Desjoyeaux: "On a bien bossé"

Michel Desjoyeaux à Gênes, à l'arrivée de la cinquième étape du Tour de l'Europe.

Michel Desjoyeaux à Gênes, à l'arrivée de la cinquième étape du Tour de l'Europe.

Deux points et trois minutes, c’est la marge avec laquelle Michel Desjoyeaux et son équipage ont remporté la première édition du MOD70 European Tour. Epuisé mais heureux, le skipper de Port-la-Forêt se félicite de la concurrence rencontrée sur ce circuit qu’il estime "bien né". Et évoque la fin de son partenariat avec Foncia, confiant dans sa capacité à trouver un nouveau sponsor pour continuer de naviguer la saison prochaine sur ces trimarans.

Vous gagnez ce Tour d’Europe sur le fil. Votre joie est-elle proportionnelle à la difficulté rencontrée pour devancer Spindrift racing ?
Ça a une certaine saveur effectivement parce qu’il a fallu se bagarrer jusque dans les derniers instants de la course pour aller chercher cette victoire. A une heure de notre franchissement de la ligne d’arrivée (à Gênes, ndlr), on était deuxième du classement général (Spindrift racing était alors assuré de la victoire d’étape, ndlr). Et à dix minutes de l’arrivée, on repasse deuxième de l’étape et donc on garde notre place de leader du classement général. Ça ne s’est pas fait tout seul. Il a fallu chercher ça un peu partout. On est resté concentré tout le temps. Et ma foi, c’est grâce à ça qu’on en est là aujourd’hui.

Où trouve-t-on ces ressources pour en remettre une couche alors que cette place de leader vous échappe alors ?
Mon avantage est d’être entouré par des gens qui sont passionnés par ce qu’ils font, qui sont très compétents et qui ont su rester très concentrés. Au lever du jour ce matin, on aurait pu entendre les mouches voler tellement on était tous tendus et concentrés sur ce qu’il nous restait à faire. C’est aussi grâce à ce travail là qu’on peut en arriver à ce résultat. Mais c’est aussi un ensemble de choses. Après avoir passé 80% de ce Tour d’Europe en tête du classement général, il n’y avait pas de raison de ne pas l’être jusqu’au bout. Et puis, il y a les circonstances de course. On a fait la majorité de la course en tête sur cette étape. Et c’est seulement à 20 kilomètres de la ligne d’arrivée que tout a été chamboulé une première fois puis remis à l’endroit au dernier moment à la faveur des brises erratiques au large de Gênes.

Vous avez tout gagné en solitaire. Le bonheur est-il multiplié quand on partage la victoire avec des équipiers ?
On me connaît pour avoir gagné en solitaire mais j’ai toujours fait beaucoup d’équipage et j’adore ça, même si je n’ai pas toujours été brillant et connu la même notoriété qu’en solitaire (rires). J’ai longtemps été équipier sur d’autres bateaux, ce qui permet d’apprendre beaucoup de choses. Et puis j’y ai déjà acquis quelques lettres de noblesse, sur Foncia déjà, en remportant l’Istanbul Europa Race en 2009 ou le Vulcain Trophy l’année dernière (circuit en équipage disputé sur Décision 35) avec quasiment 80% de l’équipage qui est aujourd’hui avec moi sur ce bateau. Donc c’est quelque chose que je sais faire. Et c’est vrai que réussir à emmener un équipage et plusieurs individus, car ce sont aussi des gens avec des personnalités et pas seulement de bons petits soldats, c’est aussi une satisfaction personnelle. L’humain n’est pas toujours mon fort. Mais quand ça se passe comme ça et que le résultat est au bout, on est content de cet aspect là aussi.

"Aujourd’hui, je suis confiant..."

Cette étape est à l’image de ce Tour d’Europe extrêmement disputé. Est-ce la preuve que ce circuit est bien né ?
Finalement, il n’y a que sur l’étape entre Cascais et Marseille où la flotte s’est étirée comme un élastique au fur et à mesure. Mais c’est vrai que cette étape-là n’est que le reflet de tout ce qu’il s’est fait avant. C’est la démonstration de l’intérêt de la monotypie. C’est la démonstration aussi, si ce n’est du très haut niveau, du moins de l’homogénéité de la concurrence et d’ailleurs je félicite Spindrift racing, rapidement identifié comme notre ennemi public n°1, de nous avoir donné tout ce fil à retordre. C’est aussi ça qui nous intéresse, que les bateaux soient sympathiques, amusants et suffisamment solides pour ce qu’on leur fait faire - et Dieu sait qu’on leur tire dessus – et que la bagarre soit au rendez-vous. Les places sont chères. Et s’ils sont exigeants, comme tous les multicoques, les bateaux sont fiables, même en tirant dessus, on n’a pas encore réussi à les casser. Donc je pense que le circuit est bien né et j’espère qu’il va prospérer car il y a vraiment des trucs sympas à faire. Les marins ont l’air content de jouer avec ces bateaux.

Et parmi eux, des marins reconnus, dont Franck Cammas…
C’est sûr qu’il ne faut pas seulement regarder les skippers. On est six sur les régates au large et huit sur les "city races". Et il y a du beau monde sur tous les bateaux, pas tous connus mais tous compétents et reconnus dans le milieu. Ça ne fait que rajouter pour nous du bonheur de les avoir battus et d’être les premiers d’entre tous.

Cette victoire salue aussi la fin d’une histoire avec Foncia. Quel sentiment vous anime ?
Je suis sous les couleurs de Foncia depuis 2007 grâce à Alain Gautier qui m’avait mis le pied à l’étrier pour participer au Vendée Globe 2008-2009. J’ai eu la chance, sous ces couleurs, de beaucoup naviguer, sur beaucoup de supports : du monocoque (60 pieds Imoca), du catamaran sur le Lac Léman (D35), du trimaran cette année (MOD70)… Je pense que j’ai un peu rendu service à mon sponsor en termes de notoriété. Et il m’a rendu service en me permettant de faire de très belles courses. Je pense avoir bien fait mon boulot et rempli de belles lignes de mon palmarès mais aussi celui de Foncia. Pas plus tard que la semaine dernière, lors de l’escale à Marseille, on avait à bord quelques collaborateurs et clients de Foncia qui étaient ravis. Je suis désolé pour eux que leur direction ait décidé de ne pas continuer cette aventure-là. Mais ils ont auront l’occasion de suivre le MOD70 la saison prochaine, avec, j’espère, ma pomme toujours à bord sous d’autres couleurs.

Quelles sont vos chances d’être toujours là la saison prochaine sur ce circuit ?
Je ne suis encore assuré de rien. Mais motivé, évidemment ! Sinon, je ne serai pas venu sur ce circuit. Aujourd’hui, je suis confiant parce qu’on a un beau produit, parce que le résultat que l’on vient de faire ne fait que confirmer qu’on fait partie des têtes de série de ce circuit, parce que la voile, enfin, est un super outil de communication, beaucoup moins cher que ce que beaucoup de gens croient. Donc j’espère trouver un successeur à Foncia pour mettre son nom sur les jolies coques de ce trimaran.

Quelle est votre deadline ?
Oui, elle est relativement éloignée puisque j’ai jusqu’au 15 février 2013 pour signer l’inscription du MOD70 n°3 pour le championnat 2013-2014. La deadline est là. On a bien bossé pour remporter ce Tour d’Europe, maintenant il va falloir transformer cet effet-là si on ne veut pas regarder les autres régater la saison prochaine. Une chose est sûre, j’y vais avec la même motivation et la même détermination. Et advienne que pourra.

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