnussen loin du bord de piste. Une fermeture de la ligne des stands matérialisée par des panneaux, certes difficiles à voir. Malgré cela, tant Lewis Hamilton qu'Antonio Giovinazzi ont fait un arrêt au stand à cette même période. Dans une telle situation, le règlement sportif de la F1 (articles 28.14 et 38.3 d) est très clair. Tout pilote qui entre dans une ligne des stands fermée doit recevoir une pénalité de dix secondes d'arrêt dans la ligne des stands, un « stop & go », qui est la plus lourde sanction possible hormis la disqualification. Dans cette situation, et c'est assez rare pour être signalé, les commissaires de la FIA ont fait preuve de constance dans leur prise de décision, imposant la même pénalité aux deux pilotes pris en faute. Une erreur tant du pilote, qui n'a pas vu les panneaux, que de l'écurie, qui n'a pas prévenu son pilote de la fermeture de la ligne des stands, qui a privé Lewis Hamilton d'une victoire qui lui tendait les bras.

Est-ce normal de pouvoir changer de pneus sous drapeau rouge ?

LE REGLEMENT L'AUTORISE MALHEUREUSEMENT... Si Lance Stroll a terminé sur le podium, il le doit grandement à l'article 41.4 b du règlement sportif de la F1 qui permet, entre autres, de changer de pneumatiques durant une interruption de course par le drapeau rouge. Au moment de l'intervention de la voiture de sécurité et une fois que la ligne des stands a pu être ouverte, le Canadien a été un des seuls pilotes, avec Lewis Hamilton, Antonio Giovinazzi (qui s'étaient arrêtés quand la ligne des stands était fermée), Pierre Gasly et Charles Leclerc (qui s'étaient arrêtés avant la neutralisation de la course), à ne pas passer par les stands à ce moment-là, remontant immédiatement dans la hiérarchie. Un choix étrange qui s'est finalement avéré payant pour le fils de Lawrence Stroll car, avec cet « arrêt gratuit », il a pu s'installer en deuxième place sur la grille de départ au moment de la relance de la course et, malgré un démarrage plus que chaotique, aller chercher la troisième place, son deuxième podium en F1 après le Grand Prix d'Azerbaïdjan en 2018, qui était la dernière course à avoir été interrompue par le drapeau rouge. Cette règle n'a pas manqué d'être critiquée à l'issue de la course, sans doute à raison, et notamment par Lando Norris, qui n'a pas hésité à la qualifier de « stupide », ajoutant même que Lance Stroll ne méritait pas son podium pour, en partie, cette raison.

Comme Ocon l'a laissé entendre, est-ce une occasion manquée pour Renault ?

CLAIREMENT. A la radio, avant de se faire recadrer par Cyril Abiteboul, Esteban Ocon a laissé exprimer sa frustration après avoir fini ce Grand Prix d'Italie à la huitième place, deux positions derrière son coéquipier Daniel Ricciardo. S'il a ensuite fait amende honorable, le pilote français n'a sans doute pas tort. Avec le niveau de performance vu à Spa-Francorchamps le week-end précédent, l'écurie française pouvait aborder Monza, aux caractéristiques similaires, avec des ambitions élevées. Mais, tant lors de la séance de qualifications que de la course, Renault a été en difficulté et même devancée par McLaren, son seul client pour la motorisation. A l'aise en Belgique avec une configuration à faible appui aérodynamique, l'écurie de la marque au losange n'a pas retrouvé ce rythme qui avait permis à Daniel Ricciardo de signer le meilleur tour en course le dimanche précédent et qui permettait le rêve d'un premier podium depuis le retour de Renault en tant que constructeur de plein exercice. Ce Grand Prix d'Italie était une occasion en or... Mais c'était le jour d'un pilote français, pas d'une écurie française.

La nouvelle réglementation sur les modes moteur en course a-t-elle pénalisé Mercedes ?

OUI. Depuis ce Grand Prix d'Italie, la FIA a décidé d'étendre le régime de parc fermé aux modes de fonctionnement du moteur thermique installé dans les monoplaces. En clair, les pilotes ne peuvent plus jouer avec le niveau de performance de leur moteur tant durant les qualifications (le fameux « party mode ») et la course, où réduire la puissance permet une meilleure fiabilité. Si, dans l'exercice des qualifications, Mercedes a continué de dominer copieusement la concurrence, Carlos Sainz Jr étant relégué à huit dixièmes de seconde, la donne a clairement changé en course. Si, en tête de la course, Lewis Hamilton a pu creuser tranquillement l'écart, un départ manqué à englué Valtteri Bottas dans le trafic et le Finlandais n'a pas caché à la radio que le mode moteur qui était le sien ne lui permettait pas de doubler la Renault de Daniel Ricciardo avant le passage par les stands consécutif à l'intervention de la voiture de sécurité. Reparti en queue de peloton après sa pénalité, Lewis Hamilton a également confirmé avoir eu du mal à doubler pour remonter jusqu'au septième rang, devant attendre les cinq derniers tours pour finalement entrer dans la zone des points. On peut ainsi dire qu'en partie, la FIA a atteint son objectif, qui est de mettre en difficulté Mercedes afin de niveler les valeurs par le bas.

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