De Pavant: "Je pars pour finir"

Kito de Pavant attaque ce Vendée Globe avec sérénité. (V. Curutchet/DPPI)

Kito de Pavant attaque ce Vendée Globe avec sérénité. (V. Curutchet/DPPI)

En novembre 2008, Kito de Pavant vivait un cauchemar sur le Vendée Globe en démâtant au bout d'un peu plus d'un jour. Quatre ans plus tard, le voilà de retour sur le tour du monde, toujours sur Groupe Bel mais avec comme ambition première d'en terminer et de vivre une belle aventure.

Vous voilà de nouveau au départ du Vendée Globe, avec un esprit revanchard par rapport à la précédente édition ?  
Non, ce n’est pas de la revanche, je pars tout simplement avec l’objectif d’essayer de faire bien ce que je sais faire de mieux, du bateau. On a eu quelques mauvais coups, on a manqué d’un peu de réussite, on espère que ça va bien se passer ce coup-ci. J’arrive avec beaucoup de sérénité sur le Vendée Globe, parce que j’ai la certitude qu’on travaille dans le bon sens depuis le début, il n’y a pas de raison que ça ne marche pas, même si on sait que les aléas peuvent arriver à tout moment. Il y a moins de pression finalement, parce que je sais ce que c’est que d’avoir des emmerdes, logiquement, ça devrait aller beaucoup mieux.

Lors de l’Europa Warm’Up au printemps dernier, vous avez encore démâté, vous êtes-vous dit à un moment que vous étiez poursuivi par la poisse ?
Oui, ce dernier coup, le démâtage aux Açores, je l’ai vraiment mal vécu, parce que je naviguais bien, sans risques, j’étais en phase avec les conditions, et pour une pièce du bateau mal construite, le mât est par terre, c’est dur. En plus, j’ai vraiment galéré pour ramener le bateau aux Açores, les 24 heures qui ont suivi le démâtage ont été vraiment dures. Je me suis dit: "Je vais arrêter, le Vendée Globe, ce n’est pas pour moi, c’est trop fort pour moi, je n’y arriverai pas." Et là, tu arrives à terre, tu rencontres des gens fabuleux qui se démènent pour t’aider à remettre de l’ordre sur le bateau, je suis resté 48 heures là-bas, on a réglé en deux jours des problèmes qu’on aurait mis deux semaines à régler à Port-Camargue sur notre base, et c’était reparti ! Je me suis dit: "Bon, c’est pas grave, on tourne la page." On a une vie tellement extraordinaire qu’on ne peut pas s’arrêter comme ça. Ce n’est pas possible, on a une chance incroyable de faire ce métier-là, qui n’est même pas un métier mais une occupation fabuleuse, quand on a la chance de vivre ces moments exceptionnels, on a juste besoin d’en connaître d’autres.

Comment abordez-vous ce deuxième Vendée Globe ? 
Avec plus d’inconscience. Il y a quatre ans, je pense très franchement qu’on avait une ambition trop forte, on partait vraiment pour gagner le Vendée Globe. Tout simplement parce que tout allait bien dans ma vie, trop bien presque. Je sortais de deux ans de Figaro incroyables, j’étais sur tous les podiums, j’avais enfin un sponsor à la hauteur de mes ambitions, on avait construit un super bateau, sans doute le plus rapide des bateaux avec Safran, on était dans une phase euphorique, on ne voyait pas pourquoi ça pouvait s’arrêter. Et finalement, le démâtage a remis les choses à leur place.

"Je me sens à l'aise"

La sérénité que vous affichez aujourd’hui vient-elle des quatre ans qui se sont écoulés depuis ?
Oui, elle vient de la maîtrise d’un maximum de paramètres, sur lesquels on a travaillé avec une équipe fidèle, un sponsor toujours enthousiaste qui me suit depuis huit ans. Le projet fonctionne bien, avec des hauts et des bas certes, mais c’est la vie de marin qui est faite comme ça, ce n’est jamais simple. Quand je regarde dix ans en arrière, je retrouve peut-être la sérénité que j’avais quand j’avais gagné le Figaro (en 2003, ndlr). Je n’étais pas le favori, je n’avais rien prouvé jusqu’à présent, mais je me sentais à l’aise avec mon projet. Aujourd’hui, c’est pareil, je me sens à l’aise avec ce projet énorme de faire le tour du monde en solitaire.

Cela veut-il dire que cette fois, vous ne partez pas pour gagner ?
Non, je pars pour finir et pour raconter une belle histoire. Et l’histoire sera d’autant plus belle si je suis bien placé.

