Triathlon - Luis : " Ce n'est pas utopique de penser à une médaille olympique "

Triathlon - Luis : " Ce n'est pas utopique de penser à une médaille olympique "©Media365

Gabriel Vanhoutte, publié le jeudi 28 mars 2019 à 11h59

Après l'ouverture de la saison des championnats du monde de triathlon le week-end du 8 mars, le vice-champion du monde Vincent Luis est revenu longuement avec nous sur une année 2018 riche en émotions et en succès. Confiant après un sacre en Super League, le Vésulien affiche avec tempérance son ambition de sacre mondial et évoque ses aspirations pour les Jeux de Tokyo. Deuxième partie de cet entretien.

Après quinze années à se faire un nom dans le monde du triathlon, Vincent Luis aborde à 29 ans cette nouvelle saison des World Triathlon Series, qui s'est ouverte le 8 mars dernier, avec des ambitions de sacre mondial. Troisième en 2015 et vice-champion du Monde l'an passé, le natif de Vesoul a entamé l'année avec confiance. Depuis la Grande Finale WTS du 16 septembre dernier, Luis a tout gagné, ajoutant à son palmarès de plus en plus étoffé les trois premières courses de la Super League, à Jersey, Malte puis Majorque. Cinquième de l'épreuve inaugurale de la saison WTS, à Abu Dhabi, le Français a évoqué récemment pour nous dans le cadre d'un événement organisé pour son équipementier ses espoirs de titres mondiaux et son rêve olympique. Sans oublier de nous faire partager son quotidien aux quatre coins du globe.

Dans votre nouveau groupe d'entraînement, vous avez notamment comme partenaire le champion du Monde en titre Mario Mola. Comment vivez-vous cette proximité nouvelle, au quotidien, avec les têtes d'affiche de la discipline ?
On s'entend très bien, on est très amis avec Mario (Mola) et c'est quelqu'un de vraiment génial. On passe près de quarante heures par semaines ensemble, entre les repas et les entraînements. On est très souvent ensemble, et je pense que l'on a chacun apporté à l'autre : on est conscient de ce que l'on s'apporte et de ce que l'on se prend. Mais j'ai vraiment l'impression que je lui donne plus que ce qu'il me donne, parce qu'il me permet aussi d'être assez serein dans le fait de dire qu'il est trois fois champion du Monde. Il fait les mêmes choses que toi, à l'entraînement, vous avez le même niveau, ça permet donc de beaucoup relativiser.

Est-ce que cela vous a fait dire que le titre était à votre portée ?
C'est clair ! Alors que lorsque l'on vit dans son microcosme et que l'on ne voit pas les autres athlètes s'entraîner, on se dit : « je ne fais pas assez, il faut faire plus ». On veut toujours chercher à en faire davantage pour se dire « personne ne pourra faire plus que moi ». Finalement, il suffit de faire bien.

En ce qui concerne votre matériel, qu'est-ce que la Nike Vaporfly 4% a changé dans votre pratique ?
Je la porte depuis 2017 et la grande finale WTS à Rotterdam. Je pense que c'est une vraie évolution ou révolution dans le milieu de la chaussure. On est passé d'une recherche de la chaussure plate et la plus légère possible à la chaussure la plus efficiente possible. On y a ajouté du poids, ce qui ne se faisait pas trop dans les paires de compétition, et une plaque carbone après des années d'études de la foulée. A un moment, on a commencé à se dire : "et si on adaptait la chaussure à la performance, à la foulée, à la vitesse auxquels les gens courent plutôt que d'essayer de juste donner la chaussure la plus légère ?" Nike, ils ont eu la démarche inverse, en disant comment faire pour te rendre plus efficace.

