De Lamotte: "Objectif 95 jours"

Tanguy de Lamotte sera l'un des cinq bizuths au départ. (Van Malleghem/DPPI)

Tanguy de Lamotte sera l'un des cinq bizuths au départ. (Van Malleghem/DPPI)

Jusqu’au départ de la septième édition du Vendée Globe, la rédaction vous propose portraits et interviews de la plupart des vingt marins qui s’élanceront le 10 novembre. Agé de 34 ans, Tanguy de Lamotte prendra part à son premier tour du monde à bord du plus ancien bateau de la flotte, l’ancien Whirlpool de Catherine Chabaud. Autant dire que même s’il est un régatier confirmé, le skipper d’Initiatives-Cœur partira avant tout pour finir…

Vous allez prendre le départ de votre premier Vendée Globe alors qu’il y a un an, vous étiez très loin d’imaginer une participation, comment cela s’est-il passé ?
C’est vrai que je ne pensais pas que ça pourrait arriver aussi vite. Quand on réfléchissait avec mon partenaire, Initiatives, on envisageait d’autres choses possibles, et tout à coup, on s’est demandé: pourquoi pas faire le Vendée Globe ? J’ai travaillé quelques semaines de façon intense pour ficeler un budget, savoir dans quelles conditions on pouvait se lancer dans l’aventure et voilà comment cela s’est concrétisé. L’envie était très profonde en moi, il n’a pas fallu gratter grand-chose pour la déclencher.

Depuis quand le Vendée Globe vous fait-il rêver ?
Depuis que je suis tout petit. Après, quand j’ai commencé à faire de la course au large, je me suis dit que ce n’était plus inaccessible et qu’un jour, peut-être…  Et ça s’est transformé en réalité, c’est génial.

Qu’est-ce qui vous fascine dans cette course ?
C’est la course la plus dure, la plus longue, la plus extrême, le challenge ultime, on ne peut pas être moins nombreux sur le bateau, on va plus loin que tout, il n’y a pas pire, mais pas mieux non plus ! J’ai toujours aimé relever des challenges, même hors-voile, là, c’en est un gros. Il y a beaucoup d’inconnues, mais j’ai une énorme envie de découverte sur ce voyage.

Quelles images en gardez-vous ?
J’ai vécu l’arrivée de Christophe Auguin en 1997 et surtout toute la préparation dans l’équipe d’Ellen MacArthur, puisque je travaillais avec elle pour le Vendée Globe 2000-01. J’ai fait le départ, descendu le chenal sur son bateau, j’ai sauté à son bord à l’arrivée, j’ai donc touché le Vendée Globe du doigt. Après, il y a aussi les joies de Samantha (Davies, lors du dernier Vendée Globe, ndlr), les galères de certains autres, comme Yannick (Bestaven) qui démâte 24 heures après le départ, ça fait mal au cœur, mais ça fait partie du jeu.

La casse fait effectivement partie du jeu, la craignez-vous ?
J’ai la chance pour l’instant d’avoir un projet qui se déroule très très bien, on a mis le paquet sur la fiabilité, pas forcément sur la performance, car le seul truc qui compte, c’est d’être à l’arrivée.

"Le challenge ultime"

Vous partez sur le bateau le plus ancien de la flotte (1), considérez que votre participation s’inscrit dans un projet sportif ou dans un projet d’aventurier ?
Forcément, c’est un projet sportif, parce que faire le tour du monde à la voile, c’est un challenge sportif, mais je me place vraiment plus dans la peau d’un aventurier. Je suis un des quatre bizuths (2), je vais découvrir les mers du Sud, la solitude sur une longue durée, l’éloignement, c’est de la découverte pure. Ces dernières années, sur mon Class 40, j’essayais de gagner toutes les courses en prenant les risques qu’il faut, je laisse cette fois-ci cette position à ceux qui ont un projet depuis quatre ans. Moi, je me place vraiment dans la peau de celui qui veut finir et raconter une belle histoire.

Reste que comme vous venez de le dire, vous avez déjà régaté et gagné en Class 40, vous partez forcément avec un peu d’ambitions sportives, non ?
Si, bien sûr, je m’appliquerai à faire la plus jolie trace, c’est ça qui sera ma satisfaction, mais il faut rester honnête, j’ai eu très peu de temps de préparation par rapport aux autres, un budget riquiqui, un vieux bateau, même s’il est fiable, et je n’ai pas l’expérience des autres. Donc même si on part pour la même course, je vais essayer de mener le bateau le plus justement possible à son niveau, je pense que je peux faire un tour du monde en 95 jours, ce serait super.

C’est votre objectif personnel ?
Oui, j’aimerais bien descendre sous les cent jours. Les trois bateaux sur le podium sur le Vendée Globe 2000 étaient en 95 jours (3), dont le sistership de mon bateau qui était mené par Bilou (Roland Jourdain, troisième, ndlr). Je ne me compare pas du tout à lui, mais je pense que les vitesses ont un peu augmenté, on mène les bateaux un peu différemment, donc c’est un temps qui me paraît accessible, même si le parcours est un peu allongé avec les portes des glaces. Après, l’objectif est modulable, parce que je n’ai aucune expérience de la gestion des mers du Sud et que je compte mettre le curseur de la sécurité et de la fiabilité très très haut, quitte à être en-dessous des polaires (vitesses cibles dans des conditions de vent données, ndlr) du bateau. Car je DOIS être à l’arrivée (il insiste) pour sauver un maximum d’enfants (4). Plus la course durera, plus ce Téléthon du cœur sera efficace, c’est un objectif qui, limite, me met plus la pression que l’objectif sportif, je le prends presque comme une responsabilité, je suis le porte-drapeau d’une cause à laquelle je tiens, il faut que je fasse le boulot jusqu’au bout.

Vous vous élancez sur l’ancien Whirlpool, mené lors du Vendée Globe 2000-01 par Catherine Chabaud, la première marraine de l’association Mécénat-Chrirugie cardiaque, le choix du bateau a-t-il été dicté par ces considérations ?
Non, c’est un beau hasard, et ce n’est d’ailleurs pas le seul dans notre projet, ce qui me conforte encore plus dans le fait de me dire que c’est le bon moment pour faire le Vendée Globe. Il y avait déjà un logo Mécénat-Chirurgie cardiaque sur le bateau de Catherine, j’avais déjà navigué dessus avec Simone Bianchetti, c’est un bateau que j’ai toujours bien aimé pour son look et son élégance. Or, il se trouve que des trois bateaux que j’avais identifiés comme corrects pour aller faire le tour du monde, c’est celui-là qui est sorti du chapeau, qui était le seul accessible pour nous financièrement tout en répondant à mes critères de sécurité. Je suis un aventurier, mais j’aurais quand même eu du mal à partir avec celui de Jean-Luc Van den Heede (l’ancien «cigare», mis à l'eau pour le premier Vendée Globe, ndlr) ou un autre de ce genre.

Passe-t-on facilement d’un 40 à un 60 pieds ?
Ce 60 pieds date de 1998, donc il n’est pas encore trop complexe. La taille est différente, mais physiquement, je m’y adapte. Ce n’est pas le côté technique qui m’impressionne, par contre, il y a beaucoup de systèmes embarqués, beaucoup plus de choses à gérer que sur un 40 pieds. Au moment du départ, j’aurai navigué entre 40 et 50 jours, c’est peu, il y a des manœuvres que je n’ai pas encore faites, des conditions que je n’ai pas encore rencontrées, comme le très très gros temps, donc je vais y aller mollo, découvrir le bateau au fur et à mesure…

Vous dites-vous parfois que le Vendée Globe, c’est trop gros pour vous ?
Non. A partir du moment où j’ai pris la décision de partir, je n’ai plus eu de doutes, même pendant mon parcours de qualification.

Vous faites-vous une montagne des mers du Sud, que vous allez découvrir ?
La descente de l’Atlantique est déjà une belle colline ! Je ne parlerais pas de montagne, je ne me dis pas que c’est infaisable, mais je sais que je pars pour plus longtemps, que ce sera plus loin, plus dur sans doute, mais aussi plus beau.

(1) Plan Lombard mis à l’eau en août 1998 pour Catherine Chabaud sous le nom de Whirlpool

(2) Avec la participation, annoncée tardivement, du Polonais Zbigniew Gutkowski, ils sont en fait cinq débutants: Tanguy de Lamotte, Zbigniew Gutkowski, François Gabart, Alessandro Di Benedetto et Louis Burton

(3) Michel Desjoyeaux avait remporté ce Vendée Globe 2000-01 en 93 jours 3h57 devant Ellen MacArthur (94 jours 4h24) et Roland Jourdain (96 jours 01h02)

(4) En plus de la société Initiatives, Tanguy de Lamotte défend les couleurs de l’association Mécénat-Chirurgie cardiaque dont l’objectif est d’opérer des enfants, souvent issus de pays en voie de développement, atteints de malformations cardiaques.

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Tanguy de Lamotte en bref

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