Votre bateau a-t-il les armes pour lutter à armes égales avec les 60 pieds de dernière génération ?
Oui, c’est vraiment une certitude et il faut partir avec des certitudes. On sait que le bateau est parfait, ça fait cinq ans qu’on travaille dessus, il représente tout ce que j’avais envie de mettre dedans, il est à la fois performant, fiable et relativement confortable si tant est qu’on puisse parler de confort. Il n’a pas fondamentalement changé depuis sa mise à l’eau, on a essayé d’optimiser tous les critères, pas forcément dans le sens de la performance, parce que la performance peut être l’antidote de la fiabilité, on a juste fait en sorte que le bateau soit plus à mon image. Il faut que je me sente à l’aise avec tout ce qui est à bord, ça veut dire plein de petites choses qui me permettent d’être plus efficace, parce qu’en vieillissant, je suis forcément moins en forme que je ne l’étais à 20 ou 30 ans.

Vous avez très peu régaté ces derniers temps avec vos rivaux, est-ce un handicap de ne pas se situer par rapport à la concurrence ?
Je pense que sur un Vendée Globe, ça ne compte pas. D’abord parce qu’on se confronte à soi-même avant de se confronter aux autres, ensuite parce que c’est surtout important d’être en phase avec le projet dans sa globalité. Evidemment, on sait que les performances de Groupe Bel sont très proches de celles des autres bateaux, c’est un bateau très homogène, sans doute l’un des plus homogènes de la flotte, après, tout va être lié à la façon de le manier sur la durée, mais je pense vraiment que le bateau est parfait.

"Bien plus qu'une régate..."

Certains parlent à propos de ce Vendée Globe de régate entre trois caps, êtes-vous d’accord ?
Non, c’est bien plus qu’une régate, sinon, on ne le ferait pas. C’est une aventure, on va chercher des émotions qu’on ne connaît pas. On recherche l’exceptionnel dans une vie extraordinaire, c’est quand même un truc énorme. La régate viendra après.

C’est donc une quête personnelle avant tout ?
Oui. Moi, j’ai passé ma vie sur l’eau, sur des beaux bateaux, d’autres moins beaux, des lents, des très rapides, là, j’ai la chance de faire un truc qui se rapproche de l’exception, sur un joli bateau, avec un joli parcours, des gens super enthousiastes qui partagent nos émotions, nos difficultés, nos galères et nos moments de bonheur qui, quand on les vit en direct, sont vraiment éphémères. Ce n’est qu’après, quand on a terminé le truc, bien ou mal, qu’on se rend compte de tout le bonheur qu'ils représentent. Il y quatre ans, je n’ai vécu que 28 heures sur le Vendée Globe, mais après-coup, je me dis qu'elles ont été géniales, même si ça a vite basculé dans le cauchemar. Sur le coup, on ne se rend pas compte, il y a la tempête, la pression, la solitude, les galères, mais aujourd’hui, quand j’y repense, je me dis que c’était extraordinaire. Ne serait-ce que le chenal, c’est du pur bonheur, j’ai encore des frissons quand je pense juste au moment où tu le découvres en sortant du virage après le ponton, c’est magique, on a une chance incroyable de vivre ça.

Cette fois, vous aimeriez bien le pendre dans l’autre sens…
Oui. Il y a quatre ans, j’ai eu la chance inouïe aussi de remonter le chenal à l’arrivée de Marco (Guillemot). Il nous avait fait le bonheur immense de nous inviter à bord, nous ses copains qui avions eu moins de chance que lui, Bilou (Roland Jourdain), Yann (Eliès), Jean Le Cam et moi. Nous étions cinq avec lui sur son bateau pour remonter le chenal, il était deux heures du matin, il était heureux comme tout, je me suis dit: "Je veux vivre ça, j’ai besoin de ça." Mais ce n’est pas facile, car les chances pour qu’on vive ça sont finalement assez minces…

Si l’on se réfère aux statistiques du Vendée Globe, il ne devrait y avoir que dix bateaux à l’arrivée sur vingt au départ...
Oui, on y pense forcément. Mais pour revenir à la dernière fois, quand je suis sorti des Sables-d’Olonne, je savais qu’il y avait du mauvais temps, mais jamais je ne me serais imaginé que j’aurais abandonné au bout de 24 heures. J’ai même pensé le contraire en me disant: "Il y a des bateaux mal préparés, ils ne vont pas passer". Résultat: ils ont fini le tour, certains parmi les dix premiers, alors que je n’aurais pas misé un kopeck sur eux. C’est pour ça qu’il faut savoir relativiser l’enthousiasme et les difficultés qu’on rencontre, mais ce n’est pas facile...

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