Riou: "Je me sens serein"

PRB, un bateau très rapide. (B. Stichelbaut/PRB)

PRB, un bateau très rapide. (B. Stichelbaut/PRB)

Pour la troisième fois consécutive, Vincent Riou prendra le 10 novembre le départ du Vendée Globe, une course qui lui a jusqu'ici particulièrement réussi, puisqu'il l'a gagnée en 2005 avant de terminer troisième en 2009. A la barre d'un nouveau PRB, mis à l'eau il y a deux ans et demi, le marin de Loctudy fait partie des grands favoris, un statut qu'il assume.

Vincent, si on vous dit que PRB est le plus rapide des vingt bateaux qui s’élanceront le 10 novembre, que répondez-vous ?
Que dans pas mal de conditions, c’est vrai. Maintenant, je ne vais pas être prétentieux, il y a d’autres bateaux qui sont rapides et ont des points forts, mais on va dire que ce bateau a les points forts que j’ai choisis: je voulais un bateau allant vite au portant, rapide à 90% de son potentiel, parce que je sais qu’en solitaire on peine à naviguer à 100%, c’est le cas aujourd’hui. Donc quelque part, c’est une réussite pour moi, parce que j’ai choisi de le typer pour certaines conditions, et aujourd’hui, à chaque fois qu’on rencontre ces conditions, PRB est effectivement très rapide. Peut-être que je me suis trompé, mais avant le départ, j’ai entière satisfaction dans le résultat.

On a l’impression que vous êtes un cran au-dessus des bateaux de la dernière génération, notamment Macif ou Banque Populaire, cela se joue à quoi ?
Non, je ne suis pas un cran au-dessus, je le suis dans certaines conditions, celles que j’ai choisies. Les autres vont parfois un peu mieux que moi, pas souvent, mais ce sont des bateaux (Macif et Banque Populaire sont des sisterships, ndlr) qui ont un concept architectural un peu plus récent que le mien, c’est la génération d’après, ça leur a donné certaines qualités. Maintenant, je souhaitais rester sur un bateau un peu plus étroit que le leur, j’ai fait en sorte qu’il soit relativement léger pour avoir un bon compromis.

On dit souvent que plus c’est léger, plus c’est fragile, ne craignez-vous pas parfois d’avoir été trop loin ?
On sait qu’on joue avec la limite, ce sont des bateaux qui ont un rapport poids-puissance incroyable, maintenant, un bateau comme PRB, quand je dis qu’il est plus léger, ça ne veut pas dire qu’il est plus fragile. Il est même plutôt plus solide que mes concurrents, il est fait différemment, il est moins large, donc il y a moins de surface de carbone partout, il a un cockpit plus petit qui ne pèse pas lourd, il y a plein de choses qui font qu’il est plus léger, mais ce n’est pas au détriment de la solidité, le bateau est échantillonné avec les mêmes références de base que les autres, voire plus à certains endroits.

A-t-il beaucoup changé depuis sa mise à l’eau en mars 2010 ?
Non, le bateau a été très peu modifié. Contrairement à la plupart des bateaux de dernière génération qui en sont déjà à leur deuxième quille, leur deuxième gréement, nous, on est sur le modèle d’origine. A part quelques petites modifications de répartition de ballasts, et encore c’est assez minime, le bateau est quasiment comme il était à la construction.

"Ma préparation la plus aboutie"

Peut-on considérer que vous faites partie sur ce Vendée Globe des trois grands favoris, avec peut-être Jean-Pierre Dick et Armel Le Cléac’h ?
Dire trois favoris, c’est un peu restrictif, mais oui, sans problème, en tout cas j’espère.

Cela veut-il dire que c’est à vous d’imprimer d’entrée le rythme ?
Je n’en suis pas sûr. Le Vendée Globe, c’est long, il faut que chacun rentre dans un fonctionnement et un rythme qui lui conviennent. Il y a  de fortes chances, il ne faut pas le cacher, que ce rythme soit assez rapide, mais il faut aussi savoir faire sa course, pas forcément en se calquant sur la concurrence.

Quels sont les skippers que vous identifiez comme vos principaux concurrents ? Avant tout ceux qui disposent d’un nouveau bateau ou surveillerez-vous aussi des skippers comme Jérémie Beyou ou Jean Le Cam ?
Disons que je surveillerai plus un Jérémie qu’un Jean. Leurs bateaux ont un peu moins de potentiel que nous, mais ils sont fiables et leur projets sont aboutis, ce sont en plus de très bons marins, il va falloir compter avec eux. Maintenant, parmi les gens rapides et compétents, qui ont tous les atouts entre leurs mains pour gagner sans coup de pouce du destin, il y a Banque Populaire avec Armel (Le Cléac’h), Macif avec François (Gabart), Virbac avec Jean-Pierre (Dick). Ils ont les armes entre les mains pour réussir leur projet de Vendée Globe.

De votre côté, estimez-vous que vous n’avez jamais été aussi bien préparé ?
Oui, clairement. Sportivement et techniquement, c’est ma préparation la plus aboutie. Le bateau commence à avoir un niveau de fiabilité important, je suis chez moi sur ce bateau, j’ai tous mes repères, c’est une machine que je connais par cœur. Je pense que je suis prêt comme je ne l’ai jamais été pour le Vendée.

On vous sent particulièrement affûté physiquement, vous êtes-vous particulièrement préparé dans ce domaine ?
Il y a un moment, quand on vieillit, il faut faire des choix, on ne peut plus compter que sur son énergie pour réussir à se battre avec les autres. En plus, la nouvelle génération arrive avec une bonne condition physique, quand les gars sont jeunes et en plus en forme, si on veut continuer à se battre à armes égales avec eux, il faut savoir se remettre en question. Mais cette démarche n’est pas récente. Mon premier Vendée Globe, j’avais 33 ans, je ne me suis pas posé ces problèmes-là, le deuxième, je me les étais déjà posés. Je fais de la prépa physique de manière intensive depuis déjà six ans, ce n’est pas juste pour l’objectif. Là, j’ai perdu dix kilos en trois ans parce que je fais beaucoup de sports d’endurance, ça fait sécher. On est dans un sport qui évolue très vite, avec un niveau qui monte dans tous les paramètres du jeu, que ce soit sur la technologie, la navigation ou la prépa physique, si on n’essaie pas d’être au top, on limite ses chances de réussite.

"Une course super riche"

Vous avez gagné le Vendée Globe en 2005, terminé troisième il y a quatre ans après réparation donnée, pourquoi y retourner ?
C’est un  peu tout. Le Vendée Globe est une course que j’aime, super riche, avec un parcours incroyable. J’y retourne parce que j’ai envie d’y retourner, et la dernière fois, ça ne s’est pas passé comme je l’aurais souhaité, je n’avais pas envie que l’histoire ne s’arrête là (*). Déjà, j’avais un peu raté ma réparation, parce que j’avais cumulé beaucoup de soucis techniques avec mon plan Farr (devenu celui d'Arnaud Boissières sur ce Vendée Globe 2012-12, ndlr), j’avais joué de malchance avec ces soucis qui n’étaient pas imputables à la gestion de projet mais plus à des erreurs de sous-traitance ou à des avaries de mer stupides. Entre le démâtage à la Route du Rhum, le démâtage à la Barcelona, la collision avec un mammifère marin sur la Transat anglaise, ça avait fait beaucoup de choses en un an et demi pour un petit projet comme le nôtre. A un moment, soit il faut arrêter soit il faut conjurer le sort et continuer, c’est ce choix que j’ai fait.

On se trompe si on vous dit que vous n’avez jamais semblé si serein ?
Non, c’est vrai, je me sens serein, c’est d’ailleurs un peu l’objectif du projet. On a essayé d’élever le niveau dans tous les domaines, et quand on a garé le bateau aux Sables-d‘Olonne, on n’avait aucun état d’âme sur la préparation, on sera prêts à en découdre le 10 novembre.

A partir de quelle place seriez-vous déçu ?
Au niveau auquel je navigue, si je finis, je ne serai pas loin du podium ou sur le podium. Le problème sera plus de finir, c’est là que ça se joue.

Et vous avez des craintes à ce propos ?
Avec tout ce que j’ai déjà vécu, oui, j‘ai forcément des craintes, mais je sais qu’à un moment, dans notre métier, il faut savoir être fataliste. L’aventure peut s’arrêter vite pour des choses qu’on ne peut absolument pas maîtriser. Si on commence à se rendre malade avec ça, on n’y arrive pas. Par exemple, cette année, en s’entraînant au Pôle de Port-la-Forêt, on a fait une sortie au large, on est rentrés en collision avec une baleine, ce sont des choses qu’on ne peut pas éviter, ce jour-là, j’étais à la barre, le dos de la baleine, on ne l’a vu qu’une fois sous l’étrave du bateau. Ces choses-là font partie de la vie de marin, il faut être capable de les accepter, même si certaines fois, c’est très très dur.

Est-ce pour ça que le Vendée Globe reste une aventure ?
Exactement, ça reste une aventure sportive. J’espère que tous ceux qui ont la chance de venir sur nos bateaux se rendent compte que c’est quand même du sport, notre affaire, car ça demande un engagement important, une somme de compétences non négligeables pour arriver à mener ces machines de l’autre côté de la planète.

(*) Lors du dernier Vendée Globe, Vincent Riou avait abandonné à cause d'un démâtage provoqué par son sauvetage de Jean Le Cam près du Cap Horn. Il avait du coup eu "réparation donnée", à savoir qu'il avait été classé à la place qu'il occupait au moment du sauvetage, la troisième.

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