Neuf skippers au crible

Jérémie Beyou sera tenu de "faire des coups"selon Christian Le Pape.

Jérémie Beyou sera tenu de "faire des coups"selon Christian Le Pape.

Créé en 1990, le Pôle Finistère Course au large a formé ou accueilli nombre des marins français (et même étrangers) qui trustent aujourd’hui les podiums des grandes courses au large, de Michel Desjoyeaux à Franck Cammas en passant par Jérémie Beyou, Jean Le Cam, Vincent Riou ou Armel Le Cléac’h. Son directeur, Christian Le Pape, nous présente, les neuf stagiaires qui ont suivi cette année les stages de préparation au Vendée Globe (*).

Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec 3) : "Le croisé"

"Jean-Pierre, c’est l’engagement absolu, c’est un peu un croisé, il a une foi dans l’envie extraordinaire. Par moments, il paraît un peu extra-terrestre, dans les nuages, mais sur un bateau, c’est vraiment un guerrier."

Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) : "Tout paraît fluide"

"Si je devais résumer Armel, ce serait : une extrême motivation, une grande force et une maîtrise qui fait que tout paraît très fluide. C’est un peu comme un grand joueur de tennis ou de golf, tout paraît facile, mais qu’on ne s’y trompe pas, c’est parce qu’il y a beaucoup de travail derrière. Son côté bon élève ? Je ne sais pas si on peut mesurer les résultats de Finistère Course au large au nombre et à la qualité des fiches d’évaluation rendues, mais c’est certain qu’Armel, dans le genre, détient un record de copies rendues et pertinentes. Est-ce sa formation d’ingénieur ? Toujours est-il qu’il ressent le besoin et l’importance de la procédure, et pour moi, c’est efficace. Pour progresser, on a besoin de traces, même si certains y arrivent aussi en étant plus intuitifs."

François Gabart (Macif) : "Le talent besogneux"

"Assister à une progression aussi rapide, c’est toujours étonnant et difficile à prévoir. François est souvent souriant, là encore, ça paraît fluide, mais c’est un gros bosseur et il a une motivation hors du commun pour le Vendée Globe. Quand il est arrivé en 2008, il avait envie de faire le Vendée Globe, c’était un engagement absolu de sa part, pour cela, il a pris en compte et travaillé tous les éléments de la performance. Il a un profil de talent besogneux, quelque part, c’est une nouveauté. Avant, on avait des marins de grande classe, mais pas forcément aussi besogneux. Il s’inscrit dans la lignée des Mich’ Desj’ (Desjoyeaux) ou Franck Cammas, pour l’instant, cette tendance gagne."

Jérémie Beyou (Maître Coq) : "Un défi nouveau pour lui"

"Il est de la même génération qu’Armel (Le Cléac’h), mais avec une machine qui n’est pas de dernière génération, donc ça donne un projet sûrement un peu différent, parce qu’il sait que s’il fait pareil que les autres, en termes de vitesse, il a un petit déficit. Le fond de jeu est identique au niveau de la technique, il a le talent du solitaire, l’expérience de l’Imoca, mais avec un bateau qu’il n’a découvert que depuis un an, parce qu’il a démarré son projet plus tard que les autres. C’est un défi nouveau pour lui, double vainqueur du Figaro, habitué à la gagne et au contact, là, il va devoir se mettre dans une philosophie un peu différente. Comment peut-il rivaliser ? Avec des trajectoires plus travaillées, peut-être une prise de risques au niveau des écarts de route, si jamais il y a des phénomènes météo qui le permettent. Il est un peu plus tenu de tenter des coups par rapport aux autres."

Vincent Riou (PRB) : "Je le trouve frais"

"Déjà vainqueur du Vendée Globe, donc la victoire, il connaît. Il a une machine aboutie, voire très aboutie, il s’est affûté, il a perdu dix-quinze kilos, c’est un signe. Il est très souriant, très détendu, il a fait un important travail sur son bateau et sur lui-même. Expérience + entraînement + travail sur soi, les ingrédients sont là. Je le trouve frais, il a gagné il y a huit ans, il a eu pas mal de déboires mécaniques depuis, il a très envie de prouver que ce Vendée Globe de 2004 était l’apanage de la classe, ça doit lui donner de sacrés crocs."

Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) : "En gros progrès"

"Alors que les nouveaux bateaux sont presque tous issus des mêmes plans (Verdier-VPLP, ndlr), lui a choisi un plan différent (Juan Kouyoumdjian), très puissant, très typé, mais aussi très compliqué. C’est un peu un proto dans les protos. Autant les autres nouveaux bateaux peuvent profiter les uns des autres, puisqu’ils sont assez identiques, autant lui en profite beaucoup moins, il est tout seul, a moins d’éléments de comparaison. Cela dit, Bernard est en gros progrès dans la gestion du bateau et des priorités, j’ai navigué avec lui, je l’ai trouvé différent, plus rationnel, calé sur l’objectif, ce qui fait l’efficacité constatée des grands solitaires. En préparation de la Transat Jacques-Vabre il y a un an, il était souvent décroché dans des phases de transition, là, il n’a pas été tout le temps premier, mais il l’a été, en tout cas, il n’est pas décroché."

Marc Guillemot (Safran) : "Un mélange assez intéressant"

"Il a du métier et une machine bien aboutie. C’est certes un plan de 2007, mais il ne reste plus grand-chose du plan de 2007, peut-être le fond de coque ! Personnellement, je crois à ces projets de développement continu, progressif, qui arrive à maturité. Pareil pour le skipper, il n’est pas issu de la jeune génération très rationnelle, méthodique, organisée, il a un côté plus intuitif, mais ça donne un mélange assez intéressant entre un bateau de la haute technologie, parce que le groupe Safran s’est beaucoup impliqué dessus, et quelqu’un qui, contrairement à certains jeunes, n’a pas cette approche d’ingénieur. Ce compromis me plaît bien dans cet attelage."

Samantha Davies (Savéol) : "Hyper sereine"

"Un bateau moins récent, une approche tardive, donc différente des autres. Mais la navigatrice est hyper sereine, elle a eu des changements dans sa vie depuis le dernier Vendée Globe, puisqu’elle est devenue maman, elle pourrait être stressée, mais non, on a l’impression que les événements ont peu de prise sur elle, elle est toujours très souriante et d’humeur très positive. Et Sam a vraiment le profil Vendée Globe. Elle a la maîtrise technique, les fondamentaux du solitaire et de la manœuvre."

Jean Le Cam (Synerciel) : "L’atypique intuitif"

"Jean, c’est l’atypique intuitif, le « quinqua » avec Marc (Guillemot). Il a un projet qui a démarré très tard, donc il a eu la volonté de ne pas se confronter aux autres pour ne pas se caler par rapport à eux, il veut faire sa vie et à son rythme. Il joue plus sur une défection des coureurs leaders en termes de potentiel du bateau, mais il n’a quand même pas un mauvais cheval, et surtout, il a une expérience énorme et une motivation hors du commun."

(*) Huit en réalité, puisque Jean Le Cam, fidèle du Pôle, ne s’est pas entraîné cette année avec les autres, son projet de Vendée Globe ayant démarré trop tard.