Thomson espère que ce sera la bonne

Tête brûlée ? Alex Thomson jure que non à la barre de son bateau.

Tête brûlée ? Alex Thomson jure que non à la barre de son bateau.

En 2008, ses espoirs avaient pris fin avant même le départ, victime d’une collision avec un chalutier à trois semaines du coup de canon. Echaudé, Alex Thomson a tout mis en œuvre pour enfin boucler le Vendée Globe à sa troisième tentative. Une priorité qui n’empêchera pas le Gallois d’être ambitieux à la barre de Hugo Boss, bien décidé à jouer dans le jardin des Français.

Chat échaudé craint l’eau froide. S’il a plutôt le physique d’un tigre massif, Alex Thomson n’échappe pas à la règle. Percuté par un chalutier en 2008 alors qu’il se rendait, seul, aux Sables d’Olonne à la barre de son 60 pieds, le Gallois avait perdu toute chance de bien figurer sur le Vendée Globe avant même le départ. Quatre ans plus tard, c’est entouré de son équipe qu’il a pris dimanche dernier la direction de la Vendée, faisant même une escale à Lorient pour éviter un gros coup de baston annoncé dans la nuit de lundi à mardi. Et rassurez-vous, Thomson et son monocoque aux couleurs de Hugo Boss sont arrivés à bon port !

Une manière d’évacuer le traumatisme ? "Beaucoup de personnes pensent que j’ai vécu ça comme une tragédie mais pour moi, de tout ce que j’ai pu faire dans ma carrière de marin, ça représente la plus belle réussite, celle de toute une équipe pour permettre au bateau d’être alors au départ, corrige-t-il. Je suis très fier de ça et de mon équipe." Même si son abandon quelques jours plus tard, alors que son bateau prenait l’eau, lui laisse encore un goût d’inachevé qu’il veut aujourd’hui effacer. "J’ai investi dix ans de ma vie dans ce projet de Vendée Globe. J’y retourne une nouvelle fois et si je ne finis pas cette année, ça sera très douloureux pour moi, avoue-t-il. Pour moi, la nécessité est de finir. Et c’est ce à quoi je travaille depuis ces trois dernières années."

Sa plus belle réussite est peut-être d’avoir récupéré l’ancien BT de Sébastien Josse (un plan Farr mis à l’eau en 2007) avec lequel Roland Jourdain a remporté en 2010 la Route du Rhum. Un bateau beaucoup plus abouti que son ancienne monture - le très puissant plan Kouyoumdjian, qui a longtemps possédé le record de distance en 24 heures avec plus de 500 milles avalés, est une gageure à mener en solitaire - pour preuve sa deuxième place sur la dernière Transat Jacques-Vabre en compagnie de Guillermo Altadill. Une récompense. "Ces huit dernières années, nous avons eu pas mal de problèmes, moins que certains mais plus que d’autres. Terminer deuxième d’une grande course a représenté beaucoup pour moi, pour mon équipe, mes sponsors. C’était comme une victoire."

Une victoire sur le sort, lui a qui a souvent joué de malchance (il a été contraint d’abandonner son bateau sur la Velux 5 Oceans en 2006, secouru par Mike Golding, et de renoncer à la Barcelona World Race 2010, opéré trois jours avant le départ de l’appendicite). Une victoire contre ceux qui doutaient de lui ? "Non pas du tout. Je ne prête pas attention à ce que les autres skippers peuvent penser de moi. J’ai confiance en moi, en mon équipe. Je laisse les gens penser ce qu’ils veulent." Quitte à les laisser véhiculer de lui l’image d’une tête brulée (ce que tend à confirmer sa performance sur la quille de son bateau, voir la vidéo ci-dessous). "La façon dont les gens imaginent que je mène mon bateau n’est pas forcément la bonne. Ma façon de naviguer n’est pas un problème. La plupart des soucis que l’on peut rencontrer en course ne résultent pas de la façon de naviguer du skipper mais d’erreurs en amont, de l’équipe à terre, de l’architecte…"

Jourdain, la référence

Déterminé mais humble face aux éléments, même si sa plus grande angoisse n’est pas de défier les mers du sud mais de passer trois mois seul à bord de son bateau, plus discipliné, de son propre aveu, dans sa façon d’aborder l’alimentation ou le sommeil, Alex Thomson s’inscrit parmi les outsiders de ce tour du monde à la barre d’un bateau d’ancienne génération qui a fait ses preuves. "Bien sûr, les bateaux de dernière génération sont plus rapides à certaines allures mais, en solitaire, ces différences sont faibles, note-t-il. Je pense avoir autant de chances que chacun des concurrents au départ. C’est facile de dire qu’untel est favori ou qu’un autre l’est. Mais la décision se fera sur le travail effectué par les équipes avant la course. Celui qui a le bateau le plus rapide ne gagnera pas la course mais celui qui a le bateau le plus fiable. Et je sais que dans ce domaine nous pouvons être compétitifs."

Au point de faire le rêve de devenir le premier Britannique à remporter le Vendée Globe, inspiré par Bradley Wiggins, devenu cet été le premier cycliste du Royaume à gagner le Tour de France. Une victoire qui ferait de lui l’égal d’un Franck Cammas, venu s’imposer dans les eaux britanniques en menant Groupama à la victoire sur la Volvo Ocean Race. Même si sa référence restera à jamais Roland Jourdain, avec qui il a disputé la Jacques-Vabre 2003, pour "sa manière de naviguer et sa personnalité", dit-il. "Si je pouvais être même que la moitié de « Bilou », je serais un homme heureux." Faut-il lui rappeler que « Bilou »  a abandonné lors de deux dernières éditions du Vendée Globe ?