La prochaine étape des World Series vous enverra aux Bermudes. L'an passé, vous aviez abandonné, est-ce que vous abordez cette course de manière particulière ?
L'année dernière, c'était la première année qu'était organisée la course dans les Bermudes. Je me suis présenté fatigué, un peu malade, sur cette course. Ça a été le début du questionnement sur le fait qu'il fallait que je change de structure d'entraînement. C'est une course que j'apprécie vraiment, et j'ai envie de bien y figurer. Du coup, je suis content d'avoir ce bloc de six semaines d'entraînement pour préparer la course. Je sens que la forme est bien là et j'ai bien envie d'y briller. Pas pour une question de revanche, mais parce que c'est une belle course, avec un beau public. En plus, gagner aux Bermudes, cela peut être sympathique !

Luis : « Je me rapproche de l'objectif Tokyo 2020 »

Les Jeux Olympiques de Rio ont constitué une forme de déception pour vous. Vous déclariez au terme de ceux-ci que vous rêviez toujours d'aller gagner les Jeux. Alors qu'approche à grand pas cette olympiade de Tokyo 2020, pensez-vous monter en puissance depuis la dernière édition ?
Je sens que je suis encore en train de progresser, malgré le fait que cela fasse quinze ans que je suis dans le triathlon. Je sens que je progresse encore, que j'apprends encore des choses et je suis content après chaque séance de me dire que je vais plus vite, que je tiens plus longtemps ou que je suis moins fatigué pour les mêmes allures. J'ai toujours l'euphorie de la séance qui se passe plus vite. Je me rapproche de cet objectif que je me suis fixé et les observables (sic) font que j'arrive à être plus souvent proche du podium ou à être quasiment tout le temps sur le podium. C'est ce qui me rassure dans l'optique que ce n'est pas utopique de penser à une médaille olympique.

Pied d'entrée vers les Jeux, cet été aura lieu le Test Event à Tokyo. Peut-on parler de véritable point de départ de vos JO ?
Oui, cela va être une bonne façon de jauger les gens. Après, c'est un passage obligé. Il faut y aller, voir le circuit des Jeux et voir les critères qui seront posés sur cette course. Mais, très clairement, si je suis en capacité de faire champion du Monde avec la grande finale de Lausanne deux semaines après, le Test Event passera probablement en second plan.

Luis : « Les Jeux de Paris restent dans un coin de ma tête »

Vous aurez 30 ans cette année. Si les JO de Tokyo sont évidemment dans votre tête, vous projetez-vous déjà également vers les Jeux de Paris, en 2024 ?
C'est loin et c'est proche à la fois. Je me souviens encore de Rio et finalement, on arrive déjà presque à Tokyo. C'est une question que je me pose, pas tous les jours, mais qui reste dans un coin de ma tête. La réponse sera sûrement plus claire après Tokyo 2020, ou même avant si, d'aventure, il m'arrivait de ne pas me qualifier pour les Jeux à Tokyo. On va passer 2020, et on verra ce qu'il se passe après. Dans le bon ou dans le mauvais sens des choses, il faudra prendre une décision, et surtout ne pas avoir de regrets. Il ne faut pas prendre une décision pour faire plaisir à des gens ou pour continuer à vivre une vie. Il faut faire ce que l'on a vraiment envie de faire pour que les jours où ce sera dur, il n'y aura pas besoin de chercher des motivations externes, on sera pourquoi on est là.

Vous aviez précédemment déclaré être plus favorable à un coaching sur le ressenti, moins basé sur tous les outils technologiques à disposition des athlètes. Qu'en est-il aujourd'hui ?
Je suis assez pour le retour aux basiques. Faisons déjà bien les bases avant de s'inventer des tests et des capteurs à tout va. Le triathlon reste assez nouveau, même en termes d'entraînements. Je pense que la moitié des triathlètes élite ne maîtrisent même pas encore totalement ce qu'ils font en entraînement physio. Donc, nous avec le groupe, nous préférons nous dire : faisons bien nos trente heures d'entraînement par semaine, et après, s'il faut, on rajoute des capteurs de foulée, de ceci ou cela, on verra. Mais on va déjà garder les choses simples.

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