Burton, benjamin du Globe

A 27 ans, Louis Burton est le benjamin du Vendée Globe.

A 27 ans, Louis Burton est le benjamin du Vendée Globe.

A 27 ans, Louis Burton sera le plus jeune participant du Vendée Globe. Apparu très récemment sur le circuit Imoca, le jeune entrepreneur parisien, qui a récupéré l'ancien Delta Dore de Jérémie Beyou, sera certes un outsider, mais il entend bien jouer sa carte à fond, un après après une Transat Jacques-Vabre prometteuse.

On ne va vous le cacher, la première fois que l’on a vu, couché sur la liste des participants de la dernière Transat Jacques-Vabre, le patronyme de Louis Burton, on s’est demandé d’où sortait ce skipper, dont on savait juste qu’il était le compagnon de la navigatrice Servane Escoffier, avec lequel il a eu un premier enfant l’année dernière, cette dernière étant par ailleurs un "pilier" (le mot est de lui) de son projet de Vendée Globe. Alors on a cherché à savoir et rencontré le temps d’un bref passage dans la capitale cet entrepreneur parisien de 27 ans, désormais principalement basé au côté de sa belle, dans la cité corsaire. La mer ? Elle est arrivée dans sa vie par le biais somme toute très classique de vacances en Bretagne. "Au départ, je faisais du catamaran de sport, je participais à des régates locales à l’île aux Moines où je passais mes vacances d’été. A 18 ans, j’ai acheté un petit Quarter (monocoque habitable, ndlr), on a disputé le Spi Ouest-France, le Trophée Atlantique, des courses où il y avait un bon niveau, j’ai été happé par la compétition."

Et voilà comment s’incruste peu à peu l’idée de voir plus loin que les courses d’une journée et naît le rêve de disputer la «reine des transats», la Route du Rhum, sur l’édition 2010. "Grâce à la Class 40, j’ai pu louer un bateau, j’ai trouvé mes partenaires juste avant le départ, après la belle histoire s’est enclenchée: on a réussi à préparer le bateau, la course s’est bien passée jusqu’à ce que je j’aie une collision avec un chalutier." A peine le temps de se remettre des émotions (il terminera 20e) que la "belle histoire" se poursuit: "Derrière, j’avais prévu de faire du Class 40 pendant encore deux années, mais j’ai eu l’occasion de réarmer Delta Dore pour la Jacques-Vabre avec un tout petit budget." A bord de l’ancien 60 pieds de Jérémie Beyou, plan Farr mis à l’eau fin août 2006, Louis Burton, (prononcez le prénom à la française, le nom, d’origine galloise, à l’anglaise) réussit l’exploit, avec son frère Nelson, de tenir la dragée haute pendant quasiment les 4730 milles du parcours aux ténors de la classe Imoca, ne cédant qu’en fin de course pour terminer au septième rang, à deux jours des vainqueurs, Jean-Pierre Dick et Jérémie Beyou.

"Je me suis battu..."

De quoi gagner ses premiers galons de coureur au large. "La Jacques-Vabre a été un moment formidable. La semaine où on est troisièmes est indéniablement la plus belle semaine de ma vie au niveau sportif. On n’était pas très attendus, certaines personnes avaient écrit des choses pas très sympas sur notre compte, c’était un peu une manière de répondre sur l’eau, on était super contents." L’arrivée soudaine de l’impétrant dans le monde de la course au large a en effet été accueillie avec un certain scepticisme dans le petit monde de la course au large, certains se demandant comment il avait réussi à se retrouver à la barre d’un 60 pieds Imoca là où des marins bien plus renommés et titrés que lui, comme Yann Eliès, Jérémie Beyou ou Jean Le Cam, en étaient encore à courir les bureaux pour dégoter un budget.

Son secret ? "C’est vraiment une rencontre qui a tout déclenché, répond calmement le skipper. Le président fondateur de Bureau Vallée a démarré son concept au début des années 1990, il avait reçu un accueil assez hostile du milieu de la papeterie en introduisant le discount de marque, il était refoulé par toute la profession, il a toujours été un outsider. Son histoire a collé avec la mienne, j’avais aussi un profil atypique, je me suis battu en dépit de certaines critiques, ce sont des histoires qui se ressemblent."

"Je peux faire mieux que finir"

Des histoires que les deux hommes ont donc décidé de prolonger en s’alignant au départ du Vendée Globe 2012-13, avec un budget certes restreint, mais la conviction de pouvoir faire mieux que jouer les faire-valoir à bord d’un bateau qui reste compétitif, revu de fond en comble l’hiver dernier et équipé de nouvelles voiles. "J’ai envie de me dire que je peux faire mieux que finir, confirme Louis Burton qui, depuis un an, sent qu’il a gagné l’estime de ses pairs, certains n’hésitant pas à lui prodiguer quelques conseils. Mais il y a une inconnue: la résistance physique. Alors oui, je vais attaquer, parce que c’est dans ma philosophie, mais je ne veux pas mettre la mécanique en danger. Donc si je vois qu’il y a des moments où j’atteins la limite, je lèverai le pied car l’objectif n’est pas forcément d’être aux avant-postes, mais de terminer."

Ce qui serait déjà une belle victoire pour un marin qui mesure cependant l’ampleur de la tâche: "Je me prépare à vivre la plus grosse aventure que je puisse imaginer, avec beaucoup d’inconnues, des difficultés que je ne peux même pas imaginer. Quand on parle d’Everest de la voile pour le Vendée Globe, je confirme, pour moi, c’est vraiment une grosse grosse montagne." Cette grosse montagne, Louis Burton rêve de l’escalader et de marcher ainsi sur les traces des quelques figures de son enfance, encore admirées aujourd’hui, parfois côtoyées, de Jean-Luc Van Den Heede, "un mec bien devenu une idole", à Michel Desjoyeaux – "On boit ses paroles quand il parle de technique", en passant par Loïck Peyron, "pour tout ce qu’il a fait, la joie de vivre et les valeurs simples qu’il véhicule malgré son palmarès." De beaux exemples à suivre…

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