Le défi fou de Vonn

Lindsey Vonn veut s'aligner à Lake Louise... chez les hommes !

Lindsey Vonn veut s'aligner à Lake Louise... chez les hommes !

Lindsey Vonn sera-t-elle présent dans le portillon de départ au milieu des messieurs ? C'est en tout cas le souhait de l'Américaine qui souhaite obtenir l’autorisation de s’aligner lors de la descente messieurs de Lake Louise en novembre. Vrai défi ou coup de pub ? Le milieu s'interroge.

L’annonce a fait l’effet d’une bombe dans le milieu du grand cirque blanc. A quelques semaines du début de la saison (le 27 octobre pour les dames, le lendemain pour les messieurs avec deux slaloms géants à Sölden), Lindsey Vonn a annoncé avoir adressé un courrier officiel à la FIS pour obtenir l’autorisation de participer à la descente messieurs de Lake Louise le 24 novembre prochain.  "Je voudrais avoir une chance une fois dans ma vie de courir contre eux. Annika Sörenstam l'a fait en golf et a ouvert la voie aux femmes, a expliqué l'Américaine au New York Times. Je ne demande pas des points en plus pour la Coupe du monde. Je ne demande rien de tout ça. Je veux juste avoir la chance de participer." Les critiques n’ont pas tardé à s’élever au sein de l’équipe américaine. Vonn y a rapidement répondu, tout en dévoilant un peu plus ses objectifs. "Tout le monde a droit à son opinion, mais je voudrais la chance de concourir contre eux et de voir où j'en suis. J’aimerais être dans les points, dans le top 30."

Une telle performance est-elle réalisable ? Difficile à dire. Lindsey Vonn n’a pas choisi au hasard Lake Louise, une des pistes les moins difficiles sur le circuit messieurs, parfois surnommé "Lake Lindsey" tant elle domine ses comparses au Canada. L’Américaine s’est imposée à onze reprises dans l’Alberta où elle est invaincue depuis deux hivers. Mais les pistes dames et messieurs (dite "piste olympique") ne sont pas les mêmes et les conditions atmosphériques, si importantes en ski, varient trop.Il serait en tout cas bien illusoire de ressortir les chronos des archives pour les comparer les chronos. Les avis sont en tout cas tranchés, à l’image du scepticisme des représentants tricolores. "C'est une énorme athlète, elle casse toutes les statistiques du ski féminin", rappelle Marie Marchand-Arvier. La skieuse des Contamines est bien placée pour évoquer le phénomène, elle qui avait justement pris la deuxième place de la deuxième descente de Lake Louise l’an passé… à 1 seconde et 32 centièmes de Vonn. "Ça l’amuse de dire ce genre de choses même si je pense qu’elle ne pourra pas le faire".

"De très gros écarts" selon Théaux

La FIS devrait en effet se prononcer contre notamment pour des raisons de calendrier. Alors qu’il est interdit de s’entraîner sur une piste de Coupe du monde cinq jours avant une course, autoriserait l’Américaine à s’élancer sur la course messieurs lui donnerait un avantage en vue du week-end suivant, celui de la course dames toujours à Lake Louise. L’annonce ne serait donc qu’un coup de pub ? "C’est un gros coup de buzz qui a bien marché, sourit Anémone Marmottan. C’est impensable qu’elle s’aligne avec les garçons. Mais ça peut être intéressant. A titre d’exemple, Marlies Schild ouvre souvent le slalom messieurs de Schladming. C’est la référence pour le slalom chez les dames et elle se prend de bonnes tartines ! (rires) Les pistes des garçons en vitesse sont bien plus compliquées, ça parait impensable. Je me trompe peut-être mais j’ai l’impression que c’est plus pour faire parler d’elle."

Qu’en pensent justement les descendeurs ? Adrien Théaux est également sceptique. Le vainqueur de la descente de Lenzerheide en 2011, troisième du Super-G de Lake Louise la saison dernière, n’y croit pas. "Je ne vois pas comment elle pourrait courir avec nous." Le skieur de Val Thorens dresse un premier obstacle technique : "Avec quel dossard l’aligner ? Si elle peut, tant mieux, ça ne me  dérange pas du tout mais je pense juste qu’il y aura de très, très gros écarts. Ça reste Lake Louise, une course qu’elle connait, le tracé est un peu plus dur chez les messieurs, la neige est également plus dure. Ça ne me dérange pas qu’elle vienne mais si elle est là à Lake Louise, pourquoi ne ferait-elle pas toute la Coupe du monde avec nous ? C’est beau d’en faire une comme ça mais faut aussi venir à Bormio, à Wengen, à Kitzbühel et partir avec de vrais dossards. C’est déjà autre chose ! Je ne cherche pas du tout à dénigrer le sport féminin et le ski féminin en particulier mais je pense que, comme dans d’autres sports, c’est quand même différent des hommes." Trop ?