Worley: "De plus en plus à l'aise"

A 23 ans, Tessa Worley peut déjà faire parler son expérience sur le circuit de la Coupe du monde.

A 23 ans, Tessa Worley peut déjà faire parler son expérience sur le circuit de la Coupe du monde.

Le podium, d’entrée, tel sera l’objectif de Tessa Worley ce week-end à Sölden, pour l’ouverture de la saison de ski alpin. Troisième de la dernière Coupe du monde de géant, la skieuse du Grand-Bornand aborde ce nouvel exercice pleine d’ambitions, avec de tout nouveaux skis et non sans lorgner les disciplines de vitesse…

Tessa, le début de la saison approche avec ce traditionnel slalom géant d’ouverture à Sölden. Comment vous sentez-vous à l’attaque de ce nouvel hiver de Coupe du monde ?
Très bien, tout va bien physiquement. J’ai très envie d’attaquer cette saison. C’est le rendez-vous incontournable. L’ambiance y est particulière. J’aime toujours ce moment-là, surtout que cette saison s’annonce très intéressante.

Comment avez-vous travaillé pour vous présenter en pleine possession de vos moyens sur ce glacier autrichien samedi ?
J’ai participé au stage d’avant-saison avec le groupe à Ushuaïa.  Il y avait peut-être moins de neige que les autres années, mais les conditions étaient bonnes lors du premier stage en juillet-août. On a eu un peu de chance, ça a été exceptionnel avec des conditions d’hiver idéales pour faire du bon boulot. Le deuxième stage était un peu plus tard dans la saison avec des conditions printanières, mais ce sont aussi des situations que l’on peut retrouver durant la saison. Cela nous a donc permis de travailler sur tous les profils.

Ushuaïa est presque devenu une routine d’avant saison…
Oui, cela fait maintenant trois étés de suite qu’on part en Argentine pour nous préparer. C’est vrai que cela peut être parfois long là-bas. Cet été, j’ai changé de programme en entrecoupant ces stages par des périodes de dizaines de jours au Chili (dans la station de La Parva, créée par Emile Allais, décédé le 18 octobre dernier, ndlr).

Vous avez rejoint là-bas le groupe de vitesse, comment cela s’est-il passé ?
Super bien. Ça m’a fait du bien de pouvoir changer d’endroit, de discipline surtout, avec des conditions idylliques. La neige était dure, la piste était relativement facile pour des débuts en descente et Super-G. C’était le bienvenu pour couper un peu. Après cela, j’avais à nouveau bien envie de refaire des entraînements en géant et slalom.

"Le nouveau règlement ? Cela reste du ski !"

Cela vous conforte-t-il dans votre choix de poursuivre votre découverte des disciplines de vitesse ?
Tout à fait, même si c’était déjà tout conforté (rires) ! C’est vrai que c’était ce que je voulais faire. L’an passé, j’ai pu m’aligner en Super-G sans vraiment de préparation et je pense que cela me manquait un peu. Quand tu sais que tu as manqué d’entraînement, tu n’es pas super à l’aise au moment de t’aligner au départ d’un Super-G. Là, je n’ai pas fait énormément de jours, mais c’est déjà ça, et je pense que je peux m’améliorer beaucoup dans cette discipline. C’est un pas vers la vitesse.

Comment va s’articuler du coup votre calendrier cette saison ?
J’avais déjà fait pas mal de Super-G la saison dernière. J’en avais raté deux ou trois (Tessa Worley s’est alignée sur quatre des huit manches de Coupe du monde de Super-G l'hiver dernier, à Schladming, Garmisch-Partenkirchen, Cortina d’Ampezzo et Bad Kleinkirchheim, ndlr). Je vais maintenir tout ça. Pour ce qui est des descentes, il n’y a rien de prévu encore. Mais c’est vrai que disputer des entraînements de descente avant un Super-G peut quand même bien aider. J’envisage donc d’en faire, mais pas de quoi s’aligner au départ d’une manche de Coupe du monde de descente. Ça dépendra de la forme du moment, des objectifs à court terme en géant et slalom. C’est vraiment à la carte ! C’est vrai que Schladming (18e du Super-G) m’a donné envie.

Cet été vous a aussi permis de vous familiariser avec les nouveaux skis. Quel est votre retour là-dessus ?
Ça reste un point de débat, mais ce n’est finalement pas ce à quoi je m’attendais. Cela reste du ski ! On a eu le temps de travailler là-dessus, de nous adapter.

