F1 - GP d'Espagne : La course en questions

F1 - GP d'Espagne : La course en questions©Panoramic, Media365

Mathieu WARNIER, publié le lundi 17 août 2020 à 17h20

Retour en questions sur le Grand Prix d'Espagne, remporté ce dimanche par Lewis Hamilton devant Max Verstappen et Valtteri Bottas.


Barcelone est-il un bon circuit de course ?

MALHEUREUSEMENT NON. S'il est à n'en pas douter un bon circuit pour tester et mettre au point les monoplaces, le Circuit de Barcelone-Catalogne est trop souvent synonyme de procession, comme ce dimanche. Alors qu'il devait quitter le calendrier de la F1 à l'issue de la saison 2019, le tracé catalan a eu droit à une rallonge dans un calendrier 2020 sans dessus-dessous. Mais, plus les années passent, plus les caractéristiques du tracé et des monoplaces de Formule 1 font qu'il est quasiment impossible de doubler mis à part au départ sur ce tracé technique, composé de virages à moyenne ou haute vitesse, et d'un faible nombre de zones de freinage. En conséquence, le Grand Prix d'Espagne est trop souvent avare en spectacle, en gestes de bravoure qui doivent faire le sel des Grands Prix de F1. Sans le DRS, Valtteri Bottas serait sans doute resté dans l'échappement de la Racing Point de Lance Stroll jusqu'à son premier passage par les stands. Si les monoplaces 2022 peuvent donner un semblant d'espoir de permettre aux monoplaces de mieux se battre en piste, la question du maintien de Barcelone au calendrier si la F1 veut rester en Espagne doit se poser, surtout que le Circuit Angel-Nieto de Jérez de la Frontera ainsi que le Motorland Aragon ont la certification Grade 1 de la FIA, nécessaire pour accueillir un Grand Prix de F1.

Mercedes a-t-elle redressé la barre par rapport à Silverstone ?

OUI, MAIS A QUEL PRIX. Les deux courses à Silverstone ont démontré que, quand les températures montent, la Mercedes W11 a d'énormes problèmes pour gérer celles de ses pneus. La conséquence a été un phénomène de cloquage, souvent nommé par son nom anglais « blistering », où des bulles se forment dans la gomme qui, après être remontées à la surface du pneu, provoquent une dégradation de l'intégrité de la structure. Pour contrecarrer ce problème une semaine après la deuxième course en Grande-Bretagne, Mercedes a décidé d'employer les grands moyens. Lewis Hamilton a tout simplement effectué l'essentiel de son premier relais en pneus tendres, à un rythme bien en-deçà de ce dont il était capable à ce moment de la course. Une stratégie qui s'était avérée payante pour Ferrari lors du Grand Prix de Singapour la saison passée. De plus, ralentir le rythme a permis de garder à proximité Max Verstappen qui, piégé dans les perturbations aérodynamiques, a usé plus rapidement ses gommes et a dû adopter le même rythme que Lewis Hamilton. Une stratégie qui n'a pas aidé à améliorer le spectacle mais qui était une nécessité pour les Flèches d'Argent.

Verstappen avait-il le rythme pour combattre les Mercedes ?

VISIBLEMENT PAS. Si, à Silverstone, Max Verstappen a su piéger Lewis Hamilton et Valtteri Bottas pour aller chercher sa première victoire de la saison lors du Grand Prix du 70eme anniversaire, le Néerlandais n'avait pas les armes pour rééditer une telle performance à Barcelone dans des conditions similaires et sur un tracé tout aussi exigeant pour les pneus. Dès que Lewis Hamilton est sorti de sa léthargie volontaire du début de course, passant sous les 1'24'' au tour à compter de la dixième boucle, l'écart a pris une plus grande proportion. Max Verstappen, sur une séquence de dix tours, a concédé entre trois et sept dixièmes de seconde par tour à la Mercedes. La seule crainte a été le tour de sortie des stands du Néerlandais, dont la rapidité a forcé l'écurie de Brackley à réagir immédiatement et faire rentrer Lewis Hamilton pour son premier changement de pneus. Dès lors, la Mercedes est devenue inatteignable et la deuxième place était le meilleur résultat possible pour Max Verstappen, qui n'a pas caché son agacement vis-à-vis de son stand qui était trop focalisé à ses yeux sur la course de Lewis Hamilton. Autrement dit, Mercedes a trouvé une solution à ses problèmes de gestion de pneus et, dans ces conditions, battre les Flèches d'Argent n'était pas envisageable.

Est-ce que partir en pneus tendres était la bonne stratégie à adopter ?

OUI. Si, à Silverstone, il a été assez commun de voir les pilotes opter pour la gomme medium pour le départ de la course, sauf Max Verstappen lors du Grand Prix du 70eme anniversaire avec son choix osé des pneus durs en Q2, Barcelone n'a pas donné le même schéma sur le plan stratégique. Face à une course qui ne pouvait pas être bouclée avec un seul arrêt, seuls Sergio Pérez, Sebastian Vettel et les deux pilotes Renault y sont parvenus mais au prix d'une savante gestion des pneus et d'un sacrifice net sur le plan du niveau de performance, se débarrasser des pneus tendres, à la montée en température plus rapide, au départ était le choix le plus judicieux pour ensuite enchaîner deux relais en pneus medium. Alexander Albon a tenté le pari des pneus durs pour son deuxième relais mais, sur une gomme insuffisamment performante, l'entreprise a été vouée à l'échec avec un dernier relais sur les medium, plus consistants. Avec des medium au départ, gommes nécessitant une chauffe plus longue pour être à son niveau optimal de performance, Sebastian Vettel n'a pas eu les armes pour s'attaquer à Pierre Gasly, restant coincé derrière l'AlphaTauri durant la première partie de course, un signe de plus permettant de confirmer que les pneus tendres étaient le meilleur choix au départ.

Quelle ambiance entre Vettel et Ferrari ?

TOUJOURS PLUS TENDUE. C'est à se demander si l'Allemand va terminer la saison au volant de la SF1000 ! Après Silverstone où, à l'issue du Grand Prix de Grande-Bretagne, Sebastian Vettel a ouvertement snobé Mattia Binotto, qui a pris la décision de ne pas prolonger le quadruple champion du monde en vue de la saison 2021, l'Allemand avait critiqué la stratégie de son écurie lors du Grand Prix du 70eme anniversaire. N'ayant pas apprécié d'avoir été renvoyé en piste dans le peloton avec une monoplace au niveau de performance en-deçà des attentes, l'ancien pilote Red Bull Racing n'avait pas caché son état d'esprit. A Barcelone, au moment de répondre à une question de son ingénieur sur l'idée de ne faire qu'un seul arrêt, l'Allemand n'a pas hésité à rétorquer qu'il avait déjà demandé d'adopter une telle stratégie et que, n'ayant rien à perdre, il fallait tenter le tout pour le tout. Si, à l'issue de la course, tant le pilote Ferrari que son patron ont assuré qu'il n'y avait pas de tension entre Sebastian Vettel et son équipe, les doutes sont clairement permis et pourraient remettre en cause l'avenir à moyen terme du natif d'Heppenheim au sein de l'écurie de Maranello.

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