Le Cléac’h: "Jusqu'au bout à fond"

Premier record pour Le Cléac'h sur son maxi-trimaran.

Premier record pour Le Cléac'h sur son maxi-trimaran.

A la barre de son maxi-trimaran Banque Populaire VII, le Finistérien Armel Le Cléac’h a battu dans la nuit de lundi à mardi le record de la traversée de la Méditerranée en solitaire entre Marseille et Carthage. Le nouveau temps de référence ? 18 heures 58 minutes 13 secondes, soit 6h40’23’’ de mieux que le précédent détenu par Thomas Coville, à 23,80 nœuds de moyenne théorique (25,40 en réel). Joint mardi matin, le skipper a confié sa satisfaction.

Pouvez-vous nous raconter cette traversée express ?
Ça a été rapide, avec des conditions de vent soutenues du début à la fin, mais aussi une route assez proche de la route directe, ce qu’on cherchait sur cette fenêtre avec Marcel (Van Triest, le routeur à terre, ndlr). Je suis parti au portant sous gennaker (grande voile d’avant, ndlr), j’ai ensuite effectué deux empannages pour me recaler dans le bon vent au niveau de la Sardaigne, ensuite la fin a été assez rapide jusqu’à l’arrivée à Tunis, où le vent s’est renforcé sur la fin. Ce n’est pas forcément facile de trouver du vent du début à la fin sur ce parcours, là, l’enchaînement s’est pas mal fait.

Vous deviez partir dimanche matin, vous ne vous êtes finalement élancé que lundi très tôt, pourquoi ?
On avait effectivement une première fenêtre météo prévue dimanche en fin de matinée, mais quand je suis arrivé sur zone à Marseille, il y a eu un gros orage, il a fallu décaler le départ d’une heure parce que c’était vraiment très violent, avec des rafales jusqu’à 40 nœuds. Derrière, le vent a bien molli, on a donc attendu le retour d’un vent à l’ouest, qui a tardé à venir, du coup, j’ai pris la décision de faire demi-tour (vers La Ciotat, où le trimaran était en stand-by, ndlr). D’autant qu’on savait qu’on avait un créneau possible par la suite.

Vous attendiez-vous à autant d’écart entre votre chrono et celui de Thomas Coville ?
C’est vrai que le chrono est vraiment excellent, au départ on cherchait 20-22 heures, car on savait que la météo n’est pas toujours facile à trouver sur ce record, mais au fur et à mesure du parcours, on a vu que la météo était bonne, même un peu plus forte que prévu par moments, ça accélérait bien, j’avais de bonnes sensations à la barre. Et à un moment, je me suis dit que quitte à battre le record, si je pouvais mettre la barre assez haute pour qu’il tienne un peu, ce serait pas mal, donc j’ai été jusqu’au bout à fond.

Combien de temps avez-vous barré et vous êtes-vous fait des frayeurs ?
J’ai barré la moitié du temps. Sinon, j’ai eu un petit coup de stress à la fin car le vent est bien monté sur les 30 derniers milles, avec des rafales à 33-34 nœuds. Comme j’étais un peu sur-toilé, il a fallu réduire un peu. Il y avait en plus pas mal de trafic en baie de Tunis. Il fallait avoir un peu d’énergie, ça s’est bien goupillé, c’est une bonne expérience pour la suite de savoir que dans les moments un peu chauds, le bateau se comporte bien.

"Quatre transats l'année prochaine"

A l’arrivée, vous signez un temps proche de celui mis par Franck Cammas et son équipage sur le même bateau (17h08’23’’), alors appelé Groupama 3, qu’est-ce que cela vous inspire ?
Je ne savais pas que Franck avait fait ce record avec Groupama. Là, le bateau est en configuration solitaire, avec un mât plus petit, qui permet dans du vent soutenu de tenir des bonnes moyennes ; le bateau est maniable dans ces conditions qu’il apprécie, ça permet de ne pas être complètement dans le rouge en termes de sécurité ou de tenue à la barre.

Quels enseignements tirez-vous de ce premier record pour votre première tentative, notamment en vue de la Route du Rhum ?
C’est la première fois que j’étais vraiment tout seul sur le bateau, j’étais en confiance parce que j’avais suivi une bonne préparation, le pilote était bien réglé, il fallait mettre tout ça en pratique, c’est donc un premier bon enseignement pour l’objectif n°1 qu’est la Route du Rhum. Maintenant, il faut continuer à naviguer dans toutes les conditions possibles, ce que je vais faire l’année prochaine sur mes deux tentatives prévues, la Route de la Découverte (Cadix-Bahamas à partir de fin janvier, ndlr) et l’Atlantique Nord (New York-Cap Lizard au printemps, ndlr). Comme je vais ramener le bateau à Lorient entre les deux, ça va me faire quatre transats pour préparer au mieux la Route du Rhum, je vais en profiter pour élargir ma gamme d’expérience sur le bateau, car dans l’Atlantique Nord, on peut être confronté à des conditions plus musclées en termes de mer et de force de vent.

Etes-vous au final rassuré par le potentiel du bateau ?
J’ai été assez séduit par le potentiel du bateau, on voit qu’il y a de belles choses à faire, maintenant, ce qui est compliqué, c’est de prendre la mesure du bateau, de ne pas se laisser dépasser par la machine. Sur une Route du Rhum, on sera confronté à d’autres problèmes, c’est pour ça qu’il va falloir travailler en amont dans diverses conditions pour maîtriser le bateau du mieux possible, notamment dans des conditions plus difficiles.

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