Cela crée-t-il une excitation supplémentaire pour Sölden ?
Sölden va être un test pour tout le monde avec ces nouveaux skis. Chaque saison, cette manche permet de savoir comment tout le monde s’est préparé. Cette année, ce sera différent car il faudra aussi voir comment tout le monde a réagi à l’apparition de ces nouveaux skis. Ça rajoute un peu de suspense. Mis à part ça, la hiérarchie ne sera pas trop bousculée. En géant, tout est de toute façon très ouvert.

Combien de skieuses peuvent prétendre à la victoire du coup selon vous cette saison ?
Une dizaine de filles, je pense, sont largement capables de monter sur le podium, voire plus. Cela fait plusieurs années que le niveau en géant est très dense. On sent que plusieurs filles peuvent jouer devant.

Les premières analyses disaient que cela favoriserait certains gabarits, en l’occurrence les skieurs les plus puissants. Est-ce une crainte pour vous qui ne figurez pas dans ces standards (Tessa Worley mesure 1,58m pour 60 kilos, l’un des plus petits gabarits du circuit) ?
Franchement ? Non ! Après, je me suis entraînée avec le groupe équipe de France où on a tous à peu près le même gabarit (rires) ! Je ne sais pas trop. Je ne crois pas que cela puisse avoir d’impact.

Et concernant votre technique, cela a-t-il des conséquences ?
Un petit peu. J’ai dû m’adapter. Mais c’est plus un impact positif car cela demande plus de rigueur et de solidité. On est obligée. On peut se permettre un peu moins de risques.

Jean-Baptiste Grange nous confiait récemment que ces skis étaient plus exigeants pour les genoux. Confirmez-vous son impression ?
Oui, il est hélas bien placé pour en parler. Physiquement, on sent que cela demande plus de travail, j’ai surtout senti cela sur les cuisses. On a aussi fait le nécessaire pour cela en termes de travail physique afin de parvenir à les dompter. Il faut bien les tourner ces skis ! Mais cela reste une autre difficulté pour les hommes. C’est autre chose. Ils ont visiblement plus de différences que nous entre les nouveaux et anciens skis. C’est moins inquiétant pour nous.

"Encore l’impression de progresser"

Votre expérience peut désormais être précieuse puisque vous attaquez votre sixième saison en Coupe du monde malgré vos 23 ans tout juste fêtés le 4 octobre ?
Oui. Je n’espère pas être déjà considérée comme une vieille sur le circuit (rires) ! C’est vrai que je commence à avoir des kilomètres au compteur. Ça me plaît, je me sens de plus en plus à l’aise. J’espère que cela va m’aider cette saison.

Avez-vous changé des choses dans votre approche des courses ?
Je rajoute des éléments plutôt que d’en enlever car j’apprends encore. Je rajoute des petits détails. J’ai encore l’impression de progresser plus que de stagner. Ça, c’est certain. Je connais la technique, je sais vers quoi me tourner pour aller vite, ce qu’il faut faire. On travaille donc plus sur des petits détails, ceux qui font la différence pour remporter une course. Physiquement, je suis par exemple plus puissante qu’il y a trois ans.

Les petits détails que vous évoquez sont-ils ceux qui séparent le gain d’un globe de cristal d’une deuxième place, votre classement en 2010, et d’une troisième place comme l’hiver dernier ?
(Elle sourit) Oui voilà ! En même temps, je ne peux pas savoir puisque je n’ai pas encore remporté de globe ! Mais cela se situe sans doute là. Il faut encore que je cherche pour trouver la bonne solution.

Le globe de cristal de géant reste-t-il un objectif majeur cet hiver malgré la présence des Mondiaux ?
Oui, il n y a pas de priorités (elle hésite). J’allais presque dire que l’un ne va pas sans l’autre mais si quand même ! C’est un peu exigeant de dire ça, non ? En même temps, pour arriver en pleine forme aux Mondiaux, il faut forcément avoir fait un bon début de saison en Coupe du monde. Et si on a fait cette belle entame, on est de facto capable de tenir la distance ensuite.

Cet événement d’un jour permet-il aussi de tirer des enseignements en vue des Jeux Olympiques ?
Oui forcément. Les Jeux approchent, cela vient vite. Je n’y ai pas du tout pensé dernièrement. On commence un peu à y penser la saison précédente. La Coupe du monde et les Mondiaux sont plus près et représentent de vrais objectifs à court terme.

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