Davies, le Vendée en souriant...

Samatha Davies se verrait bien faire aussi bien qu'en 2009. (V.Curutchet/DPPI)

Samatha Davies se verrait bien faire aussi bien qu'en 2009. (V.Curutchet/DPPI)

Quatre ans après avoir terminé quatrième, Samantha Davies est de retour pour son deuxième Vendée Globe à la barre de Savéol, l'ancien Veolia de Roland Jourdain. Seule femme de cette édition, la Britannique, devenue mère il y a moins d'un an, se fixe comme objectif de "faire une belle trace"...

"Avant, on avait l’Anglaise qui pleurait tout le temps, maintenant, on a l’Anglaise qui rit tout le temps". Du Michel Desjoyeaux dans le texte pour évoquer les deux plus fameuses «coureuses au large» de Sa Majesté, Ellen MacArthur, deuxième du Vendée Globe 2000-01 derrière l’auteur de ce propos, et Samantha Davies, quatrième il y a quatre ans d’une édition remportée par… Michel Desjoyeaux. Lorsqu’on lui rapporte la parole du «Professeur», Sam, comme on l’appelle sur les pontons, arbore un grand sourire pour revendiquer ce positivisme qui lui sert de moteur, à terre comme en mer: "C’est vrai que je rigole beaucoup sur le bateau, dès que ça commence à surfer, même sous l’eau, j’adore ça. C’est naturel chez moi, je pense que c’est dû au fait que j’ai été élevé dans une famille de marins, c’est normal pour nous d’être sur un bateau." Devenue plus sérieuse, la skipper de Savéol ajoute: "J’ai passé deux ans et demi à chercher un budget, donc je me dis qu’il faut en profiter, que je dois être heureuse. Récemment, quelqu’un de l’équipe disait: «Vous vous rendez compte, le départ, c’est dans un mois ?» Moi, j’ai répondu: «Oui, mais vous vous rendez compte que dans quatre mois, c’est fini ?» Toute mon équipe m’a pris pour une folle".

L’anecdote résume en tout cas bien l’état d’esprit d’une jeune femme devenue mère entre deux Vendée Globe d’un petit Ruben, né en fin d’année dernière, ce qui bouleverse forcément la manière de préparer la course autour du monde. "Je sais que certains changent leur manière de naviguer en devenant père, moi, ça ne sera pas le cas parce que j’ai toujours navigué sans prendre de risques, j’ai été élevée comme ça sur un bateau, je suis toujours attachée, je réfléchis deux fois avant de réduire la toile, je ne me mets pas dans 70 nœuds de vent. En revanche, ça change la préparation: il y a quatre ans, je ne faisais que ça, là, quand je rentre à la maison, j’ai mon fils. Du coup, on a modifié l’organisation, j’ai maintenant une personne à côté de moi qui m’aide au niveau de la logistique, ça me permet finalement d’être moins fatiguée." Et le père de Ruben, Romain Attanasio, rencontré sur les bancs du Pôle Finistère Course au large de Port-la-Forêt, se charge de pallier l’absence maternelle.

"J'ai tout sacrifié"

Changement de préparation, donc, changement de bateau également, l’ancien Roxy ayant cédé la place à l’ex-Veolia de Roland Jourdain, mis à l’eau en 2004, avec lequel «Bilou » a abandonné sur le Vendée Globe 2004-05 puis pris sa revanche en remportant la Route du Rhum 2006. Un bateau peu modifié par rapport à son deuxième propriétaire, l’Américain Ryan Breymaier – "Comme toute femme qui achète une nouvelle maison, j’ai changé la cuisine, plaisante-t-elle, il y avait un bloc au milieu pratique pour la cuisine, mais pas pour matosser ou dormir au milieu du bateau" - qui est quasiment le plus ancien de la flotte (seuls Initiatives-Cœur et Team Plastique sont plus datés), ce qui limite forcément les objectifs sportifs d’une skipper qui, en outre, a moins eu le temps de se préparer, d’où un handicap certain par rapport aux ténors de la classe Imoca. "J’espère qu’un jour, je serai parmi eux, je les envie, énorme, en plus, certains ont navigué sans arrêt depuis quatre ans. Moi, j’ai certes arrêté pour avoir un petit garçon, ce n’était pas une année gâchée, mais les années pendant lesquelles j’ai recherché des sponsors, je n’ai pas navigué, j’ai tout sacrifié pour être le maximum à Paris, pour rencontrer du monde."

Les démarches ont finalement abouti et fidèle à son caractère fonceur, Samantha Davies s’est mise au travail pour apprivoiser sa nouvelle monture, persuadée malgré ces handicaps d’avoir les moyens de faire aussi bien ou pas loin qu’il y a quatre ans. "La dernière fois, je m’étais dit que si je rentrais dans les dix, c’était énorme, et j’ai fini quatrième, donc je me dis pourquoi pas ? Il y a quelque chose qu’on ne peut pas acheter, même l’équipe la plus riche, c’est de finir un Vendée Globe, et ça, c’est énorme sur un tel projet, ça me donne énormément de confiance en moi. Donc même si j’ai moins navigué avec ce bateau, j’ai toute cette expérience qui m’apporte beaucoup de sérénité." Christian Le Pape, patron du Pôle de Port-la-Forêt, note d’ailleurs, à propos de son élève: "Elle pourrait être stressée, mais non, on a l’impression que les événements ont peu de prise sur elle, elle est toujours très souriante et d’humeur très positive. Et Sam a vraiment le profil Vendée Globe. Elle a la maîtrise technique, les fondamentaux du solitaire et de la manœuvre."

Pas forcément militante...

Ces fondamentaux permettent à la Britannique de situer son niveau parmi la flotte des vingt bateaux qui quitteront les Sables-d’Olonne le 10 novembre: "La dernière fois, je m’étais dit qu’il fallait que je termine devant telle ou telle personne, c’était Dee (Caffari), Cali (Arnaud Boissières), Yannick (Bestaven), là, il y a Bertrand (de Broc), Louis (Burton), qui, comme moi, se sont moins entraînés, Cali aussi, que j’ai battu de justesse cette année sur la seule course que j’ai faite, l’Armen Race. Donc la seule chose qu’il veut faire sur ce Vendée, c’est de me battre, parce que j’ai terminé devant lui la dernière fois et qu’on a toujours couru sur les mêmes courses depuis la Mini Transat en 2001."

Un match dans le match à venir pour celle qui, pour la première fois depuis l’édition 1996-97, sera la seule femme du Vendée Globe. De quoi se sentir une âme de militante de la cause féministe ? "Non, répond Sam, je regrette juste qu’on ne soit pas plus. Dee (Caffari), Jeanne Grégoire, Anne Liardet, Liz Wardley avaient le projet de faire le Vendée Globe, elles ne sont pas là. Je ne veux pas être La fille du Vendée Globe, je suis une concurrente qui a quand même déjà fait ses preuves en terminant quatrième, je suis un marin. La seule différence, c’est avant le départ, beaucoup de personnes s’intéressent plus à moi parce que je suis la seule fille, c’est bien pour Savéol, mais c’est dommage qu’il n’y ait pas plus de filles pour montrer qu’on peut faire des bons résultats sur le Vendée Globe."  En terminant en 2009 devant six hommes (sans compter les abandons), Sam Davies a montré qu’elle était effectivement un marin à part entière, il ne serait guère étonnant qu’elle nous fasse le même coup cette année, les marins mâles sont prévenus…

en images
Joyon quitte Bordeaux Les Girondins sur un bateau Un nouveau bateau pour Dick Tôle froissée... Nouveau